Le sommet commémoratif ASEAN-Russie des 17 et 18 juin 2026 à Kazan, organisé à l’occasion du 35e anniversaire des relations de dialogue entre les deux parties, constituait la première réunion en présentiel au niveau des chefs d’État et de gouvernement depuis 2018. Il s’est tenu simultanément au sommet du G7 d’Évian, dans un contexte de fortes tensions énergétiques consécutives à l’opération Epic Fury contre l’Iran. Cette concomitance n’était pas sans portée symbolique. Elle illustre une recomposition discrète des équilibres régionaux dont Moscou tente de tirer profit, sans pour autant redevenir une grande puissance indo-pacifique. L’énergie est consacrée comme l’un des piliers du partenariat ASEAN-Russie, avec une coopération renforcée dans les domaines du gaz naturel, du GNL, du nucléaire, des énergies renouvelables et de la transition énergétique. Le sommet de Kazan a rappelé que la Russie conserve une influence diplomatique et une capacité d’initiative que beaucoup, en Europe, avaient peut-être sous-estimées.
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ASEAN : Le pari d’un réengagement sous conditions
Pour la première fois depuis le coup d’État de 2021, les ministres des Affaires étrangères de l’ASEAN se sont réunis dimanche 12 juillet 2026 avec leur homologue birman. Cette rencontre, organisée par l’intermédiation de la Thaïlande à Bangkok, a été présentée par ses organisateurs comme un pas en avant modeste mais significatif. Les deux négociateurs en chef – Maria Theresa Parreño Lazaro, envoyée spéciale des Philippines auprès de la présidence de l’ASEAN pour le Myanmar, et Sihasak Phuangketkeow, vice-Premier ministre et ministre des Affaires étrangères de la Thaïlande –, ont tenté de réengager un dialogue constructif autour du plan de paix en cinq points élaboré en avril 2021. Mais les divergences de vue – entre pays-membres de l’Association et avec le gouvernement birman – rendent les analystes pessimistes quant à l’issue de cette nouvelle approche.
Birmanie – Chine : Accueil sans réserve pour Min Aung Hlaing à Pékin
Une semaine après une visite officielle en Inde, le président birman Min Aung Hlaing s’est rendu à Pékin : un grand retour sur la scène internationale qui légitime l’élection « contestée » de janvier 2026, cinq ans après le coup d’État de février 2021. Pour célébrer le 76e anniversaire des relations diplomatiques, ces cinq jours consacrent le rapprochement entre les deux voisins tout en démontrant l’asymétrie relationnelle. C’est Xi Jinping qui est aux commandes de cette visite perçue comme une marque de soutien, un signal fort pour signifier que la Chine reconnait le nouveau gouvernement birman comme son partenaire de plein droit. Min Aung Hlaing en tire un grand parti personnel, affichant sa réhabilitation diplomatique réussie : il a été reçu avec tous les honneurs par son homologue chinois. Une différence notable avec ses partenaires de l’ASEAN.
ASEAN : Renforcement de la coordination maritime pour répondre aux tensions moyen-orientales
À l’occasion de son 48e sommet annuel, qui s’est déroulé les 7 et 8 mai 2026 à Cebu, aux Philippines, l’ASEAN a décidé de créer un nouveau centre dédié aux questions maritimes.
Asie du Sud-Est – Russie : Énergie, engrais, nucléaire : retour stratégique de Moscou
La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à l’opération militaire américano-israélienne Epic Fury contre l’Iran le 28 février 2026, a ouvert en Asie du Sud-Est une course aux approvisionnements alternatifs dont la Russie est la principale bénéficiaire. Ce pivot, présenté dans chaque pays comme contraint et temporaire, s’inscrit dans une logique de non-alignement structurel qui redessine les équilibres régionaux et ouvre une fenêtre d’opportunité pour la Russie dans un secteur critique.
Vietnam : Quel avenir après le 14e congrès du PCV ?
Le XIVe Congrès national du Parti, présenté comme la clé de la transformation du Vietnam à l’horizon 2045, s’est tenu des 19 au 26 janvier 2026. Un congrès qui a défini de nouvelles orientations stratégiques et tenté d’apporter des solutions pour que le Vietnam devienne un pays à revenu élevé d’ici 2045. Mais sur d’autres terrains – politique, diplomatie, culture, société –, le congrès s’est aussi positionné. Autour de la figure de Tô Lâm, secrétaire général, qui a conforté son statut incontesté en lançant une nouvelle ère, celle de « la renaissance nationale ».
Asie du Sud-Est : Choc, sidération et questions après l’opération américaine au Venezuela
C’est peu dire que l’opération américaine au Venezuela a pris l’Asie du Sud-Est par surprise. Le 3 janvier 2026 au soir, les capitales sud-est asiatiques étaient sous le choc, réalisant rapidement et la régression de politique internationale qu’elle incarnait, et les risques qu’elle débloquait dans une zone où les désaccords frontaliers, les ambitions de puissance et les légitimités électorales douteuses se télescopent ouvertement. Pour les État sud-est asiatiques confrontés à des points de tensions tels que la mer de Chine méridionale, le détroit de Taïwan, voire la péninsule coréenne, le problème réside moins dans le cas du Venezuela lui-même que dans le précédent créé par l’intervention militaire américaine. Au-delà de l’affaiblissement d’un ordre international basé sur des règles de droit, au-delà des inquiétudes « profondes et sérieuses » sur le respect de la souveraineté, l’ombre d’un mode opératoire prédateur désinhibé se profile. Un mode qui va mettre les relations entre la Chine et l’Asie du Sud-Est sous pression. À terme toutefois, il semble que cette opération aura un coût pour une puissance américaine qui convainc moins dans la région.
Birmanie : Des élections : pour quoi faire ?
Le 31 juillet 2025, la junte birmane – en place à la suite du coup d’État de février 2021 – adopte des mesures permettant la tenue d’élections pour une date annoncée en fin d’année. Le premier tour se tiendra en effet le 28 décembre 2025 et le second le 11 janvier 2026. Les conditions dans lesquelles se tiennent ce scrutin ne respectent pas les règles élémentaires d’un régime démocratique. Les oppositions crédibles, après avoir subi la désorganisation de leurs réseaux à la suite du tremblement de terre de mars 2025, sont muselées et ne pourront participer au vote. Au final, c’est à un exercice d’autolégitimation que s’applique la junte. La question cruciale va être de mesurer le taux de participation à cette comédie.
On July 31, 2025, the Burmese junta – in power following the February 2021 coup – adopted measures allowing elections to be held at a date announced at the end of the year. The first round will be held on December 28, 2025, and the second on January 11, 2026. The conditions under which these elections are being held do not comply with the basic rules of a democratic regime. Credible opposition groups, having suffered the disruption of their networks following the March 2025 earthquake, are being silenced and will not be able to participate in the vote. Ultimately, the junta is engaging in an exercise of self-legitimization. The crucial question will be to gauge the turnout for this charade.
ASEAN – États-Unis : Le président américain peut-il être pris au sérieux ?
La visite attendue du président Donald Trump à Kuala-Lumpur à l’occasion du 47e sommet de l’ASEAN intervient alors que des négociations commerciales sont en cours. Les pays d’Asie du Sud-Est étaient partagés entre leur réticence à accepter des « deals » peu favorables, leur manque d’estime pour des méthodes discutables, leur inquiétude aussi à propos de la désinvolture de l’Administration Trump. Ils sont divisés entre leur réticence à accepter des accords désavantageux, leur méfiance envers les méthodes américaines, et leur inquiétude face à l’attitude désinvolte de Trump. La visite a été marquée par une mise en scène médiatique, mais en coulisses, les dirigeants s’interrogent sur la sincérité des initiatives américaines en matière de paix et de prospérité, doutant de leur efficacité. Ce déplacement pourrait symboliser un changement de dynamique, où les États-Unis ne sont plus considérés comme le centre incontesté de la région, face à une ASEAN qui devient une nouvelle zone multipolaire, obligeant Washington à ajuster son rôle dans un contexte où il ne dicte plus systématiquement les règles.
Thaïlande – Cambodge : La Première ministre, victime collatérale de la crise frontalière ?
Après les vives tensions frontalières entre la Thaïlande et le Cambodge en mai 2025, différentes voies de règlement ont été activées. Parmi elles, la diplomatie directe, entre dirigeants lors d’un coup de téléphone entre la Première ministre Paetongtarn Shinawatra et le président du Sénat cambodgien, l’ancien Premier ministre Hun Sen. Or, celui-ci a enregistré cet échange pour le diffuser ensuite sur les réseaux sociaux, provoquant ainsi une grave crise politique interne chez son voisin. Paetongtarn pourra-t-elle résister à ce qui apparaît comme un coup monté pour la discréditer ? La Thaïlande est-elle à nouveau au bord d’une crise politique ? Le clan Shinawatra joue à nouveau son va-tout.
Vietnam – Indonésie – Singapour – France : Perspectives après les visites d’État du président Macron
Le président de la République, Emmanuel Macron, a effectué trois visites d’État en Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie, Singapour) du 26 au 30 mai 2025 (le premier déplacement du président au Vietnam et à Singapour). Le but affiché par l’Élysée était de « relancer la stratégie française dans l’Indopacifique » et de présenter la France comme « une force de paix et d’équilibre ». Ces objectifs ont permis à E. Macron de répéter durant cette tournée les mêmes messages volontaristes tout en déclinant une offre spécifique à chaque pays. Dans les recompositions en cours, en Asie orientale comme ailleurs dans le monde, le président Macron a rappelé que l’Union européenne avait une ligne cohérente et représentait une solution possible face aux « menaces de coercition ». Au-delà des contrats signés et des liens réactivés, que peut-on concrètement attendre de ce déplacement bien orchestré et fort médiatisé ?
French President Emmanuel Macron made three state visits to Southeast Asia (Vietnam, Indonesia, Singapore) from 26 to 30 May 2025 (the President’s first trip to Vietnam and Singapore). The stated aim of the Élysée Palace was to ‘relaunch France’s strategy in the Indo-Pacific’ and to present France as ‘a force for peace and balance’. These objectives enabled E. Macron to repeat the same pro-active messages during his tour, while at the same time putting forward a specific offer for each country. In the context of the changes taking place in East Asia and elsewhere in the world, President Macron reiterated that the European Union had a coherent line and represented a possible solution to the ‘threats of coercion’. Aside from the contracts signed and the links reactivated, what can we really expect from this well-orchestrated, high-profile trip?
Thaïlande –Vietnam : Un partenariat pour peser dans l’Asean et au-delà
Le 16 mai 2025, le Vietnam et la Thaïlande ont annoncé l’élévation de leurs relations bilatérales au rang de partenariat stratégique global, le niveau le plus élevé dans la hiérarchie diplomatique vietnamienne. Ce rapprochement intervient dans un contexte régional marqué par la montée en puissance de la Chine, le recentrage américain vers l’Indopacifique, et les tensions commerciales. Cette nouvelle alliance vise à consolider leur coopération politique, économique, sécuritaire et culturelle, tout en affirmant un rôle plus structurant dans l’Asean.
Birmanie : Les conséquences du séisme sur la guerre civile
Le 28 mars 2025, le plus puissant séisme depuis un siècle frappait le centre-nord de la Birmanie, tuait près de 4 000 personnes et en laissait 2 millions d’autres dans un état critique. Avec des effets dramatiques sur un pays déjà éprouvé par la guerre civile qui s’est engagée depuis le dernier coup d’État, le 1er février 2021. Un cataclysme autant géographique que social et stratégique, susceptible de redistribuer les cartes politiques. Une opportunité pour la Tatmadaw* mais une véritable épreuve pour l’opposition aux généraux qui subit à la fois les conséquences des désordres provoqués et le cynisme de l’armée. La trêve est arrivée à son terme le 30 avril avant d’être réinstaurée le 6 mai par la junte.
Asie – Canada – États-Unis : Inquiétudes
Le changement de gouvernance à Washington cause un nouveau souci au Canada. Souvent victime expiatoire à la place des États-Unis, notamment pour certains pays d’Asie, il doit composer avec ceux-ci dont les populations émigrées sont importantes dans son peuplement et impliquées dans son gouvernement.
Japon – Vietnam – Brésil : Nouvel acteur
La récente visite du président brésilien au Japon et au Vietnam conforte son pays dans son rôle d’acteur international d’importance.
Cambodge : La question du désalignement
Partenaire stratégique de la Chine populaire au sein de l’Asean, le Cambodge envisage d’accorder un droit d’escale aux forces navales des États-Unis et de leurs alliés sur la base de Ream, considérée comme une emprise navale de Pékin. Des unités navales des Forces d’autodéfense japonaises y font escale en avril 2025.
Vietnam : Fortes incertitudes sur l’économie
Rien ne semblait arrêter la transformation de l’économie vietnamienne, l’une des plus réussies au sein de l’Asean*. En 2024 encore, la croissance économique atteignait 7 %, semblant conforter les ambitions fixées par le Parti Communiste Vietnamien (PCV) de rejoindre le club des pays développés en 2045. 2024 a vu une refonte du modèle de développement du pays vers plus de technologie et de valeur ajoutée. Un virage stratégique pour l’avenir industriel du pays qui s’amorce dans des conditions difficiles alors que les menaces de l’Administration Trump jettent une incertitude certaine sur ce parcours brillant.
Nothing seemed to stop the transformation of the Vietnamese economy, one of the most successful in ASEAN. As late as 2024, economic growth was reaching 7%, seemingly confirming the ambitions set by the Vietnamese Communist Party (VCP) to join the club of developed countries by 2045. 2024 spelled a makeover for the country’s development model to more technology and local added value. A strategic redirection for the industrial future of the country despite uncertainties due to the Trump Administration’s commercial threats over this brilliant course.
Japon – Vietnam – Brésil
La récente visite du président brésilien au Japon et au Vietnam conforte son pays dans son rôle d’acteur international d’importance.
Indonésie : Les premiers 100 jours du président Prabowo Subianto
Élu en février 2024 président de l’Indonésie, Prabowo Subianto a pris ses fonctions huit mois plus tard, le 20 octobre. Dans son discours inaugural, il a promis d’éradiquer la corruption et d’améliorer la situation des moins aisés. En politique extérieure, il a déclaré vouloir rendre l’Indonésie « encore plus libre et plus active ». Au final, le président devrait poursuivre la politique de son prédécesseur (dont le fils, Gibran Rakabuming Raka*, a été élu vice-président). Les élections locales et régionales du 27 novembre ont confirmé la popularité de la coalition au pouvoir. Mais, si 3 mois après sa prise de fonctions le président obtient d’excellents scores de popularité, les observateurs restent sceptiques sur sa capacité à confirmer la transformation engagée par Joko Widodo et à assurer une diplomatie « libre et active » dans la tradition indonésienne.
Asie du Sud-Est – États-Unis : Une relation de plus en plus compliquée
Le retour à la Maison blanche de Donald Trump a été diversement accueilli en Asie du Sud-Est. Au-delà du fait que le précédent mandat a laissé des souvenirs mitigés dans la région, l’inquiétude est vive sur les intentions et la fiabilité du 47e président des États-Unis. L’accentuation de la guerre commerciale avec la Chine pourrait avoir des effets néfastes sur une régionalisation devenue indispensable à la croissance, voire à la stabilité. À moins qu’à l’inverse, elle accélère les rapprochements intra-asiatiques et, par prolongement, distancie un peu plus la région des États-Unis, cette puissance perçue comme de plus en plus perturbatrice.