L’ouverture à Ban Keun d’un centre conjoint de soutien et d’entraînement aérien avec la Chine intervient au moment où le Laos change de Premier ministre. Saleumxay Kommasith, ancien ministre des Affaires étrangères, a pris la tête du gouvernement le 5 octobre. Trois jours plus tard, le Premier ministre vietnamien Lê Minh Hưng arrivait à Vientiane pour sa première visite officielle avant de se rendre au Cambodge. Le remaniement répond d’abord à une logique intérieure, après le décès du président de l’Assemblée nationale en août. Mais il intervient dans un contexte où l’équilibre entre Pékin et Hanoï devient plus délicat à préserver. Le Laos a longtemps réparti ses dépendances : à Pékin les infrastructures et les capitaux, à Hanoï la profondeur politique et sécuritaire. Avec Ban Keun, cette répartition commence à évoluer.
LEVEAU Arnaud
Mongolie – Chine : Oyu Tolgoi, un test de souveraineté énergétique
Le 24 septembre 2026, le ministère mongol de l’Énergie a retenu un consortium mongolo-chinois pour développer jusqu’à 530 MW de capacités solaires et éoliennes dans la province d’Ömnögovi, dans le Sud-Gobi. Une partie de cette production alimentera la mine de cuivre et d’or d’Oyu Tolgoi, située dans le district de Khanbogd. Le projet doit réduire la dépendance de la principale mine du pays à l’électricité importée de Mongolie-Intérieure. Il intervient huit jours après la première interconnexion « réseau à réseau » entre la Mongolie et la Chine. Pour Oulan-Bator, l’enjeu dépasse le prix du kWh : il porte sur la nature même de son autonomie énergétique.
Corée du Sud – États-Unis 200 milliards de dollars : le nouveau prix de l’alliance ?
Le 30 septembre 2026, le président américain Donald Trump a présenté à la Maison-Blanche les premiers projets appelés à mobiliser l’engagement sud-coréen de 200 milliards de dollars aux États-Unis : une centrale à gaz au Texas, huit réacteurs nucléaires et le projet de gaz naturel liquéfié d’Alaska. Le lendemain, Séoul a contesté la présentation américaine du volet alaskien, toujours soumis à une étude de rentabilité. À l’approche des élections de mi-mandat, l’épisode éclaire la méthode américaine : obtenir des alliés des capitaux et des capacités industrielles en échange de la stabilité tarifaire. Il montre aussi comment la Corée du Sud tente d’en garder la maîtrise et d’en tirer des débouchés pour ses entreprises et sa filière nucléaire.
Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 209/2026-10 sommaire
1- ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN
ASIE DE L’EST
Chine – Japon Mer de Chine orientale : la troisième mèche, Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21
Chine – Philippines – Japon – Taïwan Comment la Chine espère élargir les goulets marins au nord et au sud de Taïwan, Daniel Schaeffer, Asie21
Encadré 1 Les Philippines face à la prétention semi-officielle chinoise sur les îles Batan
Encadré 2 Récapitulatif succinct des illégales opérations chinoises à proximité immédiate des Batan
Corée du Sud – États-Unis 200 milliards de dollars : le nouveau prix de l’alliance ? Arnaud Leveau, Asie21
Japon – Indo-Pacifique – Afrique de l’Est : De l’aide au renforcement militaire des partenaires
Le Japon va étendre son programme d’aide au renforcement des capacités de sécurité (OSA*) à au moins douze pays pour l’exercice budgétaire 2026, contre huit l’année précédente. Son budget atteint environ 98 millions d’euros, plus du double de 2025. Tokyo finance radars, drones, patrouilleurs, équipements de communication et infrastructures au profit des forces armées de pays partenaires. Le dispositif s’étend désormais du Pacifique occidental à l’océan Indien et à l’Afrique orientale. Cette évolution accompagne la révision de la doctrine de défense japonaise, l’assouplissement annoncé des règles d’exportation d’armements et la multiplication des exercices multinationaux. Dix ans après le discours d’Abe Shinzo à Nairobi, l’Indo-Pacifique libre et ouvert japonais prend une dimension militaire plus concrète.
Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 208/2026-09 sommaire
ASIE DE L’EST
Chine – Brésil – États-Unis Un choix incertain, Jorge Lusaf, Asie21
Japon Élection d’un nouveau gouverneur à Okinawa, Jean-Yves Colin, Asie21
Japon – Corée du Sud Un mois d’août de commémorations, Jean-Yves Colin, Asie21
Japon – Indo-Pacifique – Afrique de l’Est De l’aide au renforcement militaire des partenaires, Arnaud Leveau, Asie21
Encadré 1 Historique 2016-2026
Taïwan – Chine Le détroit sous surveillance croisée : dissuasion, avertissements et lignes rouges, Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21
Corée du Sud – Mongolie : Une « ère dorée » au service de la diversification stratégique
La visite d’État du président sud-coréen Lee Jae Myung à Oulan-Bator, du 9 au 11 juillet 2026, la première d’un chef d’État sud-coréen en Mongolie depuis quinze ans, s’est conclue par une déclaration commune sur « l’ère dorée des relations Corée-Mongolie ».Elle intervient au terme d’une tournée diplomatique qui l’a conduit de Bruxelles à Évian, puis à Ankara. Oulan-Bator en constitue l’étape la plus concrète sur le plan économique. Un accord de principe sur un partenariat économique global (CEPA) et vingt et un protocoles d’accord en constituent le socle. Cette séquence s’inscrit dans la course engagée par Séoul pour diversifier ses approvisionnements en minerais critiques hors de Chine, et dans la politique mongole du « troisième voisin », destinée à atténuer sa dépendance envers ses deux seuls voisins.
ASEAN – Russie Sommet de Kazan : Moscou ancre son retour en Asie du Sud-Est
Le sommet commémoratif ASEAN-Russie des 17 et 18 juin 2026 à Kazan, organisé à l’occasion du 35e anniversaire des relations de dialogue entre les deux parties, constituait la première réunion en présentiel au niveau des chefs d’État et de gouvernement depuis 2018. Il s’est tenu simultanément au sommet du G7 d’Évian, dans un contexte de fortes tensions énergétiques consécutives à l’opération Epic Fury contre l’Iran. Cette concomitance n’était pas sans portée symbolique. Elle illustre une recomposition discrète des équilibres régionaux dont Moscou tente de tirer profit, sans pour autant redevenir une grande puissance indo-pacifique. L’énergie est consacrée comme l’un des piliers du partenariat ASEAN-Russie, avec une coopération renforcée dans les domaines du gaz naturel, du GNL, du nucléaire, des énergies renouvelables et de la transition énergétique. Le sommet de Kazan a rappelé que la Russie conserve une influence diplomatique et une capacité d’initiative que beaucoup, en Europe, avaient peut-être sous-estimées.
Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 207/2026-07&08 sommaire
1 – ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN ASIE DE L’EST Iran – Afghanistan – Chine Vers une liaison par voie ferrée entre l’Iran et la Chine via l’Afghanistan ? Alain Lamballe, Asie21 Chine – Pacifique Tir chinois d’un missile Julang (巨浪) en zone Pacifique couverte par le traité de Rarotonga, Daniel Schaeffer, Asie21 Encadré 1 Comparaison … Lire la suite
Chine – ASEAN : Vers une maritimisation de l’intérieur chinois ?
L’exposition Chine-ASEAN (CAEXPO*) qui se tiendra en septembre 2026 à Nanning, sera marquée par le lancement de la navigation d’essai dans le canal de Pinglu. Partant du réservoir de Xijin sur le Yujiang, sous-bassin du Xijiang, pour rejoindre le golfe du Tonkin par la rivière Qin, ce chenal de 134 km est le premier grand canal débouchant directement sur la mer construit en Chine depuis 1949. Présenté comme un projet logistique destiné à réduire les coûts de transport, il s’inscrit en réalité dans une réorganisation géographique plus profonde : son articulation avec le port franc de Hainan, son insertion dans le corridor terrestre et maritime occidental et les réflexions sur un prolongement vers le centre du pays, esquissent une ambition de rapprocher fonctionnellement la mer de l’intérieur chinois.

Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 206/2026-06 sommaire
1- ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN
ASIE DE L’EST
Chine – ASEAN Vers une maritimisation de l’intérieur chinois ? Arnaud Leveau, Asie21
Chine – Taïwan – Japon – Philippines Acte VIII scène 2 Première chaîne d’îles sans Taïwan. Les eaux à l’est de Taïwan, nouvel enjeu des recompositions stratégiques en Asie orientale, Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21
Encadré 1 Protestations de l’opposition taïwanaise et des syndicats professionnels
Encadré 2 Taïwan – Japon : accord sur les droits de pêche en 2013
Asie du Sud-Est – Russie : Énergie, engrais, nucléaire : retour stratégique de Moscou
La fermeture du détroit d’Ormuz, consécutive à l’opération militaire américano-israélienne Epic Fury contre l’Iran le 28 février 2026, a ouvert en Asie du Sud-Est une course aux approvisionnements alternatifs dont la Russie est la principale bénéficiaire. Ce pivot, présenté dans chaque pays comme contraint et temporaire, s’inscrit dans une logique de non-alignement structurel qui redessine les équilibres régionaux et ouvre une fenêtre d’opportunité pour la Russie dans un secteur critique.
Corée du Sud – Inde – Vietnam : Diversification stratégique, chaînes de valeur et « Sud global »
La visite du président sud-coréen Lee Jae Myung en Inde puis au Vietnam, du 19 au 24 avril 2026, confirme une inflexion de la diplomatie coréenne. Il ne s’agit plus seulement de multiplier les partenariats, mais de redéployer ses dépendances dans un environnement plus instable, marqué par les tensions énergétiques, la fragmentation des échanges et la recomposition des chaînes de valeur. Dans cette dynamique, l’Inde apparaît comme un partenaire encore sous-exploité au regard de son potentiel industriel, tandis que le Vietnam constitue déjà un point d’ancrage central du dispositif productif coréen en Asie. Le déplacement articule ainsi deux logiques complémentaires : ouverture et rattrapage avec New Delhi, consolidation et montée en gamme avec Hanoi. Pour la France, cette évolution ouvre un espace encore peu structuré. L’élévation récente des relations avec Séoul et Hanoi au rang de partenariats stratégiques globaux crée les conditions pour penser, au-delà des relations bilatérales, des coopérations plus opérationnelles à trois, intégrant selon les cas, l’Inde.
Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 205/2026-05 sommaire
1- ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN
ASIE DE L’EST
Chine – Japon – Europe – ONU – mers de Chine Passe d’armes à propos de la sécurité et de la liberté de la navigation, Daniel Schaeffer, Asie21
Encadré 1 Extraits des discours des représentants européen et japonais
Encadré 2 Les éléments essentiels de la réplique chinoise
Chine – Mozambique Pékin s’avère pour Maputo un partenaire incontournable, Jorge Lusaf, Asie21
Corée du Sud – États-Unis Qui commandera l’Armée ? Philippe Schleicher, Asie21
Vietnam – Russie : Le bambou et l’atome
La visite officielle du Premier ministre vietnamien Pham Minh Chinh à Moscou, du 22 au 25 mars 2026, marque une étape significative dans la relation bilatérale russo-vietnamienne. Première visite d’un dirigeant de premier rang de Hanoi en Russie depuis le 14e congrès national du Parti communiste vietnamien, ce déplacement est intervenu dans un contexte international tendu : guerre en Ukraine, crise pétrolière liée aux tensions dans le Golfe persique qui a provoqué une hausse d’environ 50 % des prix de l’essence au Vietnam, et reconfiguration des équilibres indo-pacifiques. Dans ce contexte, le Vietnam a choisi de réactiver un partenariat ancien sans remettre en cause sa stratégie de diversification. La signature d’un accord intergouvernemental dans le nucléaire civil constitue le point d’appui principal de ce rapprochement. L’accord confirme une constante de la politique vietnamienne : garder plusieurs options ouvertes, y compris avec des partenaires sous sanctions, pour sécuriser son développement économique et énergétique.
Laos : Réélection de Thongloun. Continuité politique et dépendance stratégique accrue
La reconduction de Thongloun Sisoulith à la tête du Laos confirme une trajectoire de continuité politique dans un contexte économique contraint, marqué par une dette élevée et une dépendance accrue vis-à-vis des partenaires régionaux, au premier rang desquels la Chine.
Corée du Nord – Biélorussie : Partenaires sans alliance
La première visite d’État du président biélorusse Alexander Loukachenko en Corée du Nord, les 25 et 26 mars 2026, marque une étape dans le rapprochement entre la Biélorussie et la Corée du Nord. Jusqu’ici, les contacts entre les deux dirigeants étaient restés limités. La visite de Loukachenko en Corée du Nord constitue donc un engagement bilatéral plus direct. Elle est intervenue deux jours après un discours de Kim Jong-un devant le Parlement appelant à un front uni contre les États-Unis, et six jours après une rencontre entre Loukachenko et un envoyé du président américain Donald Trump. Les deux dirigeants cherchent à élargir leurs marges de manœuvre face aux États-Unis tout en préservant des canaux de dialogue ouverts avec ces derniers.
Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n° 204/2026-04 sommaire
1- ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN
ASIE DE L’EST
Chine – Mer de Chine de l’Est Un vaste espace interdit de vol au nord-ouest de la mer , Daniel Schaeffer, Asie21
Corée du Nord – Biélorussie Partenaires sans alliance, Arnaud Leveau, Asie21
Corée du Sud Or noir et Ormuz Les dépendances énergétiques de la Corée du Sud, Philippe Schleicher, Asie21
Taïwan – Chine – États-Unis Acte VII scène 1 : Report de la rencontre au sommet Trump-Xi – Avancement de la rencontre Cheng-Xi – Renversement stratégique de la conjoncture ? Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21
Chine – Corée du Nord : Reprise du trafic ferroviaire
Le 10 mars 2026, la Chine a annoncé la reprise des liaisons ferroviaires internationales de passagers avec la Corée du Nord, suspendues depuis 2020. La mesure est entrée en vigueur le 12 mars avec la remise en service du train Beijing-Pyongyang et de la liaison Dandong-Pyongyang.
Corée du Sud – Japon – Philippines – Chine – États-Unis – Iran : L’Asie face au retour du Moyen-Orient dans la hiérarchie stratégique américaine
L’intervention militaire américaine en Iran ne produit pas seulement un choc moyen-oriental. Elle recompose déjà, à distance, plusieurs équilibres asiatiques. Le premier effet est économique : tension sur les routes maritimes, hausse brutale de l’énergie, perturbations logistiques et renchérissement de certains intrants critiques. Le second est stratégique : pour rassurer ses positions et ses partenaires au Moyen-Orient, Les États-Unis ont redéployé des moyens jusque-là mobilisés en Indo-Pacifique, ce qui nourrit en Asie une interrogation familière mais redevenue urgente sur la disponibilité réelle de la puissance américaine. La crise éclaire également la position chinoise. La Chine appelle à l’apaisement et tente une médiation mais son influence réelle reste limitée. Les événements produisent deux lectures opposées en Asie : un affaiblissement de la capacité américaine à couvrir plusieurs théâtres simultanément et une difficulté persistante de la Chine à structurer un ordre régional.