Pékin s’ingénie à peser davantage sur cet archipel.
Le 29 décembre 2025, le CT Est de l’APL a annoncé le lancement, sans préavis, de l’exercice Justice Mission-2025 (正义使命-2025) autour de Taiwan, présenté comme « un avertissement ferme contre les forces séparatistes et indépendantistes de Taïwan et les ingérences extérieures ». Nouvelle illustration de l’intransigeance de Pékin sur le sujet de la réunification, il a rappelé que l’option de la force est plus que jamais sur la table. L’APL s’y prépare et progresse à chaque exercice. Celui-ci s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue où la pression chinoise s’est resserrée sur Taïwan et sur le Japon alors que Washington est imprévisible. Justice Mission-2025 a été interprété comme une réaction chinoise à l’annonce de la vente record (11 Mds USD) par Washington d’équipements de défense à Taiwan. Mais sa complexité du scénario (blocus de l’île et déni d’accès), et les forces engagées ne laissent aucun doute sur le fait qu’il avait été déjà soigneusement préparé. Il contribue à banaliser la présence et l’action de l’APL dans le détroit et autour de l’île. L’absence de préavis entretient l’opacité sur les intentions chinoises, entre exercice et opération réelle.
Fin décembre 2025, la Chine a organisé dans le Yunnan une rencontre diplomatique trilatérale avec la Thaïlande et le Cambodge, présentée comme un effort pour consolider une nouvelle trêve après plusieurs semaines d’affrontements frontaliers meurtriers. Cette manœuvre ne vise pas seulement la désescalade immédiate. Elle traduit une ambition plus large : faire de la Chine un acteur incontournable de la stabilité sécuritaire en Asie du Sud-Est, en réplique directe aux initiatives diplomatiques américaines récentes et sans doute avec le dessein de marginaliser un peu plus les mécanismes multilatéraux régionaux.
Le 4 décembre 2025, le gouvernement de la ville de Yantai, dans le Shandong, a annoncé la découverte d’un gisement prodigieux de 562 tonnes d’or sous la mer, au large de la baie de Laizhou. Cette nouvelle découverte vient accroître les capacités chinoises d’extraction de ce métal précieux. Ce qui n’empêche pas Pékin de continuer à poursuivre ses achats d’or auprès d’autres pays producteurs, non seulement dans un but commercial ou technologique mais aussi et surtout pour augmenter ses réserves. Par cela, il ne s’agit pas seulement pour la Chine de renforcer sa sécurité économique. Il s’agit aussi de préparer tranquillement un avenir, cependant encore lointain, où elle pourrait imposer à nouveau l’étalon or comme valeur de référence et supplanter le dollar dans le domaine des échanges internationaux et des réserves nationales de devises, comme le yuan le devient déjà partiellement dans différents pays.
On December 4, 2025, the government of the city of Yantai, in Shandong, announced the discovery of a prodigious deposit of 562 tons of gold under the sea, off the coast of Laizhou Bay. This new discovery increases China’s capacity to extract this precious metal. However, this does not prevent Beijing from continuing to purchase gold from other producing countries, not only for commercial or technological purposes, but also and above all to increase its reserves. This is not just a matter of China strengthening its economic security. It is also a matter of quietly preparing for a future, albeit still distant, in which it could once again impose the gold standard as a benchmark and supplant the dollar in international trade and national currency reserves, as the yuan is already doing in some countries.
1- ÉVÉNEMENTS MAJEURS RÉCENTS ET ENJEUX DE DEMAIN
ASIE DE L’EST
Chine En baie de Laizhou, 562 tonnes d’or sous la mer, Daniel Schaeffer, Asie21
Encadré 1 Essai de recensement des gisements d’or chinois
Chine – Cambodge – Thaïlande Les limites de la médiation par procuration, Arnaud Leveau, Asie21
Chine – Cap-Vert Offensive, Jorge Lusaf, Asie21
Des échanges de vue ont réuni en décembre 2025 à Téhéran les représentants des pays voisins de l’Afghanistan : Russie, Chine, Iran, Ouzbékistan, Pakistan, Tadjikistan et Turkménistan. La Russie était représentée par Zamir Kaboulov, ancien ambassadeur à Kaboul et émissaire du président Poutine pour l’Afghanistan. Ces participants estiment que la mise en œuvre de projets de développement peut contribuer à stabiliser et à « normaliser l’Émirat islamique » afghan toujours en butte aux attaques terroristes de Daech (État islamique) et de sa branche Khorassan, même si la situation s’est améliorée ces derniers temps. La crainte est de voir ce mouvement contaminer l’Asie centrale et s’y répandre.
Le 10 décembre 2025, le président indonésien, Prabowo Subianto, s’est rendu à Moscou pour une réunion de travail. À cette occasion, le président russe, Vladimir Poutine, lui a proposé de renforcer leur coopération militaire bilatérale, une assistance dans le domaine de l’énergie nucléaire et la reprise des exportations de blé, singulièrement perturbées au cours de l’année 2024. Cette rencontre intervient alors que les relations entre Djakarta et Washington se tendent sensiblement, les États-Unis accusant l’Indonésie de revenir sur certains des éléments de l’accord commercial conclu en juillet 2025 et fixant à 19 % les droits de douane sur les exportations indonésiennes aux États-Unis. L’Indonésie, de son côté, s’oppose à certaines clauses introduites, postérieures aux négociations ayant abouti à l’accord de juillet 2025, permettant d’annuler ce dernier si Djakarta conclut des accords jugés contraire aux intérêts des États-Unis.
La Border Security Force (BSF) est une force paramilitaire indienne chargée de la surveillance de la frontière de l’Inde avec le Pakistan, au Pendjab et sur une partie du Jammu. Dans le reste du Jammu-et-Cachemire, la ligne de contrôle séparant les deux parties du Cachemire sous administration indienne et pakistanaise est surveillée par l’armée de terre.
Les évolutions que connaît le secteur de l’anacarde conduisent à découvrir son poids dans les relations entre les deux continents.
Les États-Unis ont revu l’accord Aukus concernant la livraison de sous-marins à l’Australie. Le Pentagone souhaitait s’assurer que ce contrat, conclu sous la présidence de Joe Biden au détriment de la France à qui il avait initialement été promis, demeurait aligné avec l’approche America First du président.
L’Australie et l’Indonésie ont annoncé, le 12 novembre 2025, être parvenues à un accord substantiel sur le texte d’un traité de sécurité présenté comme le plus important de leur histoire bilatérale1. L’accord qui précise pour la première fois des règles de consultation et de coordination en cas de crise ou de conflit régional, y compris dans un scénario impliquant la Chine, marque un tournant majeur pour les équilibres stratégiques de l’Indo-Pacifique. Il s’inscrit dans la continuité de la coopération croissante entre Canberra et Jakarta depuis la réactivation du Lombok Treaty, mais va plus loin, en réintroduisant une logique proche du pacte Keating-Suharto de 1995. Ce traité intervient à un moment où l’Indonésie cherche à protéger sa neutralité stratégique, tandis que l’Australie cherche à diversifier ses partenariats de sécurité face aux incertitudes autour d’AUKUS et des positions américaines.
En un peu plus d’un mois, la Papouasie-Nouvelle-Guinée (PNG) a offert au monde une leçon de réalisme géopolitique. Le 6 octobre 2025, Port Moresby signait un accord de sécurité et de défense historique avec l’Australie, son partenaire traditionnel. Puis, le 25 novembre, elle paraphait un nouveau document de coopération avec la Chine dans le cadre des Nouvelles routes de la soie (BRI). Cette séquence rapprochée n’est pas un hasard diplomatique mais un calcul délibéré : ancrer fermement sa sécurité dans le camp occidental avant de réaffirmer et d’approfondir ses opportunités de développement économique avec la Chine. En agissant ainsi, le plus grand État insulaire du Pacifique démontre sa capacité à naviguer entre les grandes puissances, exigeant de chacune une reconnaissance de ses intérêts nationaux multiples. Cette manœuvre place la PNG au cœur de la rivalité systémique entre la Chine d’un côté, et l’Australie soutenue par les États-Unis de l’autre, tout en interrogeant la réponse des acteurs comme l’Europe et la France.
In just over a month, Papua New Guinea (PNG) has taught the world a lesson in geopolitical realism. On October 6, 2025, Port Moresby signed a historic security and defense agreement with Australia, its traditional partner. Then, on November 25, it initialed a new cooperation document with China as part of the Belt and Road Initiative (BRI). This rapid sequence of events is not a diplomatic coincidence but a deliberate calculation: to firmly anchor its security in the Western camp before reaffirming and deepening its economic development opportunities with China. In doing so, the largest island nation in the Pacific is demonstrating its ability to navigate between the major powers, demanding that each recognize its multiple national interests. This maneuver places PNG at the heart of the systemic rivalry between China on one side and Australia, supported by the United States, on the other, while calling into question the response of actors such as Europe and France.
Le 27e amendement à la constitution adopté le 13 novembre 2025 consacre la militarisation du régime.
L’armée de Terre indonésienne, qui était principalement axée sur la défense du territoire national, engage désormais un processus de modernisation afin de faire face aux défis régionaux et à la montée en puissance de la Chine.
Le 31 juillet 2025, la junte birmane – en place à la suite du coup d’État de février 2021 – adopte des mesures permettant la tenue d’élections pour une date annoncée en fin d’année. Le premier tour se tiendra en effet le 28 décembre 2025 et le second le 11 janvier 2026. Les conditions dans lesquelles se tiennent ce scrutin ne respectent pas les règles élémentaires d’un régime démocratique. Les oppositions crédibles, après avoir subi la désorganisation de leurs réseaux à la suite du tremblement de terre de mars 2025, sont muselées et ne pourront participer au vote. Au final, c’est à un exercice d’autolégitimation que s’applique la junte. La question cruciale va être de mesurer le taux de participation à cette comédie.
On July 31, 2025, the Burmese junta – in power following the February 2021 coup – adopted measures allowing elections to be held at a date announced at the end of the year. The first round will be held on December 28, 2025, and the second on January 11, 2026. The conditions under which these elections are being held do not comply with the basic rules of a democratic regime. Credible opposition groups, having suffered the disruption of their networks following the March 2025 earthquake, are being silenced and will not be able to participate in the vote. Ultimately, the junta is engaging in an exercise of self-legitimization. The crucial question will be to gauge the turnout for this charade.
Dans le nouveau rapport sur la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS*), la valeur de Taïwan ne se limite plus seulement à la défense de l’île elle-même, mais s’étend aussi dans sa capacité à constituer l’une des lignes de défense de la première chaîne d’îles pour dissuader les percées stratégiques de la Chine.
Le président Trump signe le Taiwan Assurance Implementation Act 2025. La Chine dénonce une ingérence dans ses affaires intérieures. Le gouvernement Lai apprécie cette signature.

台灣是火藥庫嗎?
Le président Lai annonce, via le Washington Post, son intention de proposer un budget de défense spécial supplémentaire de 1 250 Mds NT$ sur les 8 prochaines années, en plus du budget annuel. Cheng Li-wen* rétorque que la dette du budget de la défense a dépassé les 500 Mds NT$*, excédant largement le plafond légal et que le président Lai ne fournit aucune explication ni ne propose de solution concrète pour financer une telle dépense exceptionnelle. Il prévoit également d’augmenter le budget de la Défense à 3,3 % du PIB en 2026 et jusqu’à 5 % d’ici 2030. L’opposition s’inquiète car il s’agit du plus important investissement dans la défense de l’histoire de Taïwan. De plus, un responsable américain, le directeur de l’AIT*, s’est proposé de répondre lui-même aux questions des députés taïwanais. Et le DPP* a salué ses déclarations avec enthousiasme, percevant dans les propos de Raymond Greene un avertissement des États-Unis à l’adresse du KMT* et du TPP*.
Le 7 novembre 2025, Takaichi Sanae a déclaré qu’une attaque contre des navires américains pour briser un blocus chinois de Taïwan pourrait obliger le Japon à intervenir militairement. Cette déclaration souligne la nouvelle importance que le Japon donne au concept de « situations menaçant sa survie » et reflète un changement vers une politique de défense plus affirmée, avec l’objectif de faire du Japon la septième puissance militaire mondiale. Pékin considère cette évolution comme une menace pesant sur la zone qu’il estime avoir contribué à créer il y a 80 ans avec les États-Unis, affirmant que la paix est une responsabilité partagée. Ces déclarations annoncent-elles une nouvelle alliance ou doivent-elles être perçues avec prudence, compte tenu du contexte géopolitique complexe ?
Depuis la déclaration de Mme Takaichi Sanae, Premier Ministre du Japon, le 7 novembre 2025 au sujet des risques pour son pays d’un blocus chinois de Taïwan, la république populaire de Chine (RPC) a orchestré une campagne anti-japonaise. La tension entre les deux pays n’a pas cessé de monter, au point de finir par impliquer Donald Trump qui s’est entretenu avec Xi Jinping puis Mme Takaichi. Il est probable que la tension durera un certain temps, un an peut-être, et s’inscrit dans un cycle caractérisé par une crise précédente entre 2012 et 2014.