Face à la menace de l’APL, le mindef taïwanais intensifie le déploiement de ses capacités antinavire.
Face à la menace de l’APL, le mindef taïwanais intensifie le déploiement de ses capacités antinavire.
Lors d’une audition1 au Sénat américain, Marco Rubio a affirmé que la politique de la Chine envers Taïwan relève d’une « mission historique » pour Xi Jinping et n’est pas influencée par des événements extérieurs, comme l’arrestation de Nicolás Maduro par les États-Unis. Cette « mission historique » implique une menace structurelle et durable, indépendamment des crises internationales parallèles.
Le 24 janvier 2026, les autorités chinoises annoncent l’ouverture d’une enquête pour « violations graves de la discipline et de la loi » visant deux hauts responsables militaires, Zhang Youxia et Liu Zhenli. Cette décision suscite des spéculations sur une nouvelle restructuration du pouvoir au sein de l’APL*, potentiellement impulsée par Xi Jinping.
Alors que Taïwan renforce ses capacités militaires face à la menace croissante de la Chine continentale, une controverse stratégique majeure émerge en coulisses. Les forces armées taïwanaises ont tenté d’obtenir l’autorisation de riposter dès la détection du lancement de missiles chinois, à condition que leur trajectoire calculée indique un impact sur le territoire taïwanais. C’est une une option militairement rationnelle mais rejetée par Washington, qui exige que Taïwan subisse une première frappe afin de préserver la légitimité politique et internationale d’une riposte armée.
La Chine conduit autour de Taïwan l’exercice militaire « Mission Justice-2025 », pratiquement sans préavis, marqué par des tirs réels. Les zones d’impact sont réparties dans un périmètre entre 12 et 24 milles nautiques autour de l’île. Cette fois-ci, l’exercice se distingue par un niveau de réalisme opérationnel plus élevé, une pression accrue sur les eaux territoriales taïwanaises et un resserrement de l’encerclement maritime et aérien. Le président Trump réagit « mollement ».
Le 29 décembre 2025, le CT Est de l’APL a annoncé le lancement, sans préavis, de l’exercice Justice Mission-2025 (正义使命-2025) autour de Taiwan, présenté comme « un avertissement ferme contre les forces séparatistes et indépendantistes de Taïwan et les ingérences extérieures ». Nouvelle illustration de l’intransigeance de Pékin sur le sujet de la réunification, il a rappelé que l’option de la force est plus que jamais sur la table. L’APL s’y prépare et progresse à chaque exercice. Celui-ci s’inscrit dans une séquence diplomatique tendue où la pression chinoise s’est resserrée sur Taïwan et sur le Japon alors que Washington est imprévisible. Justice Mission-2025 a été interprété comme une réaction chinoise à l’annonce de la vente record (11 Mds USD) par Washington d’équipements de défense à Taiwan. Mais sa complexité du scénario (blocus de l’île et déni d’accès), et les forces engagées ne laissent aucun doute sur le fait qu’il avait été déjà soigneusement préparé. Il contribue à banaliser la présence et l’action de l’APL dans le détroit et autour de l’île. L’absence de préavis entretient l’opacité sur les intentions chinoises, entre exercice et opération réelle.
Dans le nouveau rapport sur la stratégie de sécurité nationale américaine (NSS*), la valeur de Taïwan ne se limite plus seulement à la défense de l’île elle-même, mais s’étend aussi dans sa capacité à constituer l’une des lignes de défense de la première chaîne d’îles pour dissuader les percées stratégiques de la Chine.
La politique américaine à l’égard de Taïwan a évolué : avant 2024, elle consistait à « résister à la Chine et protéger Taïwan » (抗中保台). Mais elle s’est transformée en une « résistance modérée à la Chine sans protection de Taïwan » (軟抗中、不保台), analyse Su Chi, père du « Consensus de 1992 ». Selon lui, l’hypothèse selon laquelle les États-Unis interviendraient inévitablement pour défendre Taïwan et sur laquelle l’île s’est appuyée pendant un siècle1, est aujourd’hui révolue. Leur puissance militaire dans le Pacifique occidental est en déclin. Ils ne disposent plus de capacités suffisantes pour assurer la protection de Taïwan et leur détermination s’est ramollie. Il devient donc crucial pour Taïwan d’adopter une nouvelle stratégie afin de prendre en main son propre destin.
La Chine installe de nouvelles bases de lancements de missiles sur sa côte sud-est. Ce n’est pas Taïwan qui est visé directement mais les États-Unis et leur influence militaire en Asie-Pacifique.
Entre 2018 et 2024, la Chine a installé en mer Jaune, dans la zone contestée de la PMZ*, trois plateformes réputées à vocation piscicole, et treize bouées solaires d’observation. Ces installations, déployées sans notification préalable dans une zone maritime partagée entre Pékin et Séoul, suscite l’inquiétude coréenne quant aux intentions chinoises et à leur possible double usage. La tension est montée d’un cran en février 2025, lorsque que les bâtiments coréens envoyés pour les observer ont été repoussés par des garde-côtes chinois. Elle s’est encore accrue en mai dernier, quand la Chine a déclaré unilatéralement trois zones d’interdiction de navigation dans la PMZ*, en raison d’un exercice militaire. La pression chinoise s’applique ici par la tactique éprouvée du fait accompli, avec pour objectif probable de renforcer sa souveraineté sur la zone contestée.
Le 3 septembre 2025, la Chine célébrera en grandes pompes à Pékin le 80e anniversaire de la « victoire de la guerre de résistance du peuple chinois contre l’agression japonaise et de la guerre mondiale antifasciste ». La cérémonie sera présidée par Xi Jinping, qui y délivrera « un discours important ». Un défilé militaire aura lieu place Tiananmen, avec un défilé aérien, des troupes à pied et des unités mécanisées. Cette cérémonie sera l’occasion pour Pékin de diffuser ses messages au monde entier : affirmation de puissance politique et militaire, avertissement à Washington et à Taiwan.
Riche en minerais critiques, la Birmanie, en proie à une guerre civile à l’horizon incertain, voit son accès à ses ressources perturbé, même dans l’État Shan, à l’est du pays, pourtant partiellement épargné par les combats. Cette situation suscite certaines inquiétudes en Chine car elle menace ses approvisionnements en terres rares, à l’heure où Washington semble vouloir faire pression sur elle afin qu’elle en augmente ses exportations. La nécessité chinoise d’assurer la sécurité de ses approvisionnements peut toutefois trouver un écho favorable dans la prise de contrôle, en juin 2025, de sites d’extraction de terres rares par l’United State Wa Army (UWSA).
La 41e édition de l’exercice Han Kuang* 2025 monte en gamme, en volume et en complexité, par rapport aux années précédentes, se voulant une réponse adaptée à la pression croissante exercée par l’APL* dans le détroit et autour de l’île.
Taiwan TTX wargame
Les 10 et 11 juin 2025, neuf généraux et amiraux en retraite (ER) de Taïwan, des États-Unis et du Japon, ont participé à un jeu de guerre – du plus haut niveau à ce jour – imaginant l’invasion de Taïwan par l’APL en 2030. Chaque pays devait agir pour ses propres intérêts.
Depuis son arrivée au pouvoir, Xi Jinping n’a de cesse de faire le ménage au sein de l’APL*, et surtout au sommet de sa hiérarchie, au nom de la lutte contre la corruption.
Le 1er avril 2025, le Commandement de théâtre Est de l’APL a annoncé sans avertir à l’avance la tenue d’exercices militaires interarmées autour de Taïwan (Strait Thunder-2025A).
Le commandement du théâtre oriental de l’APL a organisé un exercice militaire conjoint Strait Thunder-2025A autour de Taïwan. Il ne s’agissait pas seulement d’une démonstration de puissance de combat, mais aussi de la possibilité de convertir l’entraînement en combat. Alors, est-ce une menace de guerre contre Taïwan ou une carte utilisée pour des négociations avec Washington ?
Le 1er avril 2025, les avions et navires militaires de l’APL ont annoncé sans avertir à l’avance la tenue d’exercices militaires conjoints (marine et armée de l’air) autour de Taïwan (Strait Thunder-2025A).
En cas de guerre entre les deux rives du détroit, l’armée taïwanaise devra compter sur ses propres capacités pour survivre pendant au moins 30 jours, et ce avec une guerre asymétrique en attendant l’arrivée – éventuelle – du soutien militaire américain. Car il faut du temps à l’armée américaine pour faire converger des troupes du monde entier vers Taïwan. Mais si l’APL parvenait à sa réunification en un temps record, les États-Unis pourraient choisir de ne pas intervenir et d’éviter un conflit frontal avec la Chine.
L’objectif de Pékin est de récupérer Taïwan. Pour cela, la stratégie de l’APL est d’abord d’empêcher l’ingérence américaine par air, terre et mer avec la modernisation de son arsenal et son 3e porte-avions.