L'Indo-Pacifique, centre de la compétition géopolitique américano-chinoise, Rémi Perelman, Asie21

Asie21 Hors-Série n°3/2020-03 Spécial Indo-Pacifique : Les grands acteurs

 

L’Indo-Pacifique (IP), un nouveau monde tiraillé entre Washington et Pékin

Cinq grands acteurs dans un théâtre pour trois stratégies

Rémi Perelman, Asie21

NB : Ce qui suit développe le sujet d’un court exposé présenté par Rémi Perelman lors du colloque organisé le 25 février 2020 par la Fondation Gabriel Péri et l’INALCO sur le thème « Mer de Chine méridionale et Indo-Pacifique : comment garantir une sécurité commune ?« 

L’Indo-Pacifique est désormais le centre de la compétition géopolitique sino-américaine. On pourrait imaginer, et cela a été dit, être revenu à l’affrontement bipolaire qui a marqué la Guerre Froide avec, pour Washington, un simple changement de sparring partner. Mais l’effacement – tout relatif – des États-Unis trumpiens donnent de l’espace à des puissances moyennes. Trois d’entre elles, chacune à sa manière, pourrait trouver l’instant favorable pour affirmer ses ambitions régionales, l’Inde, l’Indonésie et l’Australie, une situation susceptible de conduire à la multipolarité.

À ce jour, la situation n’est pourtant pas aussi claire. On observe en effet que l’attitude des acteurs de second rang présente une diversité qui vaut d’être analysée. Dans la gamme qui, à l’égard de l’un ou l’autre des deux protagonistes, va de la franche alliance à l’hostilité déclarée, trois pays parmi les riverains de l’IP peuvent être considérés, comme représentatifs de positions à la fois différentes et marquées : l’Inde, l’Indonésie et l’Australie. Leurs postures respectives tiennent aux liens qu’ils ont tissés avec les deux puissances mondiales autant qu’à leurs situations propres. Et le Japon dira-t-on ? Trop près des États-Unis et trop discret dans son activité politique internationale pour constituer un cas intermédiaire typique. Une analyse plus fine saurait certainement lui trouver une place sur l’échelle, mais la nuance qu’on pourrait lui attribuer n’est pas nécessaire à la présentation sommaire des trois stratégies à l’œuvre dans l’IP. 

Précisément, s’il fallait d’emblée qualifier chacun des cinq acteurs par leur silhouette, voici ce que l’on pourrait avancer d’une façon abrupte avant de revenir à eux : 

  • Les États-Unis sont réactifs dans la défensive ; leur agenda pour l’IP a pour objectif de transformer une armée alourdie en une « force agile » apte à intervenir quasiment partout dans le monde, effaçant, en quelque sorte le cadre géographique de leur stratégie.
  • La Chine, proactive dans une « offensive étirée » à terme indéfini a de multiples raisons de vouloir descendre vers l’océan Indien. À l’égard de ces deux puissances mondiales, les autres forment un ensemble – plus qu’un groupe – de trois pays limitant avec réalisme leurs ambitions au cadre régional et partageant le refus de l’alignement :
  • l’Inde, entravée par une situation intérieure complexe s’efforce de consolider lentement sa zone d’influence dans « son » océan, tout en ménageant les deux grandes puissances ;
  • l’Indonésie se débat pour parvenir à un état de développement correspondant à son statut de quatrième pays le plus peuplé au monde et à sa « centralité » politique dans l’IP tandis que
  • l’Australie, sixième pays le plus vaste au monde, manifeste sa perplexité face à la double contrainte que lui imposent l’incertitude géopolitique de Washington et la pression de Pékin.

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Cinq grands acteurs dans un théâtre pour trois stratégies

1 – États-Unis : réactivité dans la défensive 

2 – Chine : la poussée – tendance lourde à terme indéfini – vers l’océan Indien via deux « corridors économiques » et un élargissement maritime :

  • Corridor pakistanais
  • Corridor birman
  • Mer de Chine du Sud

3 – Inde, Indonésie et Australie : le non-alignement. Régionalisme et réalisme 

3.1 – Inde, prudence et lenteur

  • Delhi-Washington 
  • Delhi-Pékin 

3.2 – Indonésie, entre le développement intérieur et un destin régional

  • L’Indonésie est courtisée à la fois par la Chine et les États-Unis
  • Un État majoritairement musulman
  • L’« Axe maritime mondial » (Global Maritime Fulcrum, GMF), une stratégie engloutie dans les travers indonésiens

3.3 – Australie, deux volets politiquement cruciaux sont devenus problématiques : stratégique avec Washington, économique avec Pékin

  • La Chine. L’entrisme organisé selon une stratégie à long terme
  • Les États-Unis. Une position devenue incertaine 

4 – Divers, pour mémoire

 

Extrait du Hors-Série n°3/2020-03, spécial Indo-Pacifique 

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Fondation Gabriel Péri/INALCO :

 

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