Mer de Chine du Sud – Chine – États-Unis – Philippines : Polémique sur la militarisation chinoise des Spratleys

À la suite de la révélation présentée le 14 décembre 2016 par le Centre américain d’études stratégiques, selon laquelle les Chinois ont installé depuis peu des systèmes de défense sur les îles artificielles créées antérieurement par eux dans les Spratleys, est née une nouvelle polémique. En dehors de Pékin qui défend une telle initiative, les réactions des parties adverses, malgré la gravité de cette nouvelle étape conquérante chinoise, ne s’affichent pas avec la franche vigueur à laquelle l’on aurait pu s’attendre en pareille circonstance.

FAITS

Le 14 décembre 2016, dans le cadre du programme AMTI, le CSIS a rendu public un rapport intitulé « China’s new Spratly island defences » dans lequel il présente une analyse des travaux de militarisation sur au moins quatre des huit îles artificielles créées par les Chinois en mer de Chine du Sud entre la fin 2013 et l’été 2015.

Sur la base de ce rapport établi à partir de l’analyse d’images satellitaires, il apparaît que des emplacements « significatifs » de combat pour canons antiaériens et canons de défense rapprochée antimissiles de croisière (close-in weapons systems / CIWS) ont été construits sur les récifs de la Croix de feu (Fiery Cross reef), Mischief, Subi et Hughes. Les images livrées au grand public sont effectivement claires à ce propos1.

Une telle publication est aussitôt apparue comme une forme parallèle d’accusation contre la Chine :

1- sur sa persistance à ne pas accepter le verdict prononcé à son désavantage par la Cour permanente d’arbitrage (CPA) le 12 juillet 2016 2 ;

2- sur le non-respect des assurances données à Barack Obama par le président Xi Jinping, lors de sa visite aux États-Unis en septembre 2015, par lesquelles la Chine ne militariserait pas les sites occupés.

Comme à l’accoutumée, partant du postulat, faux, qu’il est souverain sur les Spratleys (Nansha en chinois), Pékin estime dans la logique dudit postulat avoir le droit incontestable de défendre dans l’archipel3 ce qu’il considère être son territoire national. Le ministre chinois de la Défense l’exprime en langage très direct le 15 décembre 2016 tandis que le ministère des Affaires étrangères nie contre toute évidence qu’il s’agit d’un « déploiement militaire ».

Aux États-Unis, les réactions brillent par un vœu pieu rituel dont chacun sait pertinemment qu’il n’aura aucun effet : « Nous appelons instamment la Chine ainsi que les autres prétendants à s’engager à traiter et à résoudre pacifiquement les contentieux, à s’abstenir de réaliser d’autres travaux de comblements terrassiers et de construire d’autres installations sur les structures disputées et leur militarisation.»

Les Philippines, pour leur part, concernées en premier lieu, réagissent de manière dissonante :

le secrétaire à la Défense, Delfin Sorenzano, exprime sa préoccupation dès le 15 décembre 2016. Si, dit-il, cette militarisation est réelle, « elle est un gros souci pour nous et pour la communauté internationale dont les voies commerciales passent par la mer de Chine du Sud » ;

le lendemain, le secrétaire d’État, Perfecto Yasay, temporise en déclarant que les Philippines ne présenteront pas de protestation officielle par « note verbale » contre la Chine (cf. encadré).

Quant au Vietnam, concerné au même rang que les Philippines en raison de ses revendications sur les mêmes structures rocheuses que les deux autres antagonistes, il se mure dans un profond silence.

Capture d’écran recherche Google : Asia Maritime Transparency Initiative

ENJEUX

Par le renforcement d’un affichage de puissance militaire dans les Spratleys, ne soit-il que défensif pour l’heure, il s’agit pour la Chine d’y étoffer une base de rayonnement sur toute l’Asie du Sud-Est afin d’extraire complètement celle-ci de l’orbite des États-Unis. Ce qu’elle est en voie de réussir depuis le ralliement du président philippin4.

En consolidant ses positions …

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°102 janvier 2017

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