Kazakhstan : Contestation et manifestations antichinoises

Depuis l’été 2019, le Kazakhstan est le théâtre d’une campagne antichinoise inspirée par la peur du puissant voisin jugé encombrant et agressif. Il est reproché aux autorités leur laxisme vis-à-vis des initiatives de Pékin et en particulier des projets d’installation ou de transfert dans le pays de 55 entreprises chinoises. Ce mouvement d’hostilité met en cause la politique de rapprochement avec la Chine du président Nazarbaïev et de son successeur et homme-lige Kasym-Jomart Tokaïev.

FAITS

Ce mouvement de protestation a pris de l’ampleur en septembre 2019 à la veille d’une visite à Pékin du président Tokaïev. Il s’est étendu à plusieurs villes importantes, la capitale Nur-Sultan (ex-Astana), Almaty, Karaganda, Chimkent, Aktobe et Janaozen, lieu d’un mouvement de contestation sociale en 2011 qui avait ébranlé le gouvernement. Cette fois, les manifestants étaient descendus dans la rue avec le slogan « Non à l’expansion chinoise ». Ils exprimaient leur mécontentement à propos de la mise en œuvre de l’accord sino-kazakh de 2015 aux termes duquel la Chine financerait la construction au Kazakhstan de 55 entreprises dans les domaine de l’agriculture et de l’industrie pour un montant de 27 milliards US$. Douze de ces projets auraient déjà été réalisés. D’autres sont sur le point d’être mis en chantier : des stations d’énergie solaire, une station hydroélectrique et une usine de traitement de la viande. Onze autres projets d’une valeur de 5,5 milliards US$ sont en cours de réalisation. Les autorités affirment que l’ensemble de ces projets permettra de créer 20 000 emplois.

Les opposants déclarent de leur côté qu’il ne s’agit pas de construire de nouvelles usines, mais de transférer sur le territoire kazakh de vieilles entreprises où sera employée de la main d’œuvre chinoise. Ils redoutent que le Kazakhstan devienne financièrement dépendant de la Chine, comme le sont le Kirghizstan et le Tadjikistan. Le gouvernement réfute ces arguments et prétend que les manifestations antichinoises sont animées par le mouvement d’opposition « Choix démocratique du Kazakhstan », interdit pour extrémisme depuis 2018, dont plusieurs membres ont été arrêtés. Ce parti a été fondé et financé par Moukhtar Abliazov, ancien ministre de l’énergie et ancien banquier exilé en France, condamné dans son pays à 20 ans de prison pour avoir détourné et transféré illégalement à l’étranger 7,5 milliards US$. Le président Tokaïev lui avait en son temps refusé la privatisation d’une station hydroélectrique. Moukhtar Abliazov avait également été en conflit avec les autorités chinoises, qui ont rompu plusieurs contrats avec lui, notamment dans le domaine pétrolier. Son nom a également été cité à propos de la création de camps de rééducation au Xinjiang […]

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Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°136/2020-02

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