Inde vs Chine & États-Unis : Des relations flexibles

L’Inde de Narendra Modi et les États-Unis s’étaient rapprochés une fois la brouille nucléaire passée, tandis que les incidents de frontière envenimaient les relations entre Delhi et Pékin. Depuis plusieurs mois, l’atmosphère a changé. Sans rompre avec Washington, Modi et Xi se sont rencontrés à plusieurs reprises et pourraient avoir, sinon des projets communs, du moins une compréhension clarifiée des objectifs stratégiques « affichés » par l’autre, voire une vision de leur région commune dans le monde de demain. Les États-Unis et l’Europe y tiendraient une place moins glorieuse que par le passé.

Narendra Modi’s India and the United States had moved closer once the nuclear scramble had passed, while border incidents were poisoning relations between Delhi and Beijing. For several months, the mood has changed. Without breaking with Washington, Modi and Xi have met several times and could have, if not common projects, at least a clarified understanding of the strategic objectives “displayed” by the other, or even a vision of their common region in the world of tomorrow. The United States and Europe would be less glorious than in the past.

FAITS

La visite de N. Modi à Washington en juin 2017 avait été marquée par l’euphorie car il voulait alors contrer l’influence croissante de la Chine dans son voisinage. Depuis, plusieurs événements ont contribué à modifier son état d’esprit :

  • l’offensive protectionniste de Donald Trump de mars 2018 (surtaxe sur l’acier et l’aluminium, réduction du nombre de visas professionnels H1B…) ;
  •  ses entretiens avec Xi Jinping lors d’un tête-à-tête informel à Wuhan les 27-28 avril 2018 où ils ont évoqué les perspectives stratégiques à long terme de leurs pays et de leurs relations ;
  • son désaccord avec la position américaine, rendu manifeste lors du Dialogue du Shangri-La (Singapour, 1er-3 juin 2018). Alors qu’il évoquait les bonnes relations de l’Inde avec les États-Unis, la Russie et la Chine, J. Mattis promettait de contrer les mouvements de ces deux derniers, deux États « révisionnistes »  ;
  • sa première participation comme membre de plein exercice au sommet de l’OCS (Qingdao, 9-10 juin 2018).

N. Modi prend cependant garde de ne pas tomber d’un jeu d’alliance dans un autre grâce à une série de prises de position « pivotales ». Son pays prendra désormais part aux exercices militaires de l’OCS sans renoncer aux exercices navals Malabar (États-Unis, Inde, Japon, 7-16 juin 2018) mais en évitant d’y inviter l’Australie pour éviter que Pékin n’y voie la menace du Quad ; il passe deux jours avec le président chinois mais refuse d’adhérer à son programme des Routes de la soie. Ce faisant, la diplomatie de Modi emprunte la voie de ses prédécesseurs, Vajpayee et Manmohan Singh.

Washington s’est vu défié lorsque Sushma Swaraj, la ministre des Affaires étrangères, déclare le 5 juin 2018 que son pays ignorera les sanctions américaines et maintiendra ses relations avec :

  • la Russie : les négociations relatives aux système de défense antimissile S-400, […]

Rémi Perelman, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°119 juillet-août 2018

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Encadré    

Les trois accords fondateurs de défense entre l’Inde et les États-Unis

Ces accords-cadres, que le Pentagone appelle « accords fondateurs », sont destinés à faciliter la coopération entre armées principalement au niveau tactique, bien qu’ils puissent être développés davantage dans la coopération stratégique. Ils doivent être signés par les alliés des États-Unis pour leur permettre d’acquérir et d’exploiter efficacement du matériel militaire américain de manière interopérable avec les forces américaines.

Évoqués en 2009 par l’ambassade des États-Unis à New Delhi, leur principe a été arrêté entre les deux pays en 2016, dans le cadre du pivot asiatique de l’administration Obama. Ces trois accords fondateurs sont les suivants.

  • L’accord de sécurité logistique (LSA). En négociation pendant des années avec Delhi, le mémorandum d’accord logistique a été signé le 29 août 2016. Établissant un cadre pour le partage de la logistique militaire entre les deux pays, il doit permettre :

l’utilisation réciproque des installations de ravitaillement en carburant, […]