Australie : Ingérence chinoise… et réactions

Australie : Ingérence chinoise… et réactions

L’influence chinoise en Océanie mérite l’attention. Plusieurs faits récents en témoignent. D’abord, la publication du Livre blanc de la politique étrangère australienne pour les dix années à venir montre que l’agressivité de Pékin suscite de l’anxiété. Puis, le journalisme d’investigation ayant patiemment mis en évidence les modalités de l’ingérence de la Chine en Australie, une législation destinée à y mettre fin a été mise en chantier à Canberra, provoquant l’ire de Pékin. La Nouvelle-Zélande présente les mêmes symptômes. La route de l’Antarctique serait-elle fermée ?

FAITS

Si l’influence chinoise en Afrique – et en Amérique du Sud – a été largement commentée, celle qui s’exerce en Océanie mérite d’être mieux perçue. Certains faits récents la mettent en relief.

Le Livre blanc de la politique étrangère australienne 2017-2027 a été publié le 23 novembre 2017. Le précédent datait de 2003. En très bref : l’Amérique conservera la supériorité militaire pour l’avenir prévisible, mais si elle se retire du réseau d’alliances qu’elle a construit en Asie, alors la Chine en sera le principal bénéficiaire, les conflits s’aggraveront et la région sera plus imprévisible et dangereuse. Si la montée de la Chine a alimenté l’économie australienne pendant deux décennies, les deux pays ayant « des intérêts, des valeurs et des systèmes politiques et juridiques différents », elle constitue à cet égard une source d’anxiété pour l’établissement de la politique étrangère.

Une nouvelle législation destinée à lutter contre l’ingérence et l’espionnage a été annoncée le 5 décembre 2017 par le gouvernement fédéral alerté par ses agences de renseignement (l’Australie est vulnérable à l’influence d’acteurs étrangers). Les dons aux partis et personnalités politiques seront interdits, l’inscription des lobbyistes de puissance étrangères sera obligatoire et les actes d’ingérence étrangère dans le cours de l’élaboration de nouvelles lois deviendront des délits.

Pékin a qualifié la position australienne d’hystérique et de paranoïaque, développant : « Nous sommes choqués par les propos du leader australien marqués par l’absence de principes et qui se contentent de se plier aux rapports irresponsables de certains médias australiens. […] Ces remarques sans fondement peuvent […] nuire au fondement de la confiance et de la coopération mutuelles. Nous sommes fortement insatisfaits de ces remarques et avons déposé des représentations sévères auprès de la partie australienne » (porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, 8 décembre 2017).

L’allusion à « certains médias australiens » faisait référence à l’enquête du groupe de presse ABC & Fairfax Media publiée le 5 juin 2017. Trois articles très documentés (The party line ; Payments, power and our politicians ; The go-betweens), révèlent comment le Parti communiste chinois a infiltré l’Australie (cf. « métadonnées » dans ce numéro). Canberra avait fait savoir que ce reportage avait été pris « très au sérieux ». […]

Rémi Perelman, Asie21

 

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Asie21-Futuribles n°113 janvier 2018

 

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