Maurice : La CIJ et Diego Garcia

 Dans l’océan Indien, l’archipel des Chagos s’est trouvé exclus de la décolonisation entreprise par le Royaume-Uni en 1967. Des trois îles habitées sur la cinquantaine que compte cet archipel, seul l’atoll de Diego Garcia est occupé aujourd’hui. Porteur d’une base aéronavale de la Royal Navy cédée aux États-Unis, l’île est passée, le 25 février 2019, de la souveraineté britannique à celle de la République de Maurice. La clarification de son statut jusque-là incertain, modifiera-t-il l’équilibre stratégique de l’océan Indien ?

In the Indian Ocean, the Chagos archipelago was excluded from the decolonization undertaken by the United Kingdom in 1967. Of the three inhabited islands in the fifties that account this archipelago, only the atoll of Diego Garcia is busy today. Bearer of a naval air station of the Royal Navy yielded to the United States, the island passed, on February 25, 2019, of the British sovereignty to that of the Republic of Mauritius. Will the clarification of its hitherto uncertain status change the strategic balance of the Indian Ocean?

FAITS

  • En 1965, le Royaume-Uni, puissance coloniale depuis 1810, obtient de l’autorité semi-autonome de Maurice la renonciation à l’archipel des Chagos contre 3 millions de livres. Doté du statut de BIOT, il est vidé sans ménagement de ses quelque 2 000 habitants entre 1971 et 1973. Son atoll principal – Diego Garcia, 28 km2, exempt de cyclones, rade profonde – est mis à la disposition des États-Unis jusqu’en 2036. 
  • La base américaine, où les travaux de construction débutent en 1971 (jetée de 250 m, piste de 4 km pour avions gros porteurs…), est opérationnelle depuis 1986. Elle abritait en 2011 un millier de militaires et 2 350 civils ; cinq navires de soutien permanents. Quatre stations de surveillance et relais satellite y sont installés : GEODSS, GPS, ART et Echelon. Des dépôts destinés aux stocks prépositionnés du Pacific Air Forces War Reserve Materiel sont actuellement en construction.
  • Depuis son indépendance, accordée en 1968, la République de Maurice ne cesse de réclamer la restitution de l’archipel inscrit dans sa constitution (12 mars 1968). Son article 111 précise que « “Maurice” inclut les îles Maurice, Rodrigues, Agaléga, Tromelin, Cargados Carajos [Saint-Brandon] et l’archipel des Chagos, y compris Diego Garcia et toute autre île comprise dans l’État de Maurice ». NB. L’île française de Tromelin est revendiquée par Maurice. Un accord de cogestion, datant de 2010, attend toujours sa ratification.
  • En date du 25 février 2019, « La Cour [la CIJ] dit que le processus de décolonisation de Maurice n’a pas été validement mené à bien lorsque ce pays a accédé à l’indépendance et que le Royaume-Uni est tenu, dans les plus brefs délais, de mettre fin à son administration de l’archipel des Chagos ». L’avis est consultatif. Dossier complet ici.
  • Rappels
    • La fermeture du canal de Suez (1956-1957) révèle l’intérêt stratégique de Diego Garcia pour la surveillance et la protection de l’ancienne route des Indes si le canal venait à être à nouveau fermé.
    • Pendant la guerre froide, le SOVINDRON dispose de facilités (Aden, Socotra, Berbera en Somalie, Visakhapatnam en Inde, Mozambique). Les accords secrets Macmillan-Kennedy, 1961, organisent […]

Rémi Perelman, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°127 avril 2019

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