Guerre commerciale : après la trêve d’Osaka, l’érosion de la Chinamérique 中美貿易在大阪會談後走向瓦解

Le président américain Donald Trump serre la main de son homologue chinois Xi Jinping au sommet du G20 à Osaka le 29 juin 2019. (Source : Politico)
Le président américain Donald Trump serre la main de son homologue chinois Xi Jinping au sommet du G20 à Osaka le 29 juin 2019. (Source : Politico)
Une nouvelle trêve, et après ? Si Donald Trump et Xi Jinping se sont mis d’accord pour rouvrir les négociations commerciales, la photo masque mal les obstacles à la fin de la guerre commerciale. Alors qu’elle semblait indestructible, l’imbrication entre les économies des deux superpuissances se délite.
中美雙方再次休戰,但是以後究竟如何發展?如果習近平和川普均同意重啟貿易談判,但是兩人的合照,卻仍掩不住兩國之間,難以拔除的障礙。也因此,表面上看,中美兩超強之間的經貿關係,環環相扣,緊密聯繫,如今卻愈來愈走向風化瓦解!
En mai 2019, réagissant à l’échec des négociations bilatérales, Donald Trump a porté à 25 % les droits de douane sur 200 milliards de dollars d’importations de Chine. Évoquée un an plus tôt, cette mesure avait été suspendue en décembre 2018 à l’occasion de sa rencontre avec Xi Jinping à Buenos Aires en marge du G20. En même temps qu’il décidait de cette hausse, le président américain a demandé au département d’État du Commerce de préparer son élargissement à 300 milliards d’importations supplémentaires. Cette nouvelle liste inclut de nombreux biens de consommation qui ont jusqu’à présent échappé aux hausses de droits de douane – chaussures, vêtements, jouets, téléphones, tablettes ou ordinateurs. Elle touche les millions d’articles distribués par les hypermarchés de Wal Mart fréquentés par les ménages modestes, dont les électeurs de Trump.

中美貿易在大阪會談後走向瓦解

中美雙方再次休戰,但是以後究竟如何發展?如果習近平和川普均同意重啟貿易談判,但是兩人的合照,卻仍掩不住兩國之間,難以拔除的障礙。也因此,表面上看,中美兩超強之間的經貿關係,環環相扣,緊密聯繫,如今卻愈來愈走向風化瓦解!

中美雙邊經貿磋商,屢告失敗,長達兩年之久的對抗,已使太平洋兩岸的兩大貿易國,改變了彼此的基本態度。雙方之間的劍拔弩張、互相威脅,已對未來的整個貿易氣氛,造成不確定感,並可能使美國企業,把目標轉向中國以外的其他亜洲國家。中美兩大經濟體,原已糾纒交錯、互相依存,因此要預言這種關係,未來可能走向分崩離析的瓦解,幾乎是難以想像的不可能。然而,經過前段時間的來回折騰,從長遠看,卻已變得不能避免。縂之,此項情勢,將使全球化的重要軸心—-中美貿易—-走向衰退!

LA CHINAMÉRIQUE MISE À MAL

La Chine est le premier fournisseur des États-Unis. Au-delà de ce constat macro-économique, il existe une imbrication entre les deux économies qui ne se limite pas aux GAFA, aux grands noms de l’industrie électronique ou de la construction automobile, comme le montre la lecture du « cahier de doléances » ouvert par le département d’Etat au Commerce. Ce dernier a en effet recueilli les avis des entreprises touchées par les hausses de droits de douane envisagées par Donald Trump et qui concernent des milliers de rubriques douanières. L’administration a organisé une audition publique qui s’est achevée le 17 juin. Près de 3 000 entreprises ont déposé leurs remarques sur le site du ministère. Le survol de ces témoignages, sur plusieurs centaines de pages, plonge le lecteur dans la « petite mondialisation » et lui fait mesurer l’étroite imbrication des économies américaine et chinoise.
Cette interdépendance se reflète depuis l’entreprise de dix personnes qui conçoit et distribue des feux d’artifice qu’elle fait fabriquer en Chine, jusqu’aux concepteurs de jeux vidéo qui travaillent en étroite symbiose avec des fabricants chinois, en passant par les centres de santé qui se procurent les gants chirurgicaux en Chine. Ces témoignages insistent sur la sensibilité au prix des ménages américains : porter à 25 % les droits de douane diminuerait la consommation. S’ils reconnaissent le bien-fondé de la politique commerciale – ce serait mal venu de la critiquer dans un avis posté sur le site de la direction du commerce ! –, ils signalent souvent que les entreprises touchées cherchent des alternatives à la Chine. Elles plaident pour que l’administration leur accordent un sursis, car modifier l’organisation des circuits de sous-traitance et s’assurer de la qualité de nouveaux fournisseurs exigent du temps. Une mise en œuvre trop rapide des mesures les obligera à licencier du personnel.
À ces témoignages d’entreprises, s’ajoute la lettre ouverte signée par une centaine d’associations de producteurs agricoles et industriels et de distributeurs dont Wallmart et Target. Ils sont réunis dans la campagne « Tariffs hurt the Hearland ». Ils préviennent : les hausses annoncées pourraient provoquer 2 millions de licenciements. D’accord sur l’objectif du gouvernement, ils critiquent la méthode en rappelant que ce ne sont pas les Chinois mais les consommateurs américains qui paient les droits de douane. Les enquêtes ont en effet montré que les exportateurs chinois n’ont pas baissé leurs prix pour absorber la hausse. Le FMI a évalué à 800 dollars par ménage et selon l’association Trade Partnerhip, le coût atteindra 2 000 dollars pour une famille moyenne et pourrait diminuer d’un point le PIB américain.

UNE DÉCISION ÉLECTORALE

« It’s the economy, stupid ! » La boutade d’un conseiller de Bill Clinton pourrait être reprise par Donlad Trump pour expliquer son attitude au sommet d’Osaka. En juillet 2019, l’économie américaine achèvera son 121ème mois de croissance. Le cycle qui a débuté en juin 2009 est le plus long de l’après-guerre, une durée qu’explique pour partie la gravité de la crise de 2008. Il a été dopé par la réforme fiscale mise en œuvre par Trump qui creuse la dette publique. La prolongation du cycle étant la meilleure assurance d’un second mandat, il est hors de question pour le président de prendre un risque à quinze mois de la présidentielle.
Le locataire de la Maison Blanche a annoncé qu’il suspendait – sans l’abandonner – son projet d’élargissement de la hausse de droits de douane, rendant la politesse à Xi Jinping qui, quelques jours auparavant, avait autorisé l’importation de soja américain par la Chine. Si le numéro chinois n’a pas été étonné par la suspension des hausses de tarifs, il a été surpris, tout comme les conseillers de Washington, par la remarque de Trump regrettant que les entreprises américaines ne puissent plus vendre des fournitures à Huawei. Cette réaction rappelle le tweet que le milliardaire avait posté, déplorant les pertes d’emploi que les mesures prises par son administration risquaient de provoquer chez ZTE en avril 2018. La dernière annonce de Trump ne devrait cependant pas avoir de conséquences sur l’activité de télécommunications de Huawei tant que l’entreprise restera dans la « Liste des entités » (Entity List) qui représentent un risque pour la sécurité des États-Unis.
Trump a annoncé une reprise des négociations avec la Chine, sans préciser de calendrier. Ce qui réjouit Pékin qui a tout intérêt à se hâter lentement à mesure que la présidentielle approche. A ce sujet, la lecture du Livre blanc publié par le gouvernement chinois sur l’échec des négociations avec les États-Unis démontre que les Américains ne doivent pas trop en attendre. La Chine est prête à acheter plus de produits des États-Unis pour réduire le déséquilibre bilatéral, et elle accepte de renforcer sa législation sur la propriété intellectuelle. Mais rien au-delà. Le Livre blanc indique que les entreprises étrangères qui cèdent des technologies pour accéder au marché chinois ne sont pas contraintes de le faire, et de conclure que la Chine ne transigera pas sur ces principes. Elle attribue l’échec des négociations aux Américains qui auraient changé trois fois de position. Difficile de voir ce que pourront obtenir les représentants de Washington après onze roundsde négociations.
Si les pourparlers ont échoué, deux années d’hostilités ont modifié les attitudes de part et d’autre de l’océan Pacifique. Le maintien de la menace crée un climat d’incertitude, qui peut conduire au départ d’entreprises américaines vers d’autres pays asiatiques. La désintégration de la ChinAmérique semblait impossible tant ces économies sont imbriquées. Désormais, elle devient probable voire inévitable à long terme. Elle affaiblira un axe important de la mondialisation.
Jean-Raphaël Chaponnière, Asie21