Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming, Michela Fontana, Editions Tallandier, 7 novembre 2019

Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming, Michela Fontana, Editions Tallandier, 7 novembre 2019

Synthèse-résumé –

Échec dans l’instant … succès dans la durée…

Michela Fontana a reçu le prix du livre politique en Italie en 2010 pour son livre Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming. Ricci est représenté sous un angle moderne,  avec ses réalisations comme homme du XVIe siècle et comme jésuite éternel. Il a échoué dans sa mission d’évangélisation, mais réussi comme « passeur de cultures » entre l’Occident et la Chine.

M. Fontana a utilisé les dernières analyses du journal original de Ricci, loin de la traduction initiale très orientée du père Jésuite Trigaut. Elle suit avec méthode la progression de Ricci en Chine, énumère les difficultés rencontrées, décrit les solutions trouvées et analyse ses échecs et ses succès.

Cette synthèse-résumé présente l’œuvre de Ricci sous un angle critique avec deux questions:

  • « Qu’allait-il faire dans ce pays? » et
  • « Qu’y a t-il fait? »

Les acteurs en présence

  • La Chine : un pays de 200 millions d’habitants, un empereur, le fils du Ciel.
  • L’Occident : 25 « pays » et rois et langues, 90 millions habitants et le Portugal (Macao) : 1,5 million habitants, un roi.
  • La chrétienté, divisée et un Pape, gérant spirituel et matériel avec ses congrégations religieuses.
  • Matteo Ricci, jésuite, scientifique, éduqué avec une mission: « évangéliser la Chine ».

Évangéliser : mission impossible dans un pays à longue histoire où le mot Dieu est inconnu.

  • « La foi n’est pas contraire à la raison », affirmation de saint Thomas d’Aquin, alors que Giordano Bruno est brûlé vif, en 1600 à Rome, pour avoir développé la théorie de l’héliocentrisme, montrant de manière philosophique, la pertinence d’un univers infini, qui n’a ni centre ni circonférence..
  • Le concept théologique de la vie :
    • pour l’Occident chrétien est : « Dieu est un, il créa l’homme et lui donna l’ordre de dominer la nature »,
    • alors que la Chine n’a pas de théologie : elle gère un système hérité du chamanisme avec l’homme et la nature ne faisant qu’un.

Trois systèmes philosophiques cohabitent en Chine depuis 2000 ans : confucianisme, taoïsme et bouddhisme. Ricci, l’homme de la foi chrétienne n’accepte aucun compromis et propose des dogmes, des vérités absolues alors que pour les Chinois, il y a 10 000 façons d’arriver à la vérité… il ne pouvait pas réussir.

  • Pape et Empereur ne peuvent cohabiter en Chine, « il n’y a pas place pour deux caïmans mâles dans le même marigot »

 

La méthode : l’acculturation  ou «  accommodation culturelle », une approche avec gestion du temps long et « préférer avancer avec des pieds de plomb » qu’à sauter comme un cabri…

  • l’identification, avec « être chinois chez les Chinois », et Ricci devient le mandarin « Li Madou », « il s’est fait chinois »,
  • l’acculturation, c’est une approche culturelle de la Chine par :
  • la reconnaissance des vertus du confucianisme. La philosophie chrétienne ne serait que la version modernisée du stoïcisme chez les Grecs et du confucianisme chez les Chinois ;
  • l’identification du mal. Les ennemis à combattre sont le taoïsme et le bouddhisme avec monastères et moines (donc concurrents) ou les « sciences du vide et du rien qu’il faut réfuter et non haïr », même si du vide, le zéro de la science mathématique est issu…
  • «La science est un très bon hameçon », Ricci a reçu une formation scientifique :
  • avec de grands maîtres comme Christophorus Clavius qui redécouvre Euclides,
  • avec la révolution des sciences de l’astronomie, Copernic et bientôt Galilée « e pur si mueve » (1633),
  • avec les automates et ses horloges,
  • un bon hameçon, car la Chine s’est mariée avec les sciences depuis des centaines d’années, même si les événements politiques le lui avaient fait oublier ses découvertes, ce que Ricci toujours ignora, donc ne reconnut point,
  • Un hameçon sans vice, dans un pays où la science n’était pas au service de la guerre, mais au service de l’art de vivre dans un pays de culture… force des uns ou faiblesse de l’autre ?
  • La foi peut elle être contraire à la raison ? Oui, l’inquisition le prouva amplement…

 

Les limites de lapproche par l’acculturation de Ricci, ou du pouvoir de la science et du croire de la foi.

  • Ricci évolue dans une science, naissante en Occident et oubliée en Chine sur un fond d’alchimie, dans l’astronomie et l’astrologie et l’art du calendrier sur un fond de divination. Il diffuse les mathématiques grecques retrouvées et les arts du calcul, définit la géographie de l’empire du Milieu avec une cartographie nouvelle du monde…, la science attire et fascine les Chinois qui retrouvent ce qu’ils avaient oublié .. mais pour la foi que Ricci veut leur enseigner avec une arrogance certaine, c’est un autre pari. Et si Ricci a un accès permanent à la cité interdite, c’est en qualité de « dieu tutélaire des horloges » pour entretenir les horloges offertes à l’empereur. Il ne le rencontrera jamais. Mais Wanli saura désormais que son empire est au milieu de 5 continents.
  • Ricci, exigeant et intransigeant, a compris la structure du pouvoir chinois avec sa centralisation et ses lettrés. L’acculturation n’est pas allée jusqu’à lui faire admettre la culture de l’autre, il fallait brûler ses bibliothèques, renier ses concubines pour accéder au baptême. Était-ce bien raisonnable ? 

 

Les résultats : un échec du missionnaire avec la foi et un succès de l’Homme avec la science.

Évangélisation : un échec, avec quelques centaines de convertis en 30 ans et l’interdiction par le pape de l’acculturation, cette approche originale et en partie respectueuse de la Chine spirituelle. La guerre des rites signera la fin de la partie avec l’interdiction du catholicisme en Chine.

Le passeur de culture entre deux mondes qui s’ignoraient

Un succès avec :

  • pour les Européens, un dictionnaire de langue chinoise et la traduction des Quatre livres de Confucius,
  • pour les Chinois, l’ouverture aux mathématiques euclidiennes, à la géographie, à l’astronomie balbutiante et la philosophie de la sagesse grecque et romaine,
  • l’établissement de relations interculturelles scientifiques durables.

Matteo Ricci « s’est fait chinois ». Aujourd’hui, il fait partie, grâce à la science et son rôle de passeur,  de la culture chinoise.

« Matteo Ricci, un jésuite à la cour des Ming »

« La foi n’est pas contraire à la raison » Saint Thomas d’Aquin,

« La science est un très bon hameçon »(Ricci)

Le livre

Le livre écrit par Michela Fontana a obtenu le prix de la biographie politique en 2010 en Italie, il vient d’être traduit et publié en France. On peut analyser cet ouvrage sous plusieurs angles,  historique, sociologique et humain.

Matteo Ricci arrive en Chine en 1582 à l’âge de 30 ans, il y reste jusqu’à sa mort en 1610, il est le premier européen à y vivre durablement et est le premier maillon du dialogue entre la Chine et le Monde Occidental. C’est un Jésuite qui est venu évangéliser l’Empire du Milieu que l’explorateur portugais Jorge Alvares avait mis à portée de l’Europe avec l’occupation de Macao en 50 ans plus tôt. Son bilan au bout de 38 ans de présence constante est maigre: 21 missionnaires présents sur le territoire, et quelques centaines  convertis. Et pourtant, Ricci a eu une influence considérable dans les relations entre l’Occident et la Chine où Marco Polo avait séjourné 3 siècles auparavant et dont les écrits mêlaient réalité et fantaisie. Le livre de Fontana analyse le succès et l’échec de l’aventure de Matteo Ricci.

  • Le succès de la mission Ricci a été obtenue par un homme, intelligent , entreprenant, et indépendant et bien loin de sa base romaine, il fallait 4-6 ans pour recevoir une réponse à une lettre la lettre envoyée à Rome.
  • L’échec est arrivé quand les Chinois ont estimé suffisante l’ouverture à la science qui leur avait été procurée et quand la Papauté a réaffirmé l’intransigeance de ses messages de foi avec la « guerre des rites » qui se termine par l’interdiction du catholicisme en Chine en 1724.

Les deux systèmes de pensée du monde – occidentale et chinoise – ont de telles différences que, même si « la foi n’est pas contraire à la raison », catholicisme et confucianisme-taoïsme n’avaient aucune chance de vivre en harmonie  dans la durée dans l’Empire du Milieu. On pouvait échanger sur la raison et la science, on ne pouvait que s’étriper sur la Foi et les pouvoirs de Dieu sur l’Homme.

L’homme : Matteo Ricci

Matteo Ricci est un jésuite, avec une triple allégeance

  • à Dieu dont le représentant, le Pape a une doctrine inconstante – 8 Papes se succèdent durant la mission de Ricci- , l’intransigeance constante avec en toile de fond, l’Inquisition – la branche en Espagne a  été instaurée en 1478-  et  l’imprimatur pour tout ouvrage,
  • à la Compagnie de Jésus ( créée en 1540, dirigée par un Père général, le Pape Noir), qui supervise, finance la mission d’évangélisation de Ricci, aussi intransigeante, à sa manière que l’Inquisition…
  • aux Portugais établis à Macao et qui assurent la logistique de la mission,

Heureusement, la lenteur des communications – plusieurs année entre l’ordre et le contre-ordre – permettait une grande liberté d’action à Ricci. Il a ses propres idées, celles d’un homme entreprenant agissant en première ligne et jouissant d’une grande initiative pour les mettre en application. Il a aussi l’intelligence de tirer profit des échecs récents de ses prédécesseurs et concurrents religieux, Franciscains et Dominicains.

Objectif ou la mission impossible d’évangéliser l’Empire du Milieu

La Chine est un immense mystère de continuité dans la durée  de milliers d’années, tout intégrant les nombreux avatars de cette longue histoire..

  • un Empire, un pays de 200 millions habitants aux limites imprécises, avec à sa tête un Empereur, fils du Ciel,  Wanli, de la dynastie des Ming. Il règne de 1572 à 1620. Le pouvoir est exercé à travers une administration centralisée, complexe, lourde avec des fonctionnaires, des lettrés choisis au nom de leur savoir à travers des concours annuels exigeants et très sélectifs.
  • Évangéliser ou apporter la parole de Dieu, dans un pays où le terme Dieu n’a pas de signification, rude tâche. Le maître mot qui guide l’action de Ricci (le Jésuite et/ou l’Homme) est « acculturation » ou «  accommodation culturelle », c’est à dire « la conquête du pays au credo chrétien en se faisant chinois en Chine ». C’est une approche nouvelle à base du respect de la culture de l’autre, avec moins d’arrogance, au moins en apparence. La contradiction fondamentale se révélera bientôt sur le terrain, discrètement, puis éclatera en pleine lumière et aboutira au bannissement du catholicisme 140 ans plus tard. Le Fils du Ciel ne peut pas partager son pouvoir avec le Pape (huit se sont succédés durant le séjour de Ricci), vicaire du Christ et représentant de Dieu sur la terre!, ce qui confirmait le proverbe africain bien trivial:  « Il n’y a pas place pour deux caïmans mâles dans le même marigot ».
  • Dieu: un non-sens pour les Chinois
  • La culture occidentale a un concept théologique de la vie1: Dieu est un, il créa l’homme et lui donna l’ordre de dominer la nature,
  • Alors que la Chine gère un système hérité du chamanisme avec l’homme et la nature qui ne font qu’un (Vandermeersch).

« Dans la culture chinoise, on ne distingue pas l’immanent du transcendant, on ne peut pas concevoir un dieu créateur du monde et législateur suprême, séparé du monde terrestre. La seul réalité terrestre est le tao, ce principe mystique indéfinissable considéré depuis les temps les plus anciens comme l’origine de tous les flux naturels avec le qi, le flux vital, fait à la fois d’énergie et de matière qui parcourait le monde ».

Trois personnages ont surgi au Ve siècle av. JC et ont façonné la pensée asiatique, Confucius et Laotseu en Chine, suivis de Bouddha en Inde.

Dans la Chine que Ricci veut évangéliser, les philosophies de Confucius et Laotseu se sont conjuguées et combinées depuis plus de 20 siècles et constituent l’armature culturelle et spirituelle du peuple. La pensée de Bouddha, introduite un peu plus tard,  s’est adaptée à la pensée chinoise, elle s’est « sinisée » grâce à la souplesse de sa doctrine et obtenu des succès importants et variables, avec la multiplication des moines et monastères à travers le pays.

L’Étude avec Confucius, le Socrate ou le Sénèque asiatique, prône le perfectionnement moral de l’individu, grâce à la pratique des rites et à la poursuite incessante de l’étude. Le sage trouve sa raison d’être en se mettant au service d’un souverain, et l’assiste dans l’accomplissement du «  décret du Ciel », avec une observance scrupuleuse des convenances liées à la hiérarchie sociale. Étude, travail, rites sont les maîtres-mots du lettré placé au service de l’empereur.

Le taoïsme vise à atteindre la voie, le Tao, principe par lequel toutes les choses adviennent naturellement. Le « saint » taoïste qui a trouvé le Tao pratique le non-agir qui produit un effet dans le monde sans entrer en interférence avec le cours harmonieux des choses. Voie, harmonie en respect avec la nature en sont les maîtres-mots.

Savoir  et divination (et non la foi, au sens chrétien) se combinent à travers une technique spécifique, la manticologie qui a donné naissance, après des centaines d’années d’interprétation, aux idéogrammes, une forme sophistiquée de la codification et transmission du savoir des devins des chasseurs, les  chamanes.

Le bouddhisme est proche du taoïsme, c’est une religion de la douceur qui offre une vie religieuse personnelle, dans la morale et la méditation, les deux branches typiques de la spiritualité chinoise mais avec des pratiques moins pénibles et moins dures que le caractère dur des pratiques propres au taoïsme. Ses succès ultérieurs proviennent dans une large mesure de cette facilité de pratique plus que d’une supériorité métaphysique non reconnue par les Chinois.

 

Le déroulement de la mission de Matteo Ricci

  1. Ricci est venu pour évangéliser la Chine dont il ne connaît ni la langue, ni les habitants, ni l’histoire. Il possède une solide formation scientifique et religieuse. Rapidement, il perçoit le pouvoir centralisateur du pays et il n’a alors qu’un objectif : atteindre l’empereur et devenir son conseiller et évangéliser l’empire, mode suivi antérieurement par les bouddhistes.

Le livre de M. Fontana suit pas à pas la mission  de M. Ricci. Il décrit et analyse la cohérence de ses activités selon les différentes étapes de sa mission.

  • Phase 1 : se noyer dans le paysage « être chinois chez les chinois », autant dans le paraître que dans l’être. Il s’habille d’abord en moine bouddhiste et passe plus tard, en 1585, à l’habit de lettré tout en mettant en valeur sa différence avec une pilosité fournie. Il apprend la langue chinoise, difficile mais essentiel, pour communiquer faciliter les échanges de connaissances entre les deux cultures. Il devient le mandarin « Li Madou », « il s’est fait Chinois ».
  • Phase 2 : comprendre, en théorie et en pratique, les Chinois dans la structure de leur organisation, de leur hiérarchie sociale, des codes de conduite. Sa conclusion est qu’il faut s’appuyer sur deux catégories de population : les fonctionnaires et les lettrés qui deviennent alors ses interlocuteurs privilégiés. Incorporer le temps long dans ses démarches, le pouvoir est très bureaucratique et concentré et très lent. Ricci dit « préférer avancer avec des pieds de plomb ».
  • Phase 3: comprendre les grands traits du caractère chinois et mentir à bon escient
  • Curiosité naturelle et émerveillement devant une nouveauté. Ricci aura une politique de cadeaux permanente avec des prismes vénitiens décomposant la lumière, des globes terrestres, des cadrans solaires, une manicorde et des horloges et carillons de toute taille, il devient alors le « dieu tutélaire des horloges », ce qui lui permet d’avoir un accès permanent à le cité interdite, pour entretenir le cadeau de Wanli . Il arrête rapidement la distribution de tableaux de la Vierge, très insolite pour un Chinois, ou du Christ en croix. « On n’avait jamais entendu parler d’un maître du Ciel cloué sur un échafaudage en forme de caractère dix » (Lifa Lun).
  • Reconnaissance du modèle chinois avec ses points positifs et ses faiblesses dont il tire parti, tout en oubliant que la Chine a eu un âge d’or des mathématiques, de la cartographie, de l’astronomie et des sciences, que les hasards de sa longue vie politique ont en partie effacés.
  • Attraction par le savoir, en particulier dans la géographie, l’astronomie – une science essentielle où les devins combinaient leur « non savoir » avec ce qui restait de la science des savants chinois après avoir dominé la connaissance du ciel.
  • l’art du mensonge, on vante l’équilibre en Europe, que le christianisme a conduit au bonheur généralisé tout en oubliant les bûchers de l’Inquisition, avec un pape révéré de toutes les nations européennes, hormis l’Angleterre où « il n’y a que des serpents venimeux et autres types d’insectes »…

 

Ricci, la morale, l’art et les lettres

  • Ricci est un personnage, ouvert et cultivé, rigoureux et dur avec lui-même, souple avec la culture chinoise quand il la comprend, mais intransigeant sur de nombreux points dont les modes de vie ( polygamie).
  • Confucianisme et Christianisme sont compatibles: Ricci éprouve une grande sympathie pour le confucianisme qu’il compare au stoïcisme, et par un phénomène de double acculturation, il démontre que la philosophie chrétienne n’est que la version modernisée chinoise du confucianisme et grecque du stoï La haine qu’il voue au taoïsme et surtout au bouddhisme, a des argumentaires dignes de l’Inquisition de l’époque, ce sont « des sciences du vide et du rien qu’il faut réfuter et non haïr ».
  • Il est l’homme de la foi chrétienne qui n’accepte aucun compromis et propose des dogmes et des vérités absolues alors que pour les Chinois, il y a 10.000 façons d’arriver à la vérité. Il fait brûler bibliothèques et œuvres d’art, détenues par les nouveaux convertis, au nom de la pureté de la foi chrétienne. Le résultat est 70 conversions en 2 ans de vie à Pékin…
  • Ricci est aussi un passeur de culture,
    • de l’Europe à la Chine,
    • Dictionnaire portugais chinois, avec Ruggieri
    • Rédaction du décalogue: Pater noster ave maria  credo et différents catéchismes,
    • Un traité sur l’amitié: petite ouvre morale écrite à partir de 76 maximes, de grecs, latins et pères de l’église,
    • Un traité sur les constellations: des poème de 430 septains écrits par lui même, et qui constitue le 1er livre d’astronomie en chinois
    • Les 25 sentences, ouvrage d’éthique, une adaptation de l’enchiridion d’c,
    • Les dix chapitres d’un homme extraordinaires, un livre de sagesse écrit en 1608, pour convaincre les chinois d’accepter son message spirituel.
    • De la Chine vers l’Europe avec la traduction des 4 livres de Confucius que tout lettré chinois devait parfaitement connaître: la Grande Étude, l’Invariable Milieu, les Entretiens, le Meng Tzeu.

 

Ricci et la science

  • « La science est un très bon hameçon », c’est la voie privilégiée pour acquérir du crédit auprès des dignitaires, alors que la géomancie (fengshui) et l’alchimie doivent être rejetées sans ménagement, au même titre que certains aspects scientifiques d’astronomie chinois, pourtant en avance sur l’Europe, qui n’a pas encore menacé Galilée du bûcher, et où la science est sous la domination de la foi. Ricci fait preuve d’une rigueur dominatrice et une étonnante arrogance du savoir !
  • Les Chinois sont fascinés par les mathématiques occidentales, plus simples et plus pratiques, même si ils ont oublié que quelques siècles auparavant, ils avaient acquis une avance considérable passée dans les trappes de l’histoire.
  • Ricci redonne le lettres de noblesse à la cartographie, en plaçant l’empire du Milieu, non tout seul au milieu du monde, mais avec ses 5 continents. Là encore la Chine a oublié que dès 1131,  elle avait développé une cartographie de grande qualité.
  • Ricci traduit les éléments d’Euclides que l’Occident venait de redécouvrir et les mathématiques et astronomie du Jésuite Christophorus Clavius qui venait de redessiner le calendrier grégorien.

 

Conclusion

Li Mandou a marqué durablement son passage en Chine, il est le premier passeur de culture entre deux mondes qui se sont ignorés pendant très longtemps. La Chine et sa pensée confucéenne ont émerveillé les Européens et ses philosophes, la science mathématique et astronomique ont ouvert des horizons nouveaux aux Chinois. Naturellement, la mission initiale du Jésuite  Ricci avec l’évangélisation de la Chine a été un échec2, mais la mission de l’homme, Matteo  Ricci, passeur de culture et de science, a été un succès complet, car durable. La Chine a maintenu les échanges scientifiques, source de progrès pour les deux partenaires, Occident et Orient. « Mieux vaut avancer avec des semelles de plomb » dans le bon sens qu’avec des sauts de cabri dans toutes les directions. Matteo Ricci non seulement « s’est fait chinois », il  fait partie aujourd’hui de la culture chinoise.

  • Genèse 1:26-27: Et Dieu dit: Faisons les hommes pour qu’ils soient notre image, ceux qui nous ressemblent. Qu’ils dominent sur les poissons de la mer, sur les oiseaux du ciel, sur les bestiaux sur toute la terre et sur tous les reptiles et les insectes. Dieu créa les hommes pour qu’ils soient son image. ..»
  • 19 mars 1715 : bulle Ex Illa Die. Sur avis du légat pontifical Cherles-Thomas Maillard de Tournon (mort en 1710) les rites traditionnels chinois sont interdits par Clément XI, malgré une intervention de l’empereur lui-même. Malgré un succès remarquable de l’apostolat de Ricci, l’incompréhension dont la papauté fait preuve à l’occasion de la querelle des rites détourne nombre de Chinois : en 1717, l’empereur interdit la prédication chrétienne en Chine et dès 1723, les missionnaires sont expulsés et les chrétiens persécutés.

Maurice Rossin