Japon : Alliance Nissan-Renault, sort de Carlos Ghosn

Carlos Ghosn souhaitait une fusion de Renault et Nissan. Les Japonais s’y opposèrent. Carlos Ghosn fut éliminé. Le nouveau président de Renault recherche un mariage entre égaux. Au-delà du conflit en voie de solution, l’alliance Renault-Nissan sera probablement durable car économiquement justifiée.

FAITS

Le 23 avril 2019, à Paris, Shinzo Abe et Emmanuel Macron ont salué l’alliance efficace de Nissan et Renault qui fêtait ses 20 ans. Mais Carlos Ghosn était une nouvelle fois en prison depuis le 4 avril sur requête des procureurs japonais. Depuis sa première arrestation, en novembre 2018, il avait déjà fait 108 jours de prison au Japon. Le communiqué de la rencontre du 23 avril à Paris reconnaît évidemment la souveraineté du Japon mais E. Macron demande le respect des droits et de l’intégrité de Carlos Ghosn qui bénéficie de la protection consulaire de la France et de la présomption d’innocence, alors que la procédure pénale accusatoire japonaise est plutôt fondée sur la présomption de culpabilité. Carole Ghosn, son épouse, avait saisi le 4 mars le commissariat aux droits de l’homme de l’ONU pour infraction par le Japon aux conventions sur les droits humains fondamentaux. La libération sous caution de Carlos Ghosn lui est accordée le 25 avril, assortie de conditions strictes par le tribunal de Tokyo.

Contrairement à la France et à d’autres démocratie, les procureurs, magistrats du parquet, jouissent au Japon d’une indépendance similaire à celle des juges du siège. Ils peuvent mettre un prévenu en garde à vue et l’emprisonner 10 jours renouvelables une fois sur une accusation. Mais à chaque nouvelle accusation le décompte repart à zéro. C’est pourquoi Carlos Ghosn a déjà fait près de 4 mois de prison préventive au Japon sans jugement. Il ne cesse de clamer son innocence et d’évoquer un complot de cadres de Nissan qui, avec l’appui du METI (ministère de l’économie, du commerce et de l’industrie) s’opposaient à la fusion des deux firmes automobiles que souhaitait Carlos Ghosn. Ces cadres ont tenté la voie de l’action judiciaire pénale pour empêcher la fusion au lieu de celle d’une décision du conseil d’administration de Nissan qui leur semblait incertaine. Ils n’avaient sans doute pas mesuré la ténacité de Carlos Ghosn dont le procès aura lieu début 2020 au Japon ; il sera aussi celui de Nissan. Les cadres de Nissan l’appréhendent, car Carlos Ghosn fera de ce procès celui des cadres de Nissan et de leur hostilité à sa personne et à sa politique. Cette éventualité qu’ils n’avaient pas prévue sème la panique au sein du management de Nissan. Le recul des performances de Nissan dont le profit a baissé de 45% au cours de  l’exercice 2018-2019 clos fin mars, en est sans doute la conséquence. […]  

Philippe Delalande, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°128 mai 2019

La suite de l’article est réservée aux abonnés : abonnement en ligne