Xi Jinping, la Chine rouge nouvelle génération

Xi Jinping, la Chine rouge nouvelle génération, Agnès Andrésy, L’Harmattan, Paris, septembre 2013

Le népotisme  refleurit en Chine sous la forme d’une aristocratie communiste aux couleurs confucéennes que l’on appelle les « princes rouges » (hong taizi) avec la nomination de Xi Jinping au plus haut niveau de l’État. Il est le fils de Xi Zhongxun, un combattant de la première heure, proche de Zhou Enlai et de Hu Yaobang. Xi Jinping, enfant, a connu la douceur de vivre dans l’univers proche des dirigeants, mais également les affres de la disgrâce de son père jusqu’aux tourments de la Révolution culturelle. Il a acquis ainsi, et comme beaucoup de cette 5e  génération de taizi, une capacité à faire face à l’adversité en toutes circonstances.

L’auteur, Agnès Andrésy, grande spécialiste des hommes politiques chinois, nous permet de comprendre qui est ce nouveau président et quel fut son parcours. Dans une première partie, l’auteur raconte la jeunesse de Xi Jinping, le replaçant dans son contexte famillial. On comprend le chemin parcouru par Xi Jinping et on découvre les réseaux qu’il a tissés jusqu’à aujourd’hui. La deuxième partie commence avec le retour de Deng Xiaoping sur le devant de la scène en tant que vice-Premier ministre et concerne la vie politique de Xi Jinping vue sous l’angle de l’étoile montante. La suite raconte la poursuite de l’ascension de Xi Jinping mais également les rouages et les arcanes du pouvoir communiste chinois et ses relations avec les affaires intérieures d’une part et les relations extérieures d’autre part. Ce livre est un « Who’s who » très intéressant qui donne des clefs indispensables pour comprendre la politique chinoise contemporaine.

Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21

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Résumé de la première partie

L’auteur raconte la jeunesse de Xi Jinping, en commençant par son père Xi Zhongxun : né en 1913, il intègre les Jeunesses communistes à l’âge de 14 ans. Juste après la mort de ses parents, il prend les armes et rejoint la guérilla communiste du Sha’anxi. Il a tout juste 16 ans. En 1932, il fait la connaissance de Liu Zhidan, héros et grand stratège militaire de la guérilla du Sha’anxi. Leur grande amitié servira de prétexte à la disgrâce de Xi Zhongxun en 1962. Xi père est commissaire politique et chargé d’assurer la liaison avec les paysans pour les convaincre de ralliement. Il hérite d’un certain esprit d’indépendance et est un chef indiscipliné en conflit avec les autorités centrales du Parti. Lors de la campagne de rectification « confessez vos crimes », il est emprisonné. Condamné à mort, avec d’autres de ses camarades, il en échappe grâce à l’arrivée de Mao et Zhou Enlai qui demandent leur libération immédiate. En 1949, avec la victoire du Parti communiste chinois (PCC), Xi Zhongxun est déjà considéré comme un important dirigeant du Parti. Il a 36 ans. En 1951, Mao, qui le tient en haute estime, le nomme ministre de la Propagande. Il l’envoie au Xinjiang pour pacifier la région secouée par des émeutes. Xi propose alors de créer des unités ethniques pour que celles-ci aillent parlementer avec les insurgés issus du même peuple. C’est un succès. Mao le complimente en le comparant à Zhu Geliang.

Xi Jinping naît en 1953 alors que son père est secrétaire du Conseil d’État aux côtés de Zhou Enlai, qu’il assiste pendant près de 10 ans. Xi Jingping y mènera une vie douce et protégée jusqu’à ce que le clan soit frappé par la disgrâce. Il fréquente l’école maternelle de Beihai. Créée en 1949, pour accueillir la progéniture des cadres du Parti et de l’armée, par Lu Lin belle-sœur de Chen Yun (l’un des « huit immortels » de la Révolution chinoise ), et Deng Yingchao, la femme de Zhou Enlai, cette école est un véritable vivier de l’aristocratie rouge. Élève avant la Révolution culturelle, il a une formation classique (caractères, calligraphie, musique). En 1959, son père est nommé vice-Premier ministre et sa mère travaille à l’école du Parti.  Xi Jinping joue souvent à Zhongnanhai avec les autres enfants de dignitaires. Il y côtoie Deng Pufang (fils aîné de Deng Xiaoping), ainsi que d’autres jeunes princes rouges.

Protégé de Zhou Enlai, Xi Zhongxun  est connu pour son caractère bien trempé et avait donc des ennemis. Agnès Andrésy explique comment le père de Xi Jinping est évincé en 3 jours en 1962, accusé de vouloir diriger une clique anti-Parti. Kang Sheng, le chef des services secrets mène la danse. Il déteste Xi Zhongxun. Xi réprouvait ses positions extrémistes en 1942 à Yan’an et s’était opposé à ses campagnes de rectification, véritable chasse aux sorcières sur la base de confessions forcées. Xi père est assigné à résidence. Zhou Enlai a peu que ce désœuvrement ne le pousse au suicide. Malgré tout cela, Mao garde une bonne opinion de Xi Zhongxun. En 1965 : Xi quitte Pékin pour de nouvelles fonctions : directeur adjoint d’une usine de machines à Luoyang. Il ne reverra plus sa famille pendant 7 ans. Il n’y a plus de personnel à  la maison et le jeune Xi Jinping est chargé d’acheter le riz et de ramener les galettes de charbon à la maison pour chauffer le foyer.

Avec la Révolution culturelle, la Chine sombre dans l’anarchie et la guerre civile. À Luoyang, le supplice a déjà commencé pour le père de Xi. En 1968, Zhou Enlai l’aide en affrétant un avion pour Pékin et Xi Zhongxun est emmené dans le plus grand secret dans l’enceinte du district militaire de Weirong dont dépend la sécurité de Pékin. Le Comité d’action unie de la capitale et le Piquet du district de l’Ouest, deux organisations de gardes rouges qui comptent une majorité de taizi, ont pris les commandes de l’école 81 depuis janvier 1967. En tant que fils de contre-révolutionnaire, Xi Jinping ne peut pas participer au mouvement. Sur le banc des accusés, il se retrouve victime d’attaques virulentes avec deux compagnons d’infortune, Liu weiping et Nie Weiping, les trois Paix. Leur amitié sera indéfectible jusqu’à aujourd’hui : Liu weiping  est aujourd’hui vice-chef d’état-major au département Logistique de l’APL et Nie Weiping, fils de Nie Chunrong, dirigeant de la COSTIND, spécialiste du renseignement technologique, est aujourd’hui joueur de go professionnel très célèbre.

La mère de Xi Jinping, après avoir subi une arrestation violente, fut humiliée sur la place publique, tout comme Xi père. Elle quitte Pékin pour un camp de rééducation dans le Henan pour 7 ans. Livrés à eux-mêmes, les enfants déménagent au petit logement de leur mère à l’École centrale du Parti. Xi Jinping y est pris en grippe par Cao Yi’ou, l’épouse de Kang Sheng. En décembre 1968, Xi Jinping échappe à l’internement dans un camp de rééducation pour la jeunesse d’abord parce qu’il n’y a plus de place puis grâce à la circulaire émise par Mao ce même mois selon laquelle les jeunes instruits des zones urbaines doivent être envoyés à la campagne pour y être rééduqués par le travail manuel. L’adolescent décide alors de se rendre dans le nord du Sha’anxi, la province natale de son père, avec d’autres collégiens. Au cours de cette période, nombreux sont les leaders de la 5e génération qui ont été rééduqués à la campagne. Xi Jinping y a passé 7 ans ! Il a ainsi pu connaître de l’intérieur la vie misérable des. Dans le village natal de son père, en raison de la disgrâce paternelle, sa famille n’ose pas l’accueillir. Rejeté de toutes parts, il part pour Yan’an où il sera hébergé dans des grottes. Il connaîtra une vie très rude, un travail épuisant, le manque de nourriture mais également la suspicion dans tous les regards. Au bout de 3 mois, Xi retourne à Pékin où il est aussitôt arrêté et envoyé dans un établissement pénitentiaire pour mineurs. Libéré 6 mois plus tard, sa tante maternelle le convainc de retourner à  la campagne et d’accepter les conditions difficiles de la vie paysanne afin de mieux comprendre le peuple. Sans avenir dans la capitale, Xi Jinping comprend qu’il n’a pas d’autre choix.

Il devient troglodyte, se confectionne des vêtements et laisse sa porte ouverte pour les enfants du village. Les habitants deviennent plus amicaux. Et l’écoutent aussi raconter les classiques. Il travaille dans les champs. Il n’a plus rien de l’étudiant pékinois arrogant. On le trouve désormais cordial, simple et honnête, comme un authentique homme du Sha’anxi.

Au printemps 1975, Xi père est libéré et Kang Sheng très malade, décède en décembre. Il part pour Luoyang où il est hébergé par la femme et la fille de Zhou Enlai. À l’été 1975, Deng Xiaoping est revenu au Comité central avec l’appui de Zhou Enlai. Xi Zhongxun sait qu’il a désormais une chance d’être réhabilité.  Mais Zhou Enlai meurt en 1976. Il attendra 1977 avec la reprise en main par Deng Xiaoping pour enfin retourner dans la capitale.

Les excès du maoïsme n’ont pas dissuadé Xi Jinping de garder la foi. Il envisage toujours une carrière politique. Pour devenir chef de Brigade, il doit être membre du PCC. Il espère intégrer « l’armée de réserve du Parti », la Ligue de la jeunesse communiste. Mais classé dans la catégorie des « enfants à rééduquer » à cause du passé de son père, sa demande est rejetée 7 fois et acceptée la 8e fois, en janvier 1974. Le retour en grâce de Deng Xiaoping à l’été 1975 ouvre des perspectives à Xi Jinping : il envisage de retourner à Pékin pour reprendre ses études. Entre 1970 et 1976, le concours national d’entrée à l’université a été supprimé et remplacé par un recrutement  sur dossier par les autorités centrales du Parti. Ce sont surtout les « jeunes instruits » envoyés à la campagne qui sont sélectionnés et les enfants de gong/nong/bing et bon nombre de princes rouges entreront ainsi à l’université.

Ses sept ans de vie très dure au Sha’anxi vont devenir son fait d’armes qui authentifie véritablement son « pedigree rouge ». Xi Jinping a confiance en lui et ne semble pas se laisser guider par une foi aveugle dans l’idéologie. Il reste pragmatique. L’auteur nous explique par quel réseau Xi Jinping obtient une bourse pour étudier à l’université scientifique et technique Qinghua. Xi Jinping mettra souvent en avant cette expérience pour prouver sa crédibilité politique.

cbo, Asie21