Politique de la Chine en Asie du Sud-Est : du passé au présent (La)

La politique de la Chine en Asie du Sud-Est : du passé au présent,

de Mosyakov Dmitrij Valentinovitch, Moscou, Institut d’orientalisme, 2012 (220 p.),
Politika Kitaja v Jugo-Vostočnoj Azii : ot prošlogo k nastojaščemu.

L’auteur, professeur à l’Institut d’Orientalisme de Moscou, est un des principaux spécialistes russes de l’Asie du Sud-Est. Il s’est particulièrement intéressé àl’histoire du Cambodge et a tenté d’analyser l’idéologie khmère rouge à travers les quelques textes existants.

Dans l’ouvrage cité en référence, il estime que voisins de la Chine, les pays de l’Asie du Sud-Est et la Russie se trouvent dans « le même bateau ». Il analyse dans une perspective historique les rapports entre la Chine et ces pays et ses efforts pour réaliser ses objectifs géostratégiques. Aujourd’hui, la Chine a regagné le statut de puissance dominante qu’elle avait à l’époque impériale. Elle entend jouer un rôle de premier plan sur la scène mondiale, mais elle peine à se départir vis-à-vis de ses voisins d’une vision sinocentrique des choses.

Après avoir soutenu les partis communistes locaux, la République populaire de Chine a adopté une double stratégie de renoncement à la guerre révolutionnaire et de pressions diverses sur les pays de l’Asie du Sud-Est, alors que ces pays sont devenus un facteur important de développement de la zone. Aussi, les objectifs de Pékin sont-ils de pousser ceux-ci à l’intégration économique avec la Chine. Et l’auteur de citer le président de la Chambre de commerce sino-malaisienne Tan Kaixi, qui déclarait en 2004 : « la levée des barrières économiques entre la Chine et l’ASEAN n’est qu’un début. La prochaine étape doit être l’abolition du régime des visas, puis l’introduction du yuan comme unité de monnaie commune ». Ces questions n’ont pas été résolues.

Toutefois, en réaffirmant ses revendications sur l’ensemble des îles de la mer de Chine méridionale, l’archipel Spratly en particulier, et en considérant le Nanyang comme son espace maritime historique, Pékin suscite suspicion et hostilité des pays menacés par ses exigences (Vietnam, Philippines). De plus, elle maintient des axes de pénétration par la voie terrestre en Birmanie et au Laos en favorisant l’existence à ses frontières de zones qui échappent pratiquement au contrôle des autorités centrales. Des rebelles kachins trouvent asile sur le territoire chinois lorsque les opérations de l’armée birmane se font trop pressantes.

Au passage, l’auteur se livre à quelques révélations sur le soutien actif de l’Union soviétique au Vietnam lors de l’agression chinoise de 1979 au moyen d’importantes livraisons de matériel militaire, par la présence de sa flotte du Pacifique en mer de Chine méridionale et par la formation de groupes de choc sur sa frontière avec la Chine. C’est ainsi qu’en mars 1979, dix régiments d’aviation et 12 régiments de 100 chars chacun furent transférés en quelques jours de la Russie européenne et de Sibérie vers l’Extrême-Orient et la Mongolie. Des détails sur cette opération sont consignés sur le site consacré à la mémoire du général d’armée Guénnadi Obatourov qui coordonnait alors l’assistance soviétique au Vietnam. (cf. http://www.generalarmy.ru//#article2 sous la signature d’Alexandre Rozine).

Dmitri Mosyakov consacre plusieurs pages de sa monographie aux efforts de la Chine pour devenir dans les années 2000 le leader du projet du Grand Mékong, ayant recours à sa tactique habituelle, qui consiste à négocier séparément avec ses partenaires et à les opposer le cas échéant les uns aux autres. Il s’agissait dans ce cas de rompre l’unité de l’ASEAN et de renforcer l’intégration des pays d’Indochine sous l’égide de Pékin. Ces tentatives n’ont pas abouti.

En conclusion, l’auteur note qu’il n’y a pas de modèle chinois pour les élites de l’Asie du Sud-Est formées à l’occidentale et pour qui le panasiatisme est bien mort. Les actions de la Chine, dont la politique a toujours été de rejeter hors de l’Asie toute présence occidentale etaméricaine en particulier, provoquent un résultat inverse puisqu’aujourd’hui les gouvernements des pays de l’Asie du Sud-Est souhaitent au contraire une protection américaine renouvelée.

Jean Perrin, Asie21