Parler politique en Chine, les intellectuels chinois pour ou contre la démocratie

Parler politique en Chine, les intellectuels chinois pour ou contre la démocratie,

Emilie Frenkiel, PUF, Paris, mars 2014

Depuis 1977,  le gouvernement n’a cessé  de souligner l’importance du savoir comme fondement des prises de décisions politiques. Dès lors, l’hostilité du pouvoir à l’égard des études de droit et de science politique a progressivement disparu. En 1978, une conférence sur l’éducation nationale abandonne l’impératif de la lutte de classe au profit de la modernisation comme but principal de l’éducation. Au début des années 1980, des programmes d’échange avec de nombreux pays étrangers sont rétablis. À partir du milieu des années 1980, la déception et le découragement s’installent dans les universités car les possibilités d’emploi sont maigres pour les jeunes diplômés de plus en plus nombreux. Les plus brillants sont ainsi poussés à étudier et faire carrière à l’étranger…

La nouvelle équipe au pouvoir (Xi Jinping – Li Keqiang) souhaite marquer une rupture nette avec ses prédécesseurs. Mais la rupture n’est-elle que formelle ? Xi se présente comme une personne consensuelle. Li est un apparatchik du Parti. Concernant les réformes à engager, il existe une véritable interrogation sachant que l’objectif premier est le maintien du Parti. Pour appréhender cette question, Emilie Frenkiel analyse les conceptions de la démocratie des principaux intellectuels publics chinois engagés. Ceux étudiés appartiennent à la même génération que les dirigeants actuels de la cinquième génération dont la scolarité fut bouleversée par la Révolution culturelle. On assiste aujourd’hui à une diminution du nombre d’ingénieurs et à la part belle faite aux diplômés d’économie, de droit, de sciences politiques ou de sciences humaines et sociales parmi les dirigeants de la cinquième génération. Aussi, ces derniers pourraient avoir envie de laisser leurs marques dans ces domaines ; et les universitaires étudiés ici, proches d’eux car de la même génération, expriment à leur façon la conception de l’avenir politique  de la Chine de cette nouvelle élite politique.

L’objectif de cet ouvrage est de comprendre comment on conçoit en Chine la réforme politique depuis 1989, qui en discute et qui fait des propositions, de quel point de vue et avec quel impact. Certains universitaires chinois étudiés déplorent la stérilité de certains concepts et standards imposés, comme l’opposition entre démocratie et autoritarisme, qui nuit selon eux considérablement à la compréhension du régime actuel et de son évolution. L’auteur s’est concentrée sur les débats intellectuels au sein des universités chinoises et en dialogue avec les universités du reste du monde. Cette étude rend compte de la multitude des courants politiques en Chine.

Cet ouvrage passionnant est une mine de renseignements et d’analyses sur la Chine contemporaine et constitue un fondamental pour la bonne compréhension de la politique en Chine.

Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21