Les Routes de la Soie, Peter Frankopan, septembre 2017

Les Routes de la Soie, Peter Frankopan, septembre 2017

Le document comprend un bref résumé suivi de 3 parties

  1. La synthèse et critique (2 pages)
  2. Le résumé en quelques lignes des 25 chapitres constituant le livre (8 pages)
  3. L’analyse plus complète chapitre par chapitre (25 pages).

Résumé

Peter Frankopan analyse l’évolution du monde à travers les routes de la soie, des voies de communication traversant le nombril du monde, « une région située à mi chemin entre Orient et Occident, qui va des rives orientales de la Méditerranée jusqu’à la Mer Noire et à l’Himalaya ». Les civilisations sont nées et se sont épanouies dans cette partie du monde, où avec la maitrise de l’eau, l’homme a rencontré des conditions idéales pour y vivre bien et y créer des richesses. Les échanges les ont conduits en 119 B.C. jusqu’en Chine pour y acheter de la soie, le produit de luxe par excellence, ce fut le début des routes de la soie. Pendant des siècles, on a eu des mouvements de produits et d’idées issus de cette grande région qui assimilait ses différents conquérants – Alexandre, Darius, les Romains- tout en s’enrichissant d’une civilisation florissante. Les richesses éclaboussaient les pays voisins qui nourrissaient les flux avec des produits de valeurs, comme les peaux vendues par les tribus des steppes et les esclaves venus d’Europe et vendus par les Vikings. La traite des noirs prit ensuite la relève de ce commerce des hommes.

La découverte de l’Amérique en 1492 eut deux conséquences principales: (i) une révolution avec croissance économique exogène de la région grâce au recyclage des richesses volées sur un autre continent, (ii) la naissance de l’Europe par son Sud, comme pôle de domination du monde, où les lumières de la science éclairaient la production et l’utilisation des armes de la mort. L’état de guerre permanent entre les Etats du continent conduisait à un état de violence en constante croissance et aboutit aux 2 grandes guerres du XX siècle et à la fin de la puissance de l’Europe!

Les idées allaient de concert avec les échanges de produits le long des routes de la soie. Les trois religions uniques s’exprimaient dans des combats fratricides tout en s’associant avec les pouvoirs des hommes qui maniaient matériel et spirituel. Elles justifiaient les conquêtes de territoires, les massacres et les pillages mais aussi les oeuvres d’art où elles montraient le génie créateur des hommes en quête d’éternité.

L’Ile Britannique, qui avait pris de le relais des puissances ibériques, pensait avoir conquis le monde pour toujours avec sa flotte, tout en réduisant le rôle traditionnel des routes terrestres de la soie, mais la Russie, en partie héritière de la grande puissance mongole, s’était mise à conquérir le monde par les terres. Une longue lutte sans merci s’engagea entre ces deux puissances , quand une troisième acteur – les USA – apparut sur la scène.  Il tirait sa force des profits retirés des catastrophes sur le sol européen provoquées par les 2 guerres mondiales.

La découverte de l’or noir en Iran en 1908 a révolutionné le monde avec de nouvelles richesses sorties des entrailles des régions traversées par les routes terrestres de la soie et lui a redonné une croissance endogène à fort potentiel. L’expression de ce potentiel attire les grandes puissances du monde, les USA, héritiers du pouvoir britannique déchu, et l’URSS puis la Russie, toujours première puissance terrestre mondiale. L’or noir est devenu le sang de la terre et la drogue de la croissance économique. Celui qui en contrôle l’exploitation est le maître du monde. Avec ou contre les peuples établis et civilisés sur ces terres depuis des milliers d’années? Une approche culturelle nationale et civilisationelle cohérente est indispensable , elle n’a pas été faite. Nous avons assisté durant le dernier demi siècle dans cette région à une série de guerres intestines, logique similaire à celle qui a conduit l’Europe à la faillite !  Il faut respecter l’histoire et la cultures des peuples dans la continuité et non pas provoquer des conflits pour espérer en tirer un bénéfice durable. Diviser n’est pas régner. L’Iran et l’Afghanistan sont des carrefours de civilisation, on l’a trop longtemps oublié. La réactivation des routes de la soie pourrait être une voie de solution pour obtenir une paix durable, respectueuse des intérêts et de l’histoire de tous.

Maurice Rossin, Asie21

I- Synthèse et critique des grandes idées du livre « les routes de la soie ».

L’Occident  a tendance à se considérer comme l’acteur principal de l’histoire du Monde. Il assumerait l’héritage des grands penseurs grecs, le siècle des Lumières lui aurait apporté sagesse et progrès grâce à la raison et à la maîtrise de la Science. L’ouvrage de P. Francopan « Les Routes  de la Soie » suggère une approche différente, il analyse et actualise le sens des mots – « routes de la soie » -, que Xi Jinping utilise pour donner le cap à la Chine dans son développement à travers le monde! L’Histoire des 2500 dernières années est utilisée comme le marqueur du monde de demain,  J Frankopan replace le pari du leader chinois dans un contexte historique où on peut construire le futur sur les traces du passé vu sous un autre angle que celui de la continuité vue par l’Occident.

L’histoire est étudiée à partir du nombril du monde,  « une région située à mi chemin entre Orient et Occident, qui va des rives orientales de la Méditerranée jusqu’à la Mer Noire et à l’Himalaya », traversée par des voies de communication qui se terminent  en Chine, le pays de la soie. Le fil conducteur des flux commerciaux empruntant ces voies est la soie, ce produit de luxe chinois utilisé durant des millénaires pour être échangé contre les biens les plus variés,  des épices aux métaux précieux, des esclaves à l’or noir, cette soie que l’on retrouve dans les habits des empereurs comme dans les tombes des Vikings

Depuis des millénaires, dans cette région où l’homme a appris à maitriser la nature avec l’utilisation des eaux pour son agriculture, des civilisations se sont entassées en couches successives, entraînant une multiplication des échanges commerciaux et des idées.

L’Histoire est analysée suivant la chronologie des événements et classée en 25 chapitres, selon les grands flux des marchandises et des idées qui ont emprunté ces routes commerciales , comme les épices, les religions, les esclaves, l’or ou le pétrole…

Trois périodes sont analysées avec pour toile de fond, la foi des trois grandes religions du Livre :

  • une longue période de maturation dans une région autonome crée et exploite ses propres richesses, qui éclaboussent les pays voisins attirés par les épices et le luxe comme les papillons le sont par les lumières. Ce sont les voies de la foi, des esclaves des fourrures…
  • l’entrée imprévue et massive des richesses externes, les ors et l’argent volés aux Incas donne « Naissance » et puissance à l’Occident qui va utiliser des voies de la soie pour assouvir ses besoins de luxe. Elles deviennent les voies de l’or et de l’argent…
  • la découverte du pétrole en Perse en 1908 bouleverse le paysage, « l’or noir » devient « sang de la terre », ou la drogue de l’économie occidentale et mondiale. Qui le possède est le maître du monde. Elles deviennent sont les voies de l’or noir.. et de la guerre.s

On retire de cet ouvrage différents enseignements:

  • les religions justifient par la morale qu’elles prônent, les actions les plus viles,
  • les événements qui changent le cours de l’histoire sont imprévisibles,
  • La puissance mondiale s’obtient elle par la maîtrise des mers ou des terres?
  • le cynisme et l’immoralité des dirigeants du monde sont une constante
  • En conclusion, les dirigeants américains n’ont aucune vision du monde. Alliances et trahisons détruisent toute leur crédibilité. Et qui ne croit en rien, n’a pas d’avenir.

Les routes de la soie, route de la foi…

  • Les religions et les idées suivent les mêmes routes que les produits. Les Dieux Uniques sont tous Dieux de l’Orient. Les  chrétiens d’Orient, vont  jusqu’en Inde et en Chine, en 600 ils croient dominer le monde quand, Mahomet survient, imprévu, et étend sa domination sur tout le monde oriental.
  • La Mecque remplace Rome, comme Bagdad se substitue à Byzance, et les trois Dieux Uniques du Livre cohabiteront religieusement dans la même ville, Jerusalem!.
  • La religion justifie les croisades et leurs excès, le massacre des Indiens au nom de l’évangélisation, le commerce des esclaves ….

Le futur est imprévisible, mais quelques événements ont bouleversé le monde.

  • En 1492 Colomb découvre par hasard l’Amérique, au lieu du Grand Khan qu’il recherchait. Les pillages des ors et de l’argent provoquent un enrichissement  imprévu et avec lui, la « Naissance » de l’Europe (et non la Renaissance) et les germes de sa mort avec le perfectionnement des armes et de leur utilisation.
  • Le 28 Mai 1908, le pétrole jaillit en Iran, l’or noir deviendra la drogue de l’Occident et du monde.
  • La création et la dissolution de l’URSS au 20ième siècle, sont des événements aussi imprévisibles l’un que l’autre, la Russie restant toutefois une puissance mondiale qui compte.
  • Les prix du pétrole passent de $1/bbl à $120/bbl sur 40 ans, avec des variations de 1 à 5 en quelques jours..

Les voies terrestres ou maritimes, puissance  des terres ou puissance des mers?.

  • L’Angleterre tire sa puissance de son ile et de sa flotte pour conquérir le monde, et remplace les comptoirs espagnols et portugais par la colonisation.
  • La Russie devient la première puissance terrestre Elle est l’héritière de l’empire mongol, le plus grand empire du monde qui ait jamais existé, une super « Eurasie » au XII siècle. Elle hérite de l’efficacité des modes de gestion que les Mongols avaient mis en place avec succès.  Avec le transsibérien, on peut aller en Chine, par les terres. Non seulement elle menace l’Inde, mais elle menace la route de la soie des mers, exclusivité britannique! Angleterre et Russie sont en lutte constante.
  • La Russie, qui vise les mers chaudes, constitue une menace pour l’Angleterre « propriétaire de l’Inde », qui veut déjà la dépecer en 1850, d’où la guerre de Crimée…

Cynisme et immoralité sont les deux constantes des gouvernants, ce qu’on trouve

  • Avec les partages des territoires :
    • Par le pape entre Espagnols et Portugais avec les traités de Tordesillas en 1494 pour l’Atlantique et Saragosse en 1529 pour le Pacifique,
    • Par les Français et les Anglais avec l’accord Sykes et Picot, signé en 1916, qui se partagent les dépouilles de l’Empire Ottoman et son pétrole, tout en envoyant des soldats mourrir par millions en Europe au nom de la défense de la liberté,
    • Par les Anglais et Américains qui ajustent ce partage quelques années plus tard avec les découvertes pétrolières d’Arabie,
    • Par la création d’états artificiels au Moyen Orient avec des responsables choisis et changés par eux (« régime change) pour mieux les contrôler et exploiter.
  • Avec la guerre de 14-18, quand les Britanniques attirent les Russes dans le traquenard de l’Europe, sur la scène Européenne – jusqu’à lancer l’opération des Dardanelles – et détourner leur attention portée à l’Asie et à l’Inde.
  • Avec deux génocides en Europe, le premier à l’encontre des Soviétiques qui ne fournissent pas le blé voulu par les Allemands en 1941, génocide programmé dès mai 41, le second avec l’holocauste juif programmé à la suite en 1942.
  • Avec la guerre Iran – Irak où les USA successivement appuient (1) l’Irak, (2) l’Iran via Israel et directement, (3) l’Irak officiellement et l’Iran en secret (pour financer les « contras »), et finalement (4) donnent le feu vert à Saddam Hussein pour qu’il occupe le Koweit, début d’un long processus de désastres qui dure toujours.
  • Avec les ventes d’armes aux nouveaux états arabes (Iran, Irak), encouragés à lancer des programmes nucléaires. L’objectif est de récupérer par tous les moyens, les nouvelles ressources pétrolières qu’ils retirent des hausse des prix du pétrole.

Conclusion:

L’auteur est frappé du manque de culture et du manque de vision des dirigeants américains, la première puissance mondiale, aux prises avec le Moyen Orient. Ils ont remplacé les Britanniques sans en avoir la culture, mais avec la même arrogance et les deux mêmes obsessions « diviser pour régner » et « contenir l’empire russe et/ou soviétique ». C’est peu pour faire rêver au futur. De la rivalité entre superpuissances de l’après guerre, on est passé à la tragédie et à la catastrophe, ce sont  les 3 derniers chapitres du livre. L’arrivée de la Chine donne un peu d’optimisme dans ce monde troublé. Le commerce peut être le lien de progrès entre les nations quelle que soit la forme qu’elles prennent pour exister, car on ne fait du commerce durablement que dans la paix et dans la continuité, jamais  avec la guerre.  Les « routes de la soie » que la Chine relance pourraient être cette bouffée d’espoir dont l’homme a besoin pour rêver un peu et trouver sens à la vie.

Maurice Rossin, Asie21

II- Résumé des 25 chapitres (avec quelques points essentiels)

  1. La création de la Route de la Soie:

De Hammourabi ( Mésopotamie) à Constantin (Byzance – Constantinople), en passant par Alexandre et ses conquêtes, par Auguste à Rome, par les maîtres Han de Chine, par l’Egypte de Cléopâtre, par la Perse de Darius aux Sassanides…, les routes de la Soie s’ouvrent et symbolisent les échanges de produits de valeur entre l’Orient Extrême et l’Occident. La Gaule est un « cul de sac » pour les chercheurs de richesses ou d’art de vivre, le pays est sans ressources naturelles donc sans intérêt pour les conquérants, pas même pour Jules César qui préfèrera l’Egypte et ses richesses, donc plus de plaisir avec Cléopâtre et d’intérêt à son riche royaume, qu’à la Gaule de Vercingetorix avec ses druides celtes!.

  1. La Route de la foi

Les idées suivent les vieilles routes de la soie qui ruissellent de vie. La foi en Dieu suit le commerce des hommes, comme les dieux justes suivent les victoires des armes,  il n’y a jamais de dieux liés aux défaites!…. Le Bouddhisme s’étend de l’Egypte à la Chine, la Perse se différentie avec ses religions complexes, avec le manichéisme et surtout le Zoroastrisme, devenu une quasi-religion d’état avec les Sassanides. On peut rappeler  les propos du grand historien, A.Toynbee: « Au  V et VI siècle BC, vivaient en même temps les 5 grands prophètes: Zarathoustra, Deutero-Isaïe, Bouddha, Confucius, et Pythagore, les fondateurs des grandes religions du monde actuel». Etonnante époque, étonnante région! Le Christianisme est  une religion à vocation orientale. Elle diffuse ses idées partout,  jusqu’en Afghanistan. Constantin, par sa conversion jeta les bases de l’évangélisation en Europe, mais voulant utiliser le christianisme pour justifier des expéditions militaires en Perse, il compromit de manière décisive son extension à l’Est.

  1. La Route vers un Orient chrétien

L’Empire romain occidental tombe sous les « hordes barbares » poussées par les tribus asiatiques en quête de « lebensraum », une poussée d’autant plus forte que le changement climatique provoque sécheresse et famine. L’Occident est envahi par les barbares, et l’impensable se produit en 410 avec le sac de Rome, l’Europe occidentale se disloque dans l’anarchie et dans la misère. La scission entre les chrétiens d’Occident et d’Orient est longue à se concrétiser, elle se réalise cependant à l’issue de conciles interminables et répétés; les premiers ont une vision théologique dominante, sûre d’elle-même, et intransigeante, les seconds gèrent les affaires de Dieu avec souplesse et s’adaptent aux croyances et coutumes locales, riches et multiples de l’Orient.  Le christianisme d’Orient gagne la bataille contre les autres religions, il s’étend  jusqu’en Chine, jusqu’à l’Empereur. Il a presque tout gagné.. sauf que  un mot nouveau apparait au milieu du VII siècle: «l’islam » et c’est la révolution… La roche Tarpéienne est proche du Capitole.

  1. La Route de la Révolution

La peste dévaste toute la région et la population s’effondre. Les deux puissances régionales – la Perse et Rome – se combattent sans merci, alors que de nouveaux acteurs apparaissent à la périphérie, les Avars dans le Caucase, les Turcs venus des steppes d’Asie Centrale et les Arabes au Sud. Le prophète Muhammad, issu d’une tribu de commerçants du désert, synthétise en arabe les nombreux dogmes des Dieux Uniques de l’époque. L’unité est  le dogme majeur. « Qu’il n’y ait pas deux religions en Arabie », sont les derniers mots de Muhammad. La Perse s’est emparée de l’Egypte et la Palestine, puis les Romains regagnent ces territoires et provoquent l’effondrement de l’Empire Perse; il y a une place libre à occuper et des dépouilles à partager pour nourrir l’explosion géographique de la nouvelle religion arabe du Dieu Unique de Muhammad, l’Islam la prend et s’empare des trésors.

  1. La Route de la Concorde

Les conquêtes islamiques ont créé un nouvel ordre mondial, un géant économique, plein d’assurance avec une étonnante largeur d’esprit liée à son goût passionné du progrès. Et c’est vers l’Est que les ambitieux nés à la périphérie de ce nouveau leader, regardent pour tirer parti de cette concentration de richesses. On rêve au « Far East », comme 1000  ans plus tard on rêvera au Far West…L’Islam conquiert le monde en suivant les grandes routes commerciales. La fameuse bataille de Poitier de 732 n’est qu’une escarmouche sans suite. Comme César et Auguste quelques siècles auparavant, les Arabes ne sont pas intéressés par les territoires pauvres…. et  c’est vers l’Est, gorgé de richesses, que l’Islam fait son expansion. L’Islam valorise et intègre le savoir et les connaissances, comme la poésie persane, la philosophie grecque ou les mathématiques indiennes qui, toutes deviennent accessibles en arabe. Avec les conquêtes islamiques, on assista à l’émergence d’un nouvel ordre mondial, d’un géant économique, fort de son assurance, de sa largeur d’esprit et de son goût passionné pour le progrès.

  1. La Route des Fourrures

Le monde musulman plein de richesses exerce une forte influence naturelle sur les peuples des steppes voisins du Nord de la Mer Noire, qui loin d’être anarchiques comme on le croit, sont organisés selon des propres règles qui leur sont propres. Le commerce des peaux est le vecteur essentiel des échanges entre ces deux mondes. Plus au Nord à 5.000 kilomètres, les Vikings, des hommes durs dans un monde dur, sont attirés par les richesses du monde de Bagdad. Les niveaux des échanges s’accroissent rapidement, aujourd’hui on retrouve des soies raffinées de Chine jusque dans dans les tombes des Vikings en pays nordique, le résultat final des échanges réalisés avec des peaux, l’ambre ou les épées…

  1. La Route des Esclaves

Les Vikings rus’ attirés par les richesses du Sud, remontent les fleuves avec leur drakkars et apportent des esclaves en échange des épices, soieries et autres objets de luxe. Cette activité florissante est bientôt reprise par les Portugais, les Espagnols et les Italiens qui vendent des esclaves pris à partir des comptoirs établis sur les côtes d’Afrique, ce continent mystérieux que l’on commence à découvrir. A la fin du X siècle, les Vikings contrôlent une région allant de la Caspienne à la Mer Noire et jusqu’au Danube… et Venise prend son essor avec le commerce des esclaves. Les frontières de l’empire musulmans sont poreuses et les pouvoirs enrôlent des indigènes Turcs dans leurs armées. En final, des Turcs prennent le pouvoir avec les karakhanides. Les Seldjoukides prennent leur essor en passant du stade d’esclaves à celui de faiseurs de rois, on est en lan  1055

  1. La Route du Ciel

La route du ciel commence dans un bain de sang avec la prise de Jerusalem par les croisés en 1099, elle continue avec des opérations commerciales menées par les grandes cités italiennes – Venise, Gênes, Pise – enrichies par le commerce d’esclaves,  elle se poursuit par le sac de Constantinople par les mêmes croisés et se termine par la prise de Jerusalem par les Arabes conduits par Saladin et par la défaite des chrétiens dans leur croisade d’Egypte…. Ce n’est qu’une longue histoire de meurtres, de trahisons et de sauvagerie brutale dans un monde musulman désuni mais toujours traversé par des flux commerciaux importants entre l’Occident et l’Orient, une histoire où la religion justifia toutes les forfaitures – à commencer par la mise à sac de Jérusalem -, où le commerce et le pillage enrichissent  les cités-états italiennes, à commencer par Venise.

  1. La Route de l’Enfer

Les Mongols ont une réputation de brutes capables de réaliser les pires crimes lors de la prise des villes. C’est en partie vrai, car la gestion de la terreur est une de leurs armes de guerre. Mais ce sont avant tout des gestionnaires. Les Mongols savent d’instinct comment être de grands bâtisseurs d’empire: tolérance et administration attentives qui doivent prendre le relais de la force militaire. On dit même que le système mongole a préparé l’empire russe à une transformation vers une autocratie absolue permettant à quelques individus de régner sur le peuple comme sur leurs pairs. L’empire mongole est établi à partir de quelques principes simples: (i) la terreur pour conquérir,(ii) la sécurité pour commercer, (iii) des taxes réduites dans les ports (3à5% contre 30 à 50% dans les systèmes en place à Alexandrie), (iv) la méritocratie comme base de promotion, (v) l’abolition des coutumes tribales particulières, (vi) un système centralisé pour distribuer les récompenses, (vii) un excellent système de communication avec de bonnes routes sûres entre les villes et avec des contrôles efficaces et permanents. Les Mongols conquièrent le monde de la Chine à l’Europe Centrale et jusqu’à l’Egypte. L’Europe occidentale, pauvre,  est épargnée, l’Orient, riche et à fort potentiel, est pillé et occupé.

  1. La Route de la Mort et de la Destruction

La paix mongole règne sur l’immense Eurasie, entraînant richesse et croissance. Le commerce avec l’Orient se fait de plus en plus par les voies des steppes, même si Venise continue à prospérer dépassant de loin Gênes, sa concurrente. La peste arriva en 1340 et se répandit comme un feu de paille à travers toute l’Europe qui perdit les 2/3 de sa population. Les rapports de force entre les acteurs économiques changeront à la suite de cette épidémie dévastatrice, plus équilibrés et porteurs de progrès généralisés. En Asie, le commerce maritime se développe en Chine avec l’Amiral Zheng He pour aller jusqu’au Golfe Persique. Un nouvel Empire apparut avec les Timurides de Timur Lang à Samarcande, à l’image de ses ancêtres Mongols, sanguinaire pour la conquête et organisé pour son administration. Il ne menace pas l’Europe outre mesure, à la différence des Ottomans qui prennent Constantinople en 1453 et accueille les Juifs expulsés d’Espagne en 1492, comme preuve de leur grandeur d’âme! 11. La Route de l’Or

On prévoit l’Apocalypse pour le début du XV siècle, il arrive mais par une autre voie que celle écrite dans les livres. L’or d’Afrique attire et enrichit les marins portugais  audacieux, qui finalement trouvent le commerce d’esclaves plus rentable que celui de l’or qui se fait plus rare. Colomb découvre l’Amérique par hasard en 1492 et c’est le début d’un pillage de richesses inouï qui provoque un enrichissement aussi spectaculaire qu’imprévu de l’Europe. L’Occident se trouve soudainement propulsé au centre du monde, avec l’ouverture de nouvelles routes où commerce, hommes et idées vont circuler beaucoup plus rapidement. L’ascension de l’Occident ne s’édifie pas sur les lumières et la raison en continuité avec la philosophie grecque, mais sur le sang et les massacres des peuples indiens du nouveau monde, peuples qui avaient tout pour être heureux, sauf les armes pour se défendre. Il n’y a pas en Europe de « Renaissance », seulement une « Naissance » dans le pillage et le recyclage des ors accumulées par d’autres peuples lointains. Le Christ justifie les pires forfaits.  L’honneur est sauf, car on a remplacé le terme « Jérusalem » par un autre mot «évangélisation». On ne lutte plus contre l’infidèle et l’Islam, on conquiert des âmes nouvelles!

12 . La Route de l’Argent

Les pillages des populations américaines profitent d’abord aux Espagnols et aux Portugais qui, sous l’autorité du pape, se partagent le monde selon une ligne imaginaire tracée sur le nouveau globe terrestre. Les besoins de nouveaux riches européens ne peuvent être comblés que par les achats de biens des pays d’Orient. Les voies de communications terrestres avec les Ottomans et les Perses sont les premières à en profiter. Finalement c’est l’Inde organisée qui profite de cette aubaine pour créer des merveilles artistiques, le Taj-Mal entre autre .… La création de la ville de Manille par les Espagnols inaugure d’une route plus rapide avec l’Amérique. La Chine, point de départ de la civilisation de la soie, se développe rapidement derrière ses murailles pour arriver, contrairement à l’Inde, à une crise au siècle suivant, ce qui prouve que la mondialisation n’apporte pas toujours « progrès et stabilité » sur son passage..

  1. La Route de l’Europe du Nord

Portugal et Espagne se partagent les pillages des Amériques laissant aux Anglais un rôle de charognard des galions, mais les Hollandais, avec un labeur acharné, avec la science de la construction et des transports, avec organisation et méthode,  tissent des toiles d’araignées sur les terres orientales en en chassant d’abord les étrangers installés depuis des lustres. Les Anglais font de même, en plus grand et en mieux organisés. Une politique habile et pragmatique avec Musulmans, Ottomans, Perses unit les protestants du Nord contre l’ennemi commun, les catholiques du Sud. Un point commun entre tous, c’est l’enrichissement avec la traite des esclaves venus d’Afrique. Les progrès militaires et technologiques vont de pair avec l’Âge des Lumières, mais l’état naturel de l’homme en Occident est de vivre en permanence avec la violence. La première multinationale est créée avec la VOC pour assurer le commerce avec les Indes. On constate qu’une Europe à deux vitesses se met en place avec la division entre les pays du Nord – anglo-saxons et protestants – et les pays du Sud – latins et catholiques –

  1. La Route de l’Empire

Deux conceptions caractérisent les nouveaux aventuriers: l’honnêteté et le retrait de ce monde pour les uns – vertueux -, la corruption et la conquête de vastes espaces tenus par des élites avides et rapaces aux appétits sans limites pour les autres – corrompus- . Pour honorer ses dettes, le résultat d’une gestion hasardeuse en Inde, le gouvernement anglais trouve une solution de facilité: il suffit augmenter les taxes sur le produits. Les exigences rivales de la nouvelle Angleterre et du Bengale créent alors une rupture dans la gestion des nouveaux territoires, le commerce ne peut pas tout résoudre… et c’est la guerre, avec la naissance d’un nouvel état, les USA. Né de la Victoire de l’honnêteté sur la corruption, ce n’est  pas suffisant pour que cet acte de naissance devienne une loi fondamentale dans la durée, comme on le verra plus tard...

  1. La Route de la Crise

On voit le XIX siècle comme celui de l’apogée du Royaume Uni, en fait le maintien de la domination mondiale par l’Empire Britannique est de plus en plus aléatoire, la création des USA est le premier indice de sa perte de pouvoir. Les difficultés viennent plus du contrôle de l’Asie, où l’Empire Russe s’étend inexorablement, que de l’Europe où, comme d’habitude, les nations se font la guerre. L’Empire Russe se transforme, se modernise, continue ses extensions territoriales vers le Sud avec la conquête du Caucase, vers l’Est avec la Sibérie et l’Asie Centrale. Alliances et trahisons sont les caractéristiques de cette période au cours de laquelle l’obsession britannique est de détruire l’Empire Russe, l’ennemi numéro de la couronne britannique, au nom de la menace qu’il fait courir à la perle indienne britannique. Cette obsession dure toujours jusqu’à aujourd’hui… même sans l’Inde.

  1. La Route de la Guerre

Londres veut détourner par tous les moyens possibles l’attention de la Russie vers l’Asie. Pour atteindre ce but, il n’y a rien de mieux que de l’attirer vers cette Europe en permanence en conflits. C’est la guerre de 1914/18; Selon les Anglais,  « il était au plus haut point souhaitable pour l’Angleterre que la position et l’influence de la Russie s’étendissent en Europe et se détournassent, en d’autres termes de l’Asie ». Cette guerre est une catastrophe civilisationnelle, et l’aboutissement de plusieurs siècles de sciences mises au service des inventions d’armes par et pour des peuples en perpétuel conflit. Voulue ardemment par tous, elle provoque la banqueroute du Vieux monde et va enrichir le Nouveau Monde. L’Europe Occidentale rejoint en 1918 le monde d’ombres quelle a quittée trois siècles plus tôt. L’épreuve de la guerre a été dévastatrice, elle rend le contrôle des routes de la Soie et de ses richesses plus important que jamais, mais par qui assumer ce contrôle?

17 La route de l’or Noir

Le 28 Mai 1908 à 4 heures, l’Anglo-Persian-Oil Company fit jaillir le pétrole du sol persan, c’est un événement aussi important que la découverte de l’Amérique de 1492. L’or volé sur un autre continent inconnu, avait alimenté les routes de la soie, maintenant c’est « l’or noir » volé de ses propres sous-sol qui va alimenter et faire palpiter les routes de la soie. Le contrôle de Anglo Persian par le gouvernement britannique essentiel, pour l’Angleterre, a été réalisé  11 jours avant l’assassinat de Sarajevo,  « le pétrole est devenu le sang de la terre ». L’Angleterre, qui connait les richesses pétrolières de la région depuis longtemps, veut s’en assurer le contrôle, ce qui lui permet, avec le contrôle du canal de Suez, d’être le maître du monde. La Russie est attirée dans le traquenard européen de la guerre de 14/18 par l’Angleterre, pour qu’elle ne soit plus une menace pour les intérêts anglais en Asie. L’effondrement de la Russie  en 1917 avec la paix de Brest Livotsk est une catastrophe pour les Européens, une bénédiction pour l’Angleterre, car « la Russie avait été un danger pour ses voisins, et pour aucun d’eux davantage que pour nous » (« lord Balfour 1er ministre en 1918)

  1. La Route du Compromis

Corruption et chantage avec une bonne connaissance du terrain et de ses occupants ont permis à l’Angleterre d’avoir un temps d’avance sur les nombreux concurrents à la course de l‘exploitation pétrolière. On assiste, avec 400 ans d’écart, à la répétition du pillage des ressources d’une région du monde. Ce n’est ni l’or ni l’argent des Incas du XVI siècle, mais l’or noir que l’on va prendre au XX siècle. Les modes de partage du butin ont été les mêmes, la délimitation entre Anglais et Français avec la ligne Sykes et Picot équivaut au tracé des lignes imaginaires par le Pape avec le traité de Tordesillas entre Portugais et Espagnols. On le complète avec les vainqueurs américains en l’adaptant aux nouvelles découvertes pétrolières en Arabie, comme on avait complété le partage du monde avec le traité de Saragosse. Les Britanniques ont le pétrole, les oléoducs, le contrôle du canal de Suez, les raffineries portuaires et ils vont jusqu’à favoriser la création d’un état juif en Palestine, pour construire les bases d’un état tampon qui garantira  tout le dispositif d’exploitation de l’or noir du Moyen Orient. Les interêts impériaux britanniques sont protégés par une politique de la morale!

  1. La Route du Blé (ou Le poker menteur entre Hitler et Staline).

L’Allemagne a besoin du blé de la Mer Noire comme du pétrole du Caucase. Malgré leur haine réciproque, Staline et Hitler signent une alliance de circonstance et d’attente, qui prévoit le partage de la Pologne, la bête noire de Staline, et corrige l’accord de paix catastrophique pour l’URSS de Brest-Livotsk.. Hitler, aveuglé par ses victoires éclairs de 1940, rompt ce pacte en juin 41 avec deux objectifs urgents, mais bien planifiés: occuper les territoires autour de la Mer Noire pour y produire le blé qui lui manque et occuper la Caspienne pour le pétrole. Des plans précis sont élaborés par des experts allemands sous la férule d’un agronome H. Backe, il prévoit le coût humain de l’invasion avec la mort par la famine, de plusieurs dizaines de millions de Soviétiques, c’est un plan établi scientifiquement et accepté 3 mois avant l’invasion de l’URSS.

  1. La Route du Génocide

L’opération Barbarossa marque le début de l’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne, un premier génocide de Soviétiques incapables fournir les tonnages de blé nécessaires au peuple allemand. Hitler veut coloniser les plaines de Russie et d’Ukraine et veut copier le modèle de colonisation des Anglais aux Indes ou des Américain aux USA: il faut exterminer les populations indigènes – les slaves – et coloniser les terres nouvelles avec des paysans allemands. Le génocide des Soviétiques (2 millions de morts en quelques mois en 41/42) est suivi de la planification et la mise en place du génocide des juifs, c’est l’holocauste. Le soleil se couche sur l’Europe Occidentale en 1918, le mouvement s’accélère en 1939/45, la  question est de savoir qui contrôlera les grands réseaux commerciaux de l’Eurasie avec ses trésor cachés sur terre et sous terre dans ses déserts orientaux. « Le silence des armes revient en Europe au fait qu’il n’y a, à la fin, plus rien pour quoi se battre »

  1. La Route de la Guerre Froide

« Le sort du monde oscillait, l’Iran était le point d’appui du fléau », L’Iran est courtisé par les Allemands, par les Soviétiques, et pillé par les Anglais, puis par les Américains. Anglais et Américains se partagent le monde du pétrole du Moyen Orient à l’identique du partage du monde 400 ans plus tôt. L’Iran avec Mossadegh retrouve dignité et pétrole quand il est renversé par un coup d’état monté par la CIA, qui rétablit le shah sur le trône! Mossadegh est le premier à s’opposer avec autorité et détermination à l’invasion de son pays par les puissances étrangères, il ne sera pas le dernier.

  1. La Route de la Soie Américaine

En 10 ans, le Royaume Uni a perdu l’Inde, l’Iran et son pétrole, et finalement le Canal de Suez. La nouvelle domination de la région par les USA n’est pas plus morale que celle des Britanniques de la période précédente. La compétition « capitaliste- communiste » entraine encore plus de brutalité. La CIA met au point ses changements de régime avec l’organisation de coups d’état dans les pays non soumis aux USA (Iran, Irak Egypte).  Et après le fiasco de l’expédition franco-britannique de Suez, les USA choisissent le pétrole (et les Arabes) au détriment de la France et l’Angleterre. La période se termine par la guerre des 6 jours entre Israel et les pays arabes qui démontre la force de l’état hébreux face à la désunion des états arabes.

  1. La Route de la Rivalité des Superpuissances

Le Moyen Orient, naguère région du monde repoussée de tous et qu’on traversait pour aller ailleurs, est devenu riche du pétrole qu’on va lui voler de plus en plus difficilement, car , il est devenu le centre de toutes les convoitises…à cause de son sous sol, il reçoit les faveurs des grandes puissances à coups de prêts, de ventes de matériels militaires, de promesses d’investissements en  infrastructure (routes aérodromes). Chaque pays doit choisir entre les deux grands corrupteurs maîtres du monde: Moscou ou Washington, ou les deux, ce que l’Afghanistan fait en premier en inventant un mot, le « bi-tarafi » qui signifie le « sans parti pris ». Tous à leur manière font ce chantage, même le shah qui pourtant traque les communistes.. Les USA misent tout sur le shah, c’est le mauvais cheval.  Avec l’arrivée de Khomeini, ils ont perdu et il faut maintenant payer la facture, elle sera lourde.

  1. La Route vers la Catastrophe

La politique menée par les USA vis à vis de l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan est une suite d’opérations incohérentes avec un seul point commun « corruption, mensonge et trahison ».  L’objectif est de  trouver un équilibre durable sauvegardant le contrôle des ressources par les USA, ce qui est  impossible dans une région dominée par les militaires – qui ont beaucoup de moyens (voir la partie précédente) -, par les religieux, qui ont un certaine tradition d’autorité sur le peuple,  et par les commerçants. L’Armée, Dieu, et le Bazar constituent les 3 ingrédients de la « route vers la catastrophe », avec en toile de fond,  la lutte d’influence des USA pour chasser les communistes loin de cette région. La guerre Iran Irak sera une succession de trahisons des USA, avec une étonnante période d’association entre « Israel » et l’« Iran ». « Israel est le meilleur ami de l’Iran et nous n’avons pas l’intention de changer de position » (Y Rabin).

  1. La Route de la Tragédie

Le contexte mondial a changé avec la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’URSS, et les Américains de dire: « Par la grâce Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide » , « l’Ouest a gagné ». L’objectif est maintenant de contrôler le coeur de l’Asie de manière approfondie et décisive car la sécurité des USA en relève. Pour cela, il faut changer les régimes de l’Afghanistan, de l’Irak et de l’Iran, pour y établir des pouvoirs choisis et contrôlés directement par des USA.. Deux guerres interminables se succèdent en Afghanistan et en Irak, pour un coût estimé à $ 6.000 milliards, ou $ 75.000 par foyer américain, et sans résultat probant. Pour compléter la route de la tragédie, les USA se battent pour que l’Iran renonce à un programme nucléaire établi sur les bases d’une technologie vendue par eux mêmes dans les années 70 à un régime despotique intolérant corrompu.

  1. Conclusion : La nouvelle Route de la Soie

La constante de l’Occident (des USA) dans les dernières décennies a été le manque de perspective sur l’histoire mondiale. Nous assistons aux douleurs de l’enfantement d’une contrée qui a jadis dominé le paysage intellectuel, culturel et économique et qui est en train de réémerger. Nous voyons les signes du retour du centre de gravité mondial à l’endroit où il s’est trouvé durant des millénaires. Ce nombril du monde possède tout:  histoire, culture, ressources de son sol et de son sous-sol. Il a mis des milliers d’années pour naître et s’épanouir, 200 ans pour absorber les ressources dégagées du pillage des ressources américaines, il a été déstabilisé par la découverte du pétrole que les grandes puissances souhaitaient contrôler, il est en train de se réapproprier les ressources de son sol et de son sous-sol. La nouvelle route de la soie prônée par la Chine est une source d’espoir car commerce et civilisation ne s’épanouissent que dans la paix et la stabilité.

 Maurice Rossin, Asie21

III. Analyse du livre chapitre par chapitre (avec un court résumé et quelques éléments importants)

  1. La création de la Route de la Soie

De Hammourabi ( Mésopotamie) à Constantin (Byzance – Constantinople), en passant par Alexandre et ses conquêtes, par Auguste à Rome, par les maîtres Han de Chine, par l’Egypte de Cléopâtre, par la Perse de Darius aux Sassanides…, les routes de la Soie s’ouvrent et symbolisent les échanges de produits de valeur entre l’Orient Extrême et l’Occident. La Gaule est un « cul de sac » pour les chercheurs de richesses ou d’art de vivre, le pays est sans ressources naturelles donc sans intérêt pour les conquérants, pas même pour Jules César qui préfèrera l’Egypte et ses richesses, donc plus de plaisir avec Cléopâtre et d’intérêt à son riche royaume, qu’à la Gaule de Vercingetorix avec ses druides celtes!.

  • La période commence dans le « Croissant Fertile » avec Hammourabi, roi de Babylone et se termine à Byzance devenu Constantinople avec Constantin. Un constante est présente durant cette longue période de 2000 ans, la Perse. Elle sut gérer les nombreux  peuples différents qu’elle avait conquis,  de l’Egypte à l’Himalaya, avec une administration efficace et respectueuse des lois des peuples soumis. A Darius, succéda Cyrus; puis avec l’arrivée d’Alexandre, on assista, en quelques années, à l’introduction généralisée de la culture grecque, y compris de sa théologie… ne trouve t on pas dans le nord de l’Afghanistan cette maxime delphique « Etant enfant, deviens bien élevé/Jeune homme, maître de toi même./Au milieu de la vie, juste./Vieillard, de bon conseil. A ta mort, sans chagrin. »!
  • En Chine, les maîtres Han décidèrent de régler les comptes des envahisseurs, les Xiongu venus des steppes de Mongolie, ils s’emparaient du corridor de Gansu en 119 BC, ils ouvraient une port menant à un réseau transcontinental, ce moment marque la date de naissance des Routes de la Soie. La circulation des produits sur longue distance s’en trouva facilitée… et la soie chinoise trouva son premier âge d’or dans le commerce, dont elle était devenue la monnaie lors des premiers échanges.
  • Les Romains ont commencé à accroître leur territoire grâce à leur armée, la véritable colonne vertébrale du pouvoir. La conquête de la Gaule fut un épisode mineur dans la longue histoire romaine, la Gaule n’était qu’un « cul de sac, pauvre et incapable d’alimenter les caisses de l’Empire ». C’est l’Orient qui fut la cible du pouvoir romain, avec ses richesses, l’organisation de sa société, son commerce, sa douceur de vie et avec son expansion en apparence infinie, …jusqu’à atteindre probablement la Chine…La conquête de l’Egypte fut la 1ère étape de la marche vers l’Orient, Auguste pouvait dire: « J’ai trouvé une Rome en brique, je la laisse en marbre »…, les échanges se sont multipliés avec une flotte croisant de la Mer Rouge qui allait jusqu’à Inde.  La « décadence asiatique a détruit les vieilles vertus romaines » (Juvénal) , en particulier avec cette soie de Chine, si légère et si transparente… mais déjà l’Extrême Orient était dans la ligne de mire des maîtres de Rome, il fallait un premier pays  assujettir la Perse, ce que Trajan réalisa en quelques mois en 113. Loin d’être soumise, la Perse se réorganisa avec l’arrivée au pouvoir des Sassanides, qui avec des réformes audacieuses provoquèrent son envol économique. Comme  Rome était attaqué de toute part et se débattait avec sa dette croissante et des besoins qui ne l’étaient pas moins, Constantin décida de créer une nouvelle capitale moderne pour s’adapter à la poussée l’Empire vers l’Orient et ses richesses, ce fut Constantinople; l’empereur avec en même temps adopta  officiellement  une foi nouvelle venue d’Orient et en gestation depuis 4 siècles, c’était le Christianisme….
  1. La Route de la foi

Les idées suivent les vieilles routes de la soie qui ruissellent de vie. La foi en Dieu suit le commerce des hommes, comme les dieux justes suivent les victoires des armes,  il n’y a jamais de dieux liés aux défaites!…. Le Bouddhisme s’étend de l’Egypte à la Chine, la Perse se différentie avec ses religions complexes, avec le manichéisme et surtout le Zoroastrisme, devenu une quasi-religion d’état avec les Sassanides. On peut rappeler  les propos du grand historien, A.Toynbee: « Au  V et VI siècle BC, vivaient en même temps les 5 grands prophètes: Zarathoustra, Deutero-Isaïe, Bouddha, Confucius, et Pythagore, les fondateurs des grandes religions du monde actuel». Etonnante époque, étonnante région! Le Christianisme est  une religion à vocation orientale. Elle diffuse ses idées partout,  jusqu’en Afghanistan. Constantin, par sa conversion jeta les bases de l’évangélisation en Europe, mais voulant utiliser le christianisme pour justifier des expéditions militaires en Perse, il compromit de manière décisive son extension à l’Est.

  • Les idées suivaient les vieilles routes de la soie qui ruisselaient de vie. Les croyances étaient nombreuses et il fallait les victoires militaires pour identifier les vrais fois et éliminer les fausses! Les concepts bouddhiques se propageaient en suivant les routes commerciales jusqu’en Egypte. Les marchands sogdiens, que l’on retrouvera souvent, diffusaient le bouddhisme avec vigueur dans les  vallées de l’Indus, via le Pamir et jusqu’à la Chine, à tel point que l’art et l’iconographie bouddhiste rivalisaient avec le confucianisme traditionnel.
  • La cohabitation avec les religions perses ne fut pas sans heurt. Avec l’arrivée des Sassanides, le zoroastrisme – Ahura Mazda ( la sagesse illuminatrice) et Angra Mainyu (l’Esprit hostile) – s’assimilait au pouvoir, il cherchait à éliminer les nombreux cultes locaux et les cosmologies rivales. Devenu « un pilier étayant la royauté Sassanide », le zoroastrisme fut une forme de religion d’état, même si les minorités chrétiennes, tolérées, nombreuses et dynamiques se répandaient partout dans la nature.
  • Le Christianisme fut longtemps associé à la Méditerranée alors que, en vérité, la première chrétienté fut orientale et asiatique tant par la langue – l’araméen- , que par sa cosmologie adaptée au contexte écologique du Moyen Orient, avec son climat chaud, ses déserts de sable- inconnus en Europe-. Il se diffusa en langue araméenne via les voies commerçantes et les communautés juives vivant en Mésopotamie, et dans d’autres directions comme le Caucase, en Géorgie ou en Arménie au IV siècle avec Tiridate III, tout au long du golfe Persique (Bahrein), et jusqu’en Afghanistan. Les Empereurs romains l’ont ignoré jusqu’à ce qu’il pénètre la société romaine en profondeur. Sa vision nouvelle du péché, de la sexualité, de la mort constituaient une menace aux valeurs martiales traditionnelles qui étaient à la base de l’Empire.
  • Constantin, qui se convertit après sa Victoire contre son rival Maxence sur le pont de Milvius en 312, l’imposa progressivement dans l’Empire, tout en maintenant le « sol invictus » sur ses pièces de monnaie… Les conversions au christianisme suivaient des procédés dominés par le pittoresque et l’imaginaire infantile, même si le spectacle était touchant de naïveté. Constantin  se déclara protecteur des Chrétiens de l’Empire et du monde, une bonne nouvelle pour l’Ouest, un désastre pour l’Est. Voulant protéger la communauté chrétienne établie en Perse, il décida d’une expédition que sa mort soudaine interrompit. Le shah Shapur II déchaîna des représailles avec des massacres de populations chrétiennes , car identifiées à la cinquième colonne qui ouvrirait la Perse à l’Empire romain. La conversion de Constantin jeta les bases de l’évangélisation en Europe, mais compromit fortement son extension à l’Est.
  1. La Route vers un Orient chrétien

L’Empire romain occidental tombe sous les « hordes barbares » poussées par les tribus asiatiques en quête de « lebensraum », une poussée d’autant plus forte que le changement climatique provoque sécheresse et famine. L’Occident est envahi par les barbares, et l’impensable se produit en 410 avec le sac de Rome, l’Europe occidentale se disloque dans l’anarchie et dans la misère. La scission entre les chrétiens d’Occident et d’Orient est longue à se concrétiser, elle se réalise cependant à l’issue de conciles interminables et répétés; les premiers ont une vision théologique dominante, sûre d’elle-même, et intransigeante, les seconds gèrent les affaires de Dieu avec souplesse et s’adaptent aux croyances et coutumes locales, riches et multiples de l’Orient.  Le christianisme d’Orient gagne la bataille contre les autres religions, il s’étend  jusqu’en Chine, jusqu’à l’Empereur. Il a presque tout gagné.. sauf que  un mot nouveau apparait au milieu du VII siècle: «l’islam » et c’est la révolution… La roche Tarpéienne est proche du Capitole.

  • Le changement climatique important du IV siècle eut plusieurs conséquences, des famines en particulier en Chine et créant un chaos généralisé dans la région, avec pour résultat la réorganisation et la consolidation des nombreuses tribus steppiques. Les Huns, ou les « vecteurs de l’apocalypse », dévastèrent tout et provoquèrent une alliance entre la Perse et Rome qui entreprirent de construire ensemble des lignes de fortifications sur des centaines de km dans le Caucase. L’Orient était protégé, mais il était trop tard pour l’Occident envahi par les barbares. L’impensable se produisit en 410 avec le sac de Rome. L’Europe occidentale se disloqua dans l’anarchie et la misère.
  • La chute de Rome soulagea la chrétienté d’Asie qui put mieux s’exprimer ses spécificités. Sur un fond de querelles théologiques d’une religion en discussions permanentes, la chrétienté se scinda en deux branches: Rome et ses dogmes inflexibles, et l’Orient avec souplesse et son adaptation,  le fondement de son existence. Entre les deux, il y avait désaccord sur tout, la nature du Christ, la Trinité et même sur les langues de communication- le grec pour les Romains et les langues locales pour les Orientaux-! Les nombreux conciles où folklore et sérieux se côtoyaient, où les pouvoirs des évêques et des empereurs s’affrontaient ou s’alliaient, où la croix se mariait au glaive, entérinèrent la scission des Eglises.
  • Tandis que l’église d’Occident n’avait de cesse d’éradiquer les opinions dissidentes, celle d’Orient lança des programmes d’évangélisation les plus ambitieux de la planète. Dès la moitié du VI siècle, on trouvait des archevêchés au plus profond de l’Asie Centrale, Mossoul, Basra, Tikrit, Merv, Kachdar, Samarcande, Boukhara. Cette expansion devait beaucoup à l’intelligence des dirigeants perses sassanides, où la tolérance religieuse allait de pair avec la croissance économique remarquable au V et VI siècle en Perse. Le commerce sur longue distance était entre les mains des commerçants sogdiens, et les échanges importants de produits se faisaient dans les deux sens. La soie continuait à arriver de Chine en grande quantité.
  • Les religions se mêlaient les unes aux autres, à tel point que l’auréole était devenue un symbole visuel pour les arts hindou, bouddhiste, zoroastrien et chrétien…Cohabitation ne signifiait pas absence de heurts, en particulier entre judaïsme et chrétienté en Ethiopie et au Yemen. Mais la mission évangélique chrétienne orientale faisait preuve d’une énergie débordante à tendance dominatrice, et vers le milieu du VII siècle, l’avenir semblait bien dessiné: le christianisme avait gagné avec son assaut de l’Asie – l’empereur de Chine en 635 ne décida-t-il pas de la tenir pour religion légitime!-,  il enfonçait des coins dans toutes les autres religions, judaïsme, bouddhisme et zoroastrisme. Il avait gagné la bataille des religions, mais un imprévu arriva, un mot qui signifiait paix et sécurité, « islam », la révolution était arrivée. La roche Tarpéienne est proche du Capitole.
  1. La Route de la Révolution

La peste dévaste toute la région et la population s’effondre. Les deux puissances régionales – la Perse et Rome – se combattent sans merci, alors que de nouveaux acteurs apparaissent à la périphérie, les Avars dans le Caucase, les Turcs venus des steppes d’Asie Centrale et les Arabes au Sud. Le prophète Muhammad, issu d’une tribu de commerçants du désert, synthétise en arabe les nombreux dogmes des Dieux Uniques de l’époque. L’unité est  le dogme majeur. « Qu’il n’y ait pas deux religions en Arabie », sont les derniers mots de Muhammad. La Perse s’est emparée de l’Egypte et la Palestine, puis les Romains regagnent ces territoires et provoquent l’effondrement de l’Empire Perse; il y a une place libre à occuper et des dépouilles à partager pour nourrir l’explosion géographique de la nouvelle religion arabe du Dieu Unique de Muhammad, l’Islam la prend et s’empare des trésors.

  • La peste se propagea au Moyen Orient et en Europe au VI siècle, les conséquences furent dramatiques, dans les villes comme dans les campagnes. Les troubles se multiplièrent avec l’arrivée de nouveaux acteurs, les Avars venus du Caucase et les nomades Türks (avec Sizaboul), qui avaient remplacé les Huns… Les deux grandes puissances régionales, la Perse et Rome-Byzance, continuèrent une guerre sans merci. L’échec de l’alliance entre  les Romains et les Turcs contre l’empire perse, créa une grande méfiance durable entre les deux partenaires. Avec des révoltes internes chez les Romains comme chez les Perses, les religions virent leur rôle se préciser au gré des victoires qui constituaient les preuves que le vainqueur honorait le vrai dieu. 
  • Les Perses prirent Jerusalem en mai 614, puis la Palestine et en 619 l’Egypte, l’ancien grenier des Romains. Les Juifs furent déjà accusés d’avoir aidé les Perses dans cette victoire. La victoire fut de courte durée car,  une nouvelle alliance entre Türks et Romains (Heraclius) écrasa les Perses, secoué par l’instabilité grandissante du pouvoir central ( assassinats multiples des shahs et reines en place). La guerre de religions entre « Chrétiens Orthodoxes » et « Chrétiens d’Orient » reprit de plus belle, suite à la victoire d’Heraclius dont  le grand projet est de chasser du royaume perse vaincu les Chrétiens d’Orient.
  • Pendant ce temps…, le Sud Est de l’Arabie était laissé en dehors de cette confrontation perso-romaine et vivait sa propre vie entre le Royaume de Himayt et les villes de La Meque et Médine., son polythéisme mourant laissait place au concept du Dieu Unique juif ou chrétien au début du VII siècle. Muhammad, membre du clan des Banu Hashim de la tribu de commerçants, les Quraysh, commença en 610 à recevoir les messages divins, comme « d’autres prophètes copies conformes » qui tous, à leur manière et à cette époque,  mentionnaient le Dieu Unique dans la Péninsule arabique. La société y traversait des convulsions économiques graves liées aux guerres perso-romaines. La Mecque, important sanctuaire de Dieux païens, souffrait plus que les autres de la rétraction du commerce, surtout les commerçants des Quraysh, la tribu de Muhammad.
  • L’enseignement de Muhammad était simple et clair, une foi envoyée à un milieu polyglotte – grec, araméen , hébreux, syriaque, perse -, où il importait de souligner dans un premier temps plus les similitudes que les différences. On offrait aux Arabes leur propre religion qui créait leur identité.. Les succès militaires indiquèrent vite que la religion était la bonne, et la Ka’aba, l’antique point de la religion polythéiste et païenne d’Arabie, devint la pierre angulaire des pèlerinages, on avait ainsi instauré une véritable continuité culturelle avec le passé.
  • Enfin avec l’effondrement catastrophique de la Perse 628-632 et avec le partage inespéré de ses richesse – 80% des biens confisqués aux non-croyants étaient conservés et répartis entre les fidèles, le reste allant au calife -, la nouvelle religion avait les éléments de sa propagation: exclusivité, unicité, simplicité, bonne compréhension, et surtout un sens économique avec le partage des richesses prises aux ennemis.
  • Rome et la Perse réagirent très (trop) tard à cette expansion soudaine et l’écrasante Victoire de Qaddisiyya en 636 renforça considérablement les armées arabes et l’influence islamique: la Perse avait été brisée par les Romains et les arabes emportaient les trésors qu’ils se partageaient, Muhammad avait gagné en quelques années les âmes et les espaces libérés ….
  1. La Route de la Concorde

Les conquêtes islamiques ont créé un nouvel ordre mondial, un géant économique, plein d’assurance avec une étonnante largeur d’esprit liée à son goût passionné du progrès. Et c’est vers l’Est que les ambitieux nés à la périphérie de ce nouveau leader, regardent pour tirer parti de cette concentration de richesses. On rêve au « Far East », comme 1000  ans plus tard on rêvera au Far West…L’Islam conquiert le monde en suivant les grandes routes commerciales. La fameuse bataille de Poitier de 732 n’est qu’une escarmouche sans suite. Comme César et Auguste quelques siècles auparavant, les Arabes ne sont pas intéressés par les territoires pauvres…. et  c’est vers l’Est, gorgé de richesses, que l’Islam fait son expansion. L’Islam valorise et intègre le savoir et les connaissances, comme la poésie persane, la philosophie grecque ou les mathématiques indiennes qui, toutes deviennent accessibles en arabe. Avec les conquêtes islamiques, on assista à l’émergence d’un nouvel ordre mondial, d’un géant économique, fort de son assurance, de sa largeur d’esprit et de son goût passionné pour le progrès.

  • Muhammad, soutenu par les élites de La Mecque assit son autorité sur toute la péninsule arabe en s’alliant avec les Juifs du Moyen Orient contre les chrétiens d’Orient expansionnistes, mais divisés. Les théologiens insistèrent sur les points communs entre l’Islam et le Judaïsme et sur les désaccords avec la religion chrétienne, comme sur le rôle messianique du Christ que les seuls Chrétiens glorifiaient. Les Juifs de Palestine se félicitaient aussi des progrès des Arabes, qui accompagnaient le relâchement du pouvoir romain, donc chrétien, de la région. De plus, les Chrétiens, avec leur évangélisation trop rapide pour être solide et unitaire, étaient de plus en plus divisés dans l’ interprétation de leur propre dogme, des divergences qui les conduisaient à des querelles théologiques interminables. Les musulmans, eux, se considéraient non comme des rivaux des deux religions chrétienne et juive, mais comme des héritiers du même patrimoine. Le Coran avait écrit: « Mohammad a fait descendre la Torah et l’Evangile auparavant comme Direction pour les Hommes ». Un des Pères de l’Eglise alla même jusqu’à affirmer que l’Islam tenait plus d’une hérésie chrétienne que d’une nouvelle religion.
  • L’expansion se fit en dévalant les routes commerciales et de communication dans un pays riche avec des villes prospères et des échanges nombreux. L’Europe occidentale, pauvre, n’attirait pas les capitaines des armées de l’Islam, et la célèbre bataille de Poitiers de 732 ne fut qu’une escarmouche sans lendemain! Rien à piller!
  • Il y eu beaucoup moins de sang et plus de commerce dans la conquête qu’on ne l’a écrit. La marche vers l’Est, facilitée par le chaos de la Perse, se poursuivit jusqu’en Chine, avec une victoire décisive contre l’empire du Milieu près de la rivière de Talas en Asie Centrale. Et la Chine se disloqua avec l’apparition d’une nouvelle force, les Ouïghours, qui absorbant les Sogdiens,  devenaient la grande puissance du commerce sur longue distance, en particulier avec les porcelaines et la soie.
  • Grâce à cette expansion remarquable, les musulmans contrôlaient les routes commerciales de l’Atlantique (Maroc) aux oasis de l’Afghanistan en passant par les vallées du Ferghana. Les afflux de richesses profitèrent au pays situé coeur de cet immense empire, la Syrie. Et Badgad apparut, une ville nouvelle qui fut bientôt la plus grande du monde, avec ses jardins, une richesse et des trésors inimaginables, c’était aussi le point de convergence de la gestion des impôts du nouvel Empire. Les produits précieux importés de Chine s’y retrouvaient en abondance – céramiques, porcelaine, soieries – pour y être échangés.
  • Alors que Saint Augustin pour les Chrétiens était hostile aux concepts mêmes de la curiosité et de la recherche ( « les hommes veulent savoir pour savoir, bien que le savoir ne soit d’aucune valeur », écrivait il avec mépris), les mécènes musulmans encourageaient les arts et les sciences en faisant traduire les grands textes de la philosophie grecque et les textes sanscrits mathématiques et scientifiques de l’Inde, ils développaient l’astronomie (pour Abu Rayhan al Biruni, la terre gravitait déjà autour du soleil), étudiaient médecine et sciences exactes avec Avicenne.
  • La gestion de l’héritage de Muhammad fut complexe et sanglante pour ses successeurs, avec une guerre entre La Mecque et Jerusalem. Pour définir le point de convergence de la religion, la Mosquée du Dôme de Jérusalem fut construite afin de détourner l’attention portée à La Mecque. La gestion théologique n’était pas simple non plus avec déjà la naissance de la grande division entre chiites et sunnites.  L’étendue démesurée des territoires islamisés conduisit à la création de 3 pouvoirs politiques régionaux, Cordoue à l’Ouest, en Egypte et dans la haute vallée du Nil et en Mésopotamie pour l’ensemble de péninsule arabique, pouvoirs en conflit permanent. 
  1. La Route des Fourrures

Le monde musulman plein de richesses exerce une forte influence naturelle sur les peuples des steppes voisins du Nord de la Mer Noire, qui loin d’être anarchiques comme on le croit, sont organisés selon des propres règles qui leur sont propres. Le commerce des peaux est le vecteur essentiel des échanges entre ces deux mondes. Plus au Nord à 5.000 kilomètres, les Vikings, des hommes durs dans un monde dur, sont attirés par les richesses du monde de Bagdad. Les niveaux des échanges s’accroissent rapidement, aujourd’hui on retrouve des soies raffinées de Chine jusque dans dans les tombes des Vikings en pays nordique, le résultat final des échanges réalisés avec des peaux, l’ambre ou les épées…

  • Les éclats de la richesse du monde musulman retombaient dans toutes les directions suivant les routes ouvertes qui rapprochaient marchandises, populations et idées. Le monde se divisait en deux: un royaume d’Iran, où prévalaient ordre et civilisation et le Turan qui était chaos et danger. Les peuples des steppes du Nord, avec la tribu dominante, les  Petchenègues, étaient très différents dans leur organisation, ce qui provoqua curiosité et incompréhension même s’ils avaient adopté l’Islam et qu’ils l’adapté à leur manière.
  • Les peaux et les fourrures constituaient la monnaie d’échange et remplissaient la fonction indispensable dans une économie sans numéraire. On estime à 500.000 le nombre de peaux exportées chaque année à partir des steppes, et Merv, devenu le centre des échanges entre steppes et monde de l’Islam, connut un développement prodigieux.
  • L’extension de l’Islam se faisait aussi avec succès grâce aux soufis, des missionnaires musulmans mystiques qui y associaient les croyances chamanistes et animistes. Des minorités autres, comme les Samanides originaires de Boukhara, utilisèrent les madrastas, similaires aux écoles des monastères bouddhistes, pour propager cette nouvelle religion.
  • Une tribu turque avait pris une forte ascendance dans les régions septentrionales de la Caspienne et de la Mer Noire, les Khazars sous l’autorité d’un chef, le Khagan, dont la résidence sur la Basse Volga était à Adil. Au milieu du IX siècle, ils décidèrent de devenir juifs. Ce choix fut réalisé à l’issue d’un concours organisé en même temps entre les 3 religions, chrétienne – le camp des Chrétiens était représenté par le célèbre et brillant Cyrille ( souvent associé à Méthode)-, judaïque et musulmane. Le judaïsme fut choisi comme étant la moins mauvaise des trois!. La raison essentielle était en fait que le commerce était entre les mains de marchands juifs, qui avaient pris le dessus sur les marchands sogdiens traditionnels.
  • Le plus grand marché du monde se trouvait à Ray, une ville au Sud de la Caspienne où se concentraient marchandises de Chine et d’Inde et marchandises du Moyen Orient.
  • L’attrait du commerce et des richesses du monde islamique avait incité les Vikings – des hommes durs sans morale pour un siècle dur – à faire de voyage de 5.000 km vers le Sud. Dès  le début du IX siècle, des contacts avaient été établis avec Bagdad et les bateaux, les drakkars, adaptés à  la navigation fluviale transportaient guerriers et commerçants qui  tiraient d’énormes profits de leur commerce avec les musulmans sur les marchés du califat de Bagdad. On estime que le commerce entre ces deux mondes du Nord et du Sud se calculait en dizaines de millions, soit en plusieurs milliards de dollars d’aujourd’hui. On retrouve des soies raffinées de chine dans les tombes des Viking en pays nordique, le résultat des échanges réalisés avec des peaux, de l’ambre et des épées…
  1. La Route des Esclaves

Les Vikings rus’ attirés par les richesses du Sud, remontent les fleuves avec leur drakkars et apportent des esclaves en échange des épices, soieries et autres objets de luxe. Cette activité florissante est bientôt reprise par les Portugais, les Espagnols et les Italiens qui vendent des esclaves pris à partir des comptoirs établis sur les côtes d’Afrique, ce continent mystérieux que l’on commence à découvrir. A la fin du X siècle, les Vikings contrôlent une région allant de la Caspienne à la Mer Noire et jusqu’au Danube… et Venise prend son essor avec le commerce des esclaves. Les frontières de l’empire musulmans sont poreuses et les pouvoirs enrôlent des indigènes Turcs dans leurs armées. En final, des Turcs prennent le pouvoir avec les karakhanides. Les Seldjoukides prennent leur essor en passant du stade d’esclaves à celui de faiseurs de rois, on est en lan  1055

  • « Les Vikings rus’ n’avaient pas de champs cultivés et vivaient de pillage » et l’esclavage était une partie vitale de leur société. Comme les demandes en esclaves étaient intenses dans les régions riches, les esclaves affluaient de toutes parts, du Sud avec l’Afrique, au Nord avec les Turcs des steppes et les Vikings de Scandinavie. La demande devait être supérieure aux besoins traditionnels annuels des 250-400.000 esclaves de la Rome antique. L’Europe Occidentale – Cordoue, Prague, ..- grouillait d’esclaves en attente d’une vente vers l’Est, les Rus’ en étaient les principaux fournisseurs, avec en contrepartie les épices de l’Inde et des dirhams en argent! La vente des esclaves, au IX siècle, finançait les importations qui déferlaient sur l’Europe. Les Vikings n’étaient pas seuls sur le marché, les négociants musulmans étaient très actifs, comme  à Marseille, Rouen, et tout autour de la Méditerranée. Venise commença à s’enrichir avec ce commerce d’esclaves non chrétiens de préférence……dès la seconde moitié du VIII siècle.
  • Avec le temps, les Vikings changèrent de mode pour s’enrichir en passant du trafic d’esclaves, long et compliqué, à la protection des commerces (les voies de transport et les commerçants eux mêmes); il s’en suivit une guerre contre les Khazars concurrents qui furent éliminés après des batailles sanglantes et la prise et destruction de leur capitale Adil. A la fin du X siècle, les Vikings contrôlaient une région allant de la Caspienne à la Mer Noire et jusqu’au Danube, sécurisant ainsi les voies de communication fluviales, pour finalement s’intéresser à Constantinople. Vladimir embrassait la religion  chrétienne à 988 et les Rus’ arrêtèrent leur vagabondage pour se stabiliser dans des villes comme Kiev, Novgorod Chernigov.
  • Des accidents climatiques dans les années 920-960 entrainant des disettes liées aux hivers trop froids, créèrent des troubles au coeur du pays musulman, en Iran-Irak. En Egypte, l’absence de crues du Nil mena à la famine… et à un « printemps arabe » avec l’arrivée de nouveaux maîtres, les Fatimides, un émirat chiite venu d’Afrique du Nord, ce fut de début du grand schisme avec les Sunnites.
  • De ces querelles internes du monde musulman, Byzance en tira un grand profit et retrouva richesse et stabilité, bases d’un commerce florissant. Les Vikings traitaient autant avec les chrétiens que les musulmans et la soie arrivait en masse en Scandinavie. Les villes de Russie comme celles de l’Italie (Venise, Gênes, Amalfi) acquirent puissance et richesse  avec un seul ressort: le commerce avec l’Orient; même si la toile de fond était politique et religieuse, le ressort était le commerce que trafiquants et négociants animaient avec fougue et passion. Et après le marché des esclaves, on passait au marché géré avec du numéraire, un moyen d’échange plus efficace pour traiter avec l’Orient. 
  • Les frontières de l’empire musulmans étaient poreuses et les pouvoirs enrôlaient des indigènes dans leurs armées, finalement d’esclaves, des Turcs devinrent les maîtres et prirent le pouvoir avec les karakhanides en Transoxiane au Nord de l’Amour Daria. Quand les esclaves turcs finirent par s’organiser, les Seldjoukides prirent leur essor en passant aussi du stade d’esclaves à celui de faiseurs de rois, on était en l’an 1055
  1. La Route du Ciel

La route du ciel commence dans un bain de sang avec la prise de Jerusalem par les croisés en 1099, elle continue avec des opérations commerciales menées par les grandes cités italiennes – Venise, Gênes, Pise – enrichies par le commerce d’esclaves,  elle se poursuit par le sac de Constantinople par les mêmes croisés et se termine par la prise de Jerusalem par les Arabes conduits par Saladin et par la défaite des chrétiens dans leur croisade d’Egypte…. Ce n’est qu’une longue histoire de meurtres, de trahisons et de sauvagerie brutale dans un monde musulman désuni mais toujours traversé par des flux commerciaux importants entre l’Occident et l’Orient, une histoire où la religion justifia toutes les forfaitures – à commencer par la mise à sac de Jérusalem -, où le commerce et le pillage enrichissent  les cités-états italiennes, à commencer par Venise.

  • Le 15 juillet 1099, Jerusalem fut prise, c’est la première croisade de l’Occident qui s’accompagna d’un bain de sang effroyable. La reconquête des lieux saints appelée et bénie par le Pape Urbain II commençait mal, même si ces actions n’avaient pas provoqué de grande réaction de la part de Bagdad ou du Caire. Ces succès furent glorifiés dans les églises en Occident et s’accompagnèrent des massacres des juifs – le « peuple déicide »- à travers toute l’Europe. Les croisés, qui s’étaient engagés à rendre à l’Empereur de Constantinople les villes prises dans les conquêtes, puisqu’ils n’étaient motivés que par des motifs religieux, oublièrent bien vite les serments prononcés. Ils gardèrent toutes les conquêtes, en particulier la ville d’Antioche. Ce fut le début d’une grande méfiance entre Occidentaux et Orientaux, méfiance encore plus grande que celle entre Chrétiens et Musulmans. La Sicile commença à se désolidariser de ces nouveaux « fous de Dieu »; « si vous êtes décidés à mener une guerre sainte contre les Musulmans, faites le, mais laissez la Sicile bien à l’écart » disait Roger de Sicile, dont le pays vivait du commerce avec le monde musulman.
  • Les croisés installés en terre sainte avaient un besoin vital de la logistique des flottes des cités italiennes qui, de petits centres régionaux, devinrent des puissances internationales. La guerre entre les cités italiennes – Venise, Amalfi, Gênes, et Pise -embrasa la Méditerranée. Tous les coups – meurtres, chantage, mensonge – étaient permis pour obtenir la suprématie commerciale et négocier des conditions avantageuses avec Constantinople. Tout n’était que mélange de « piété et cupidité ». Venise l’emporta, pour être plus riche, mieux placée et peut être plus efficace dans la trahison.. de plus, ses navires voguaient avec la croix du Christ!!! Et la religion, à travers le pape, était utilisée sans vergogne comme un argument pour justifier le non-respect des promesses écrites ou verbales.
  • Le fondement de la croissance des échanges entre Orient et Occident résidait, non sans ironie, dans la stabilité et dans les bonnes relations entre Islam et Chrétienté, en terre sainte comme ailleurs. L’Occident éprouvait de plus une grande curiosité envers l’Islam et ses découvertes, il reconnaissait la subtilité orientale en comparaison avec ses propres limites culturelles. Le commerce se développait à partir de trois plateformes – Alexandrie, Jérusalem et Constantinople- , il était dirigé vers les cités états italiennes qui le redistribuaient à travers toute l’Europe.
  • Un brillant général apparut en Egypte en la personne de Saladin, qui se réconcilia avec les Byzantins et les convainquit qu’il valait mieux s’allier avec lui qu’avec les croisés, c’était d’autant plus facile que les sentiments anti-occidentaux couvaient à Constantinople depuis des décennies, confrontée aux querelles incessantes et violentes avec et entre les marins des cités italiennes. Un des symboles de la trahison fut la personne de Renaud de Châtillon, menteur, parjure, pilleur; quand il fut pris dans une bataille qu’il perdit face aux forces de Saladin, ce dernier le condamna à avoir la tête tranchée. Finalement en 1187, Jerusalem tranquillement tomba entre les mains des musulmans sans effusion de sang. La nouvelle fut un coup de tonnerre à Rome, et un nouveau Pape imposa la conduite d’une nouvelle croisade aux trois plus puissants souverains d’Europe. L’entreprise se solda par des échecs,  d’aucuns voulaient aller à Alexandrie, où il y avait des richesses à piller, d’autres à Acre, premier marché du Levant sans valeur biblique ou religieuse… Dix ans plus tard, une nouvelle expédition partit de Venise pour Jerusalem, commençant par mettre à sac le port dalmate de Zara, puis vogua en direction du Caire, – l’arrière pays contenait des biens incalculables -, afin de prendre Jerusalem à revers. En cours de route, elle changea de parcours pour se retrouver sous les murs de Constantinople qu’elle aborda en mars 1204. Avec la bénédiction des évêques et sous le prétexte que les Byzantins étaient pires que les juifs – des « ennemis de Dieu »-, elle mit à sac la capitale chrétienne byzantine, et ce fut le pillage généralisé et total,  des trésors de Sainte Sophie aux trésors des particuliers, des cathédrales, des églises… les trésors byzantins se retrouvèrent disséminés dans les édifices religieux des grandes villes de l’Occident. Une dernière expédition partit pour prendre le Caire en 1218 et remonter vers Jerusalem, elle fut vaincue par les troupes musulmanes, et alors qu’elle criait au miracle avec l’arrivée des renforts du « Frère Jean »venant des steppes, en réalité c’étaient les Mongols qui dévalaient des steppes d’Asie!
  1. La Route de l’Enfer

Les Mongols ont une réputation de brutes capables de réaliser les pires crimes lors de la prise des villes. C’est en partie vrai, car la gestion de la terreur est une de leurs armes de guerre. Mais ce sont avant tout des gestionnaires. Les Mongols savent d’instinct comment être de grands bâtisseurs d’empire: tolérance et administration attentives qui doivent prendre le relais de la force militaire. On dit même que le système mongole a préparé l’empire russe à une transformation vers une autocratie absolue permettant à quelques individus de régner sur le peuple comme sur leurs pairs. L’empire mongole est établi à partir de quelques principes simples: (i) la terreur pour conquérir,(ii) la sécurité pour commercer, (iii) des taxes réduites dans les ports (3à5% contre 30 à 50% dans les systèmes en place à Alexandrie), (iv) la méritocratie comme base de promotion, (v) l’abolition des coutumes tribales particulières, (vi) un système centralisé pour distribuer les récompenses, (vii) un excellent système de communication avec de bonnes routes sûres entre les villes et avec des contrôles efficaces et permanents. Les Mongols conquièrent le monde de la Chine à l’Europe Centrale et jusqu’à l’Egypte. L’Europe occidentale, pauvre,  est épargnée, l’Orient, riche et à fort potentiel, est pillé et occupé!

  • De l’Asie centrale, un nouveau peuple surgit: les Mongols sous la bannière de Temujin, plus connu sous le nom de Gengis Khan. Entouré de guerriers et secondé par des hommes et avec un système de gestion fondé sur le mérite, où l’aptitude et loyauté comptaient plus que les origines tribales ou familiales.
  • Les Mongols avaient une terrible réputation de brutes sanguinaires, de sauvages, mais pour construire le plus grand empire du monde et le maintenir sur plusieurs successions il ne suffisait pas d’effrayer l’ennemi pour le dominer, il fallait le maintenir sous son contrôle avec une bonne gestion. Gengis Khan a été le « souverain de l’univers ». L’empire mongol fut établi à partir de quelques principes simples: (i) la terreur pour conquérir,(ii) la sécurité pour commercer, (iii) des taxes réduites dans les ports ( 3à5% contre 30 à 50% dans les systèmes en place à Alexandrie), (iv) la méritocratie comme base de promotion, (v) l’abolition des coutumes tribales particulières, (vi) un système centralisé pour distribuer les récompenses, (vii) un système de communication avec de bonnes routes sûres entre les villes et avec des contrôles efficaces et permanents. Les questions religieuses étaient laissées au libre choix de tous, qui pouvaient facilement passer des religions chrétiennes à l’Islam et vice-versa. Ce mode de gestion permit au plus grand empire du monde de durer plusieurs siè L’empire mongol s’était établi à partir de quelques principes simples: la terreur pour conquérir, la sécurité pour commercer, des taxes réduites dans les ports ( 3à5% contre 30 à 50% dans les systèmes en place à Alexandrie), la méritocratie comme base de promotion, l’abolition des coutumes tribales particulières, un système centralisé pour les récompenses, un système de communication entre villes très efficace avec des contrôles très efficaces et permanents. Les questions religieuses étaient laissées au libre choix de tous, qui pouvaient passer des religions chrétiennes à l’islam sans difficulté et vice-versa. Ce mode de gestion permis au plus grand empire du monde de durer plusieurs siècles. Les mongols savaient d’instinct comment être de grands bâtisseurs d’empire: tolérance et administration attentives qui devaient prendre le relais de la force militaire. On dit même que le système mongole a préparé l’empire russe à une transformation vers une autocratie absolue permettant à quelques individus de régner sur le peuple comme sur leurs pairs.
  • La liste des massacres qu’ils sont censés avoir réalisés est impressionnante avec 1.300.000 personnes massacrées à Merv, avec Kiev pillée, avec Vladimir, où la famille princière et les évêques sont brûlés vifs dans l’église où ils avaient trouvé refuge…
  • Les successeurs de Gengis Khan, choisis au mérite, furent encore plus expansionnistes et efficaces dans leurs avancées territoriales. S’ils arrêtèrent leur avancée vers l’ouest à la Hongrie, c’était qu’il n’y avait rien à piller, surtout par rapport à Bagdad – pillé en 1258- ou à la Chine – reddition totale à la fin du XIII siècle- ou à l’Inde!
  • Les Mongols investirent aussi la Terre Sainte jusqu’à l’Egypte où ils subirent une première défaite contre les Mamelouks, descendants de peuples voisins des steppes asiatiques. Les guerres continuèrent dans un empire tellement grand qu’il dut être divisé en 4.
  • Les Mongols avaient conquis le monde, y compris les lieux saints après avoir fini par écraser les Mamelouks en 1299. L’épopée des croisades se terminait par un échec généralisé pour les chevaliers, mais pas pour les cités-état-italiennes qui continuèrent à s’enfoncer plus profondément en Asie par les routes de commerce.
  1. La Route de la Mort et de la Destruction

La paix mongole règne sur l’immense Eurasie, entraînant richesse et croissance. Le commerce avec l’Orient se fait de plus en plus par les voies des steppes, même si Venise continue à prospérer dépassant de loin Gênes, sa concurrente. La peste arriva en 1340 et se répandit comme un feu de paille à travers toute l’Europe qui perdit les 2/3 de sa population. Les rapports de force entre les acteurs économiques changeront à la suite de cette épidémie dévastatrice, plus équilibrés et porteurs de progrès généralisés. En Asie, le commerce maritime se développe en Chine avec l’Amiral Zheng He pour aller jusqu’au Golfe Persique. Un nouvel Empire apparut avec les Timurides de Timur Lang à Samarcande, à l’image de ses ancêtres Mongols, sanguinaire pour la conquête et organisé pour son administration. Il ne menace pas l’Europe outre mesure, à la différence des Ottomans qui prennent Constantinople en 1453 et accueille les Juifs expulsés d’Espagne en 1492, comme preuve de leur grandeur d’âme!

  • La stabilité instaurée par les Mongols sur l’Asie fut un élément fondamental de l’expansion européenne, avec une distribution monétaire associant différents éléments à l’argent, comme ls lettres de change, billets à ordre. La Chine devenait sûre avec des routes de qualité, les échanges commerciaux se multipliaient. L’Asie réunie sous l’autorité des Mongols améliora ses liens commerciaux maritimes jusqu’au Golfe Persique.
  • Gênes et Venise continuaient leur guerre commerciale en utilisant les réseaux établis à travers le monde et reprirent, malgré l’opposition du pape, la traite des esclaves pour les vendre à l’Egypte, ce furent les mamelouks. La Palestine et l’Egypte étaient instables et de nouvelles voies commerciales furent ouvertes dans la Mer Noire qui devint bientôt une zone commerciale de première importance.
  • Les Mongols n’avaient pas détruit le monde, mais à partir de 1340, la peste arriva, et causa des ravages autrement plus importants. Elle arriva à Constantinople en 1347 et se répandit dans toute l’Europe. Des régions perdirent jusqu’à 98% de leur population, on estime que la population européenne perdit les 2/3 de sa population qui passa de 75 à 25 millions d’habitants.
  • La peste ne fut pas qu’un cataclysme pour tout le monde, elle s’avéra être le catalyseur d’un changement fondamental en l’Europe du rapport de force entre les populations qui avaient survécu, provoquant un affaiblissement des propriétaires et plus de pouvoirs aux travailleurs moins nombreux, dans les villes et dans le campagnes. La richesse fut plus également distribuée avec  un essor économique général comme résultat.
  • Venise prit définitivement l’ascendant sur Gênes et multiplia les missions commerciales sur l’Orient pour accroitre les commerces d’épices.
  • Les affaires prospéraient en Inde méridionale à mesure que le commerce avec la Chine se renforçait, parallèlement avec celui du golfe persique. Une série d’expéditions majeures conduites par le célèbre amiral chinois Zheng He, – un eunuque musulman -illustrait la puissance navale chinoise.
  • En Asie Centrale, on assista à l’émergence d’un nouvel empire sous l’autorité de Timur Lang avec Samarcande comme capitale. L’expansion territoriale des Timides ne menaça pas l’Europe mais alla jusqu’à Inde qu’elle pilla et massacra, jusqu’en Chine qu’elle enrichit par ses ouvrages.
  • Les Ottomans occupèrent progressivement l’Asie Mineure jet finirez pas prendre Constantinople en 1453, un choc pour Rome et l’Europe.
  • L’intolérance religieuse s’établit en Espagne. Les Musulmans en Andalousie furent expulsés et les juifs durent choisir entre la conversion ou l’exil. Nombreux se dirigèrent sur Constantinople,  où ils furent accueillis par les nouveaux maîtres musulmans. « Et vous qualifiez Ferdinand de sage, se serait exclamé le souverain Bajazet II, en se félicitant de l’arrivée des juifs dans sa ville en 1492, alors qu’il appauvrit son pays pour enrichir le mien! »
  1. La Route de l’Or

On prévoit l’Apocalypse pour le début du XV siècle, il arrive mais par une autre voie que celle écrite dans les livres. L’or d’Afrique attire et enrichit les marins portugais  audacieux, qui finalement trouvent le commerce d’esclaves plus rentable que celui de l’or qui se fait plus rare. Colomb découvre l’Amérique par hasard en 1492 et c’est le début d’un pillage de richesses inouï qui provoque un enrichissement aussi spectaculaire qu’imprévu de l’Europe. L’Occident se trouve soudainement propulsé au centre du monde, avec l’ouverture de nouvelles routes où commerce, hommes et idées vont circuler beaucoup plus rapidement. L’ascension de l’Occident ne s’édifie pas sur les lumières et la raison en continuité avec la philosophie grecque, mais sur le sang et les massacres des peuples indiens du nouveau monde, peuples qui avaient tout pour être heureux, sauf les armes pour se défendre. Il n’y a pas en Europe de « Renaissance », seulement une « Naissance » dans le pillage et le recyclage des ors accumulées par d’autres peuples lointains. Le Christ justifie les pires forfaits.  L’honneur est sauf, car on a remplacé le terme « Jérusalem » par un autre mot «évangélisation». On ne lutte plus contre l’infidèle et l’Islam, on conquiert des âmes nouvelles!

  • On savait par le commerce avec l’Egypte qu’il y avait beaucoup d’or en Afrique, Gênes était devenue l’acteur principal de ce trafic. L’or d’Afrique arrivait par caravanes avec des voies mystérieuses traversant le Sahara, avec des rois comme Musa au Mali qui semblait crouler sous les trésors…Les Portugais ont alors patiemment recherché sur la côte atlantique de l’Afrique des endroits pour avoir un meilleur accès à ces richesses , et les premiers comptoirs furent établis sur des terres que l’on découvrait progressivement jusqu’à atteindre le Cap des Tempêtes. Parmi les équipages de ces expéditions, il y avait un certain Christophe Colomb. Avec ce commerce des produits africains, le Portugal évinça rapidement Gênes du commerce de l’or, mais on s’aperçut bien vite que, comme pour les Vikings du VIII siècle,  « rien ne rapportait plus que le trafic des êtres humains », le trafic d’esclaves prit son essor à partir de ces forts implantés par les navigateurs portugais sur les Côtes africaines. La demande d’une Europe qui commençait à s’enrichir était forte, les profits élevés, et comme les vols étaient réalisés avec des navires portant la croix de l’Ordre de Jésus Christ, la morale était sauve!
  • Colomb n’arrivant pas à convaincre Jean II, roi du Portugal, fit financer son expédition périlleuse par les souverains de Castille, Ferdinand et Isabelle. Et en 1492, il appareilla à la rencontre du Grand Khan pour y trouver or et épices, et accessoirement reprendre Jerusalem par l’arrière! 1492, il trouva l’Amérique et des populations « très douces et ignorant le mal » et des perroquets, mais rien à voler.Les années qui suivirent furent un chef d’oeuvre de désinformation pour poursuivre les expéditions, car il fallut 6 ans pour qu’on trouvât enfin des perles énormes, puis des trésors d’or chez les Incas et les Aztèques. Les populations civilisées à leur manière, sans connaissance ni du mal ni des armes, furent décimées en quelques années par les armes, les maladies et les épidémies. Les conquistadores décimèrent  les populations indigènes avec une sauvagerie inouie, les  Tainos passèrent de 500.000  à 2.000 habitants en quelques années (Bartholomé de Las Casas)!…. L’exploration devint conquête, elle attira les aventuriers de toute l’Europe. On ne pouvait mesurer les quantités d’ors et de pierres précieuses qui ont alors inondé l’Europe. En conséquence, l’Espagne entra dans son « âge d’or », avec Charles Quint, Empereur du Saint Empire Romain.
  • Les Indiens étaient décimés, il fallait continuer à vivre sur ces terres nouvelles pour piller et exporter les trésors accumulés durant des siècles. Le problème de main d’oeuvre fut résolu avec l’importation d’esclaves dont le commerce passa sous le contrôle des Espagnols qui accordèrent les permis d’exploitation aux négociants portugais…Comme on ne pouvait plus justifier ces actions par la prise de Jérusalem, on lui substitua le concept de l’évangélisation… « il fallait non pas piller mais glorifier la foi catholique et sauver les âmes »!!
  • L’arrivée de ces trésors en Europe provoqua la naissance de mécènes encourageant les arts et la culture. Et on oublia bien vite que Constantinople était tombée aux mains des Ottomans en 1453, et on se précipita sur la construction d’une belle histoire de l’Europe en lui inventant un passé grec et latin. On a appelé cette période la « Renaissance », alors qu’aucun lien de continuité n’existait entre la Grèce et ces pays devenus riches par le pillage de l’Amérique Centrale et du Sud, ce n’était que la Naissance de l’Europe sur des bases de l’or pillé et des relations historiques inventées de toute pièce!. Pour la première fois, l’Europe était au coeur du monde.

12 . La Route de l’Argent

Les pillages des populations américaines profitent d’abord aux Espagnols et aux Portugais qui, sous l’autorité du pape, se partagent le monde selon une ligne imaginaire tracée sur le nouveau globe terrestre. Les besoins de nouveaux riches européens ne peuvent être comblés que par les achats de biens des pays d’Orient. Les voies de communications terrestres avec les Ottomans et les Perses sont les premières à en profiter. Finalement c’est l’Inde organisée qui profite de cette aubaine pour créer des merveilles artistiques, le Taj-Mal entre autre .… La création de la ville de Manille par les Espagnols inaugure d’une route plus rapide avec l’Amérique. La Chine, point de départ de la civilisation de la soie, se développe rapidement derrière ses murailles pour arriver, contrairement à l’Inde, à une crise au siècle suivant, ce qui prouve que la mondialisation n’apporte pas toujours « progrès et stabilité » sur son passage..

  • Vasco de Gama entreprit de rejoindre les Indes et l’Orient en contournant l’Afrique, 10 mois plus tard il était en Inde, où il rencontrait des peuples christianisés, à Calicut. Et alors que Colomb par l’Atlantique revenait avec des promesses mais rien de concret, Vasco de Gama revenait au bout de 2 ans avec des cargaisons d’épices
  • A partir de 1500, l’or transféré en Europe débordait des entrepôts du roi d’Espagne, et une partie se trouva rapidement en Chine pour alimenter le commerce florissant de la soie et des produits de luxe.….Les deux nations catholiques, Espagne et Portugal, étaient trop semblables pour se combattre, ce fut le Pape qui partagea le monde avec le traité de Tordesillas, traçant une ligne imaginaire située à 370 lieues au delà du Cap-Vert (sans préciser le sens de « lieue ») avec une attribution des nouvelles découvertes pour l’Espagne à l’Ouest et pour le Portugal à l’Est! Vasco de Gama était en Inde, donc se retrouva en Territoire portugais!!!!
  • Après que le Portugais Magellan (Ferdinao de Magalhaes) au nom du roi d’Espagne eut fait le premier tour de monde en 1520, le pape compléta la découpe des nouveaux mondes suivant une autre ligne imaginaire dans le Pacifique, ce fut le traité de Saragosse..
  • L’occupation portugaise démarra dans le sang et l’arrogance tout le long de la route des Indes et en particulier dans les territoires orientaux musulmans gérés par l’Egypte, mais rapidement les lois du commerce l’emportèrent et les comptoirs se multiplièrent le long des côtes africaines, allant jusqu’à l’Inde et aux détroits de Malacca. Les échanges d‘épices et autres trésors de toutes natures s’amplifièrent en entraînant un quasi monopole de Lisbonne et la baisse lente mais continue du rôle  de Venise.
  • Le siècle d’or n’était pas réservé à l’Europe, les richesses incas passèrent par l’Europe pour se retrouver au gré des échanges dans le monde ottoman avec Soliman le Magnifique et ses constructions prestigieuses (mosquée d’Erdine). On les trouvait aussi en Perse où dans une atmosphère de concorde et de tolérance religieuse, la richesse avait amené des investissement agricoles et la construction d’une ville nouvelle Ispahan avec ses jardins extraordinaires.
  • Mais la région qui profitait le plus de ces apports des richesses des Incas était l’Inde, le pays des épices. L’un des descendant de Timurlang, Babur, créa un développement régional spectaculaire et durable, avec des villes nouvelles, des infrastructures, des développements de marchés où les chevaux des steppes d’Asie étaient très prisés, et surtout avec la ville de Delhi qui prit un essor considérable. Babur et ses descendants présidèrent à la fantastique expansion territoriale de l’empire Moghol. Ce fut l’époque de la construction du fameux Taj Mahal. Qui aurait pu penser que les ors des Incas assureraient le financement de cette merveille, la gloire de l’Europe et de l’Inde se fit aux dépends des Amériques pillées de leurs trésors, assassinées de leurs peuples pacifiques et civilisés, mais non armés…
  • Manille fut fondé en 1571 par les Espagnols avec un schéma de colonisation plus humain et moins brutal. Elle inaugura de nouvelles voies de commerce par le Pacifique qui facilitaient surtout le commerce avec la Chine. Le développement fut rapide et court-circuita les traditionnelles voies contrôlées et taxées de Ottomans. Manille fut la première ville mondialisée de la planète grâce au commerce. La quantité d’argent passant d’Amérique en Asie par Manille fut prodigieuse, c’était plus court, plus rentable et très proche du gigantesque marché chinois, avec ses articles de luxe, sa soie, ses porcelaines, et surtout son gout démesuré pour le métal «argent » (rapport de prix de 6 à 1 en rapport avec l’or). La Chine n’avait pas besoin de courir le monde pour s’enrichir puisque les commerçants européens et ottomans venaient chez elle y chercher sa soie. S’en suivit une période de développement important et rapide des arts et des infrastructures… et qui devait déboucher sur une grave crise économique et politique au XVII siècle. Alors que l’impact de l’ouverture au monde avait déclenché de nouvelles merveilles en Inde…, il provoquait une crise en Chine, montrant que la mondialisation n’était pas une solution universelle pour la croissance des nations….
  1. La Route de l’Europe du Nord

Portugal et Espagne se partagent les pillages des Amériques laissant aux Anglais un rôle de charognard des galions, mais les Hollandais, avec un labeur acharné, avec la science de la construction et des transports, avec organisation et méthode,  tissent des toiles d’araignées sur les terres orientales en en chassant d’abord les étrangers installés depuis des lustres. Les Anglais font de même, en plus grand et en mieux organisés. Une politique habile et pragmatique avec Musulmans, Ottomans, Perses unit les protestants du Nord contre l’ennemi commun, les catholiques du Sud. Un point commun entre tous, c’est l’enrichissement avec la traite des esclaves venus d’Afrique. Les progrès militaires et technologiques vont de pair avec l’Âge des Lumières, mais l’état naturel de l’homme en Occident est de vivre en permanence avec la violence. La première multinationale est créée avec la VOC pour assurer le commerce avec les Indes. On constate qu’une Europe à deux vitesses se met en place avec la division entre les pays du Nord – anglo-saxons et protestants – et les pays du Sud – latins et catholiques –

  • Les découvertes de 1490 avaient donné à l’Europe un rôle central moteur avec Madrid et Lisbonne aux commandes. L’Angleterre paraissait oubliée, d’autant plus que les querelles religieuses avec Rome l’avaient placée dans le camp des hérétiques excommuniés. Sa priorité avait été de construire une flotte de guerre pour défendre l’intégrité de son ile. Deux noms à retenir dans l’histoire maritime anglaise: l’Invincible Armada défaite par la tempête d’abord (signe de Dieu!) et par les navires anglais ensuite, et le « Madre Deus », une caravelle portugaise prise ( rôle de charognard ) et dont la chargement représentait la moitié des importations annuelles du pays. Défendre l’île et vivre comme les charognards des Mers,  telle était la politique anglaise. Une habile politique de rapprochement entre les Musulmans, les Ottomans et les Protestants lui permit de s’opposer au Pape et à ses alliés au moindre coût. La culture avec Shakespeare valorisait les Maures et les Perses…même si cela n’empêchait pas les Anglais de prendre part à la lucrative traite des esclaves. Les tentatives d’ouvrir de nouvelles voies maritime par le Nord pour atteindre Russie ou Chine échouèrent.
  • Les Espagnols pensaient que les trésors américains étaient inépuisables, ce fut une erreur fatale. Faire la guerre coûtait cher et finalement le Trésor espagnol dût s’endetter pour poursuivre ses aventures militaires. En même temps, les afflux d’or et d’argent provoquaient une forte inflation dont les conséquences furent des hausses impopulaires des prix des denrées. Inflation, corruption des autorités, extension de la religion protestante, on avait là tous les ingrédients d’une révolte dans les territoires du nord européen, que les hasards des mariages des rois avaient placés dans le giron espagnol. La Hollande se révolta, en même temps elle entreprit des voyages en Orient, une source d’enrichissement garantie. Alors que les Hispaniques allaient là bas par hasard, les Bataves le firent avec méthode fondée sur le travail (constructions de navires adaptés), la science (calcul des routes avec une cartographie la plus avancée du monde) et surtout une organisation collective où tous les éléments de la société hollandaise étaient mobilisés dans le même sens: ce fut la fondation de la première entreprise multinationale mondiale avec la création de la VOC (Verenigde Ostindische Compagnie). L’objectif était d’évincer les autres marchands dans tous les territoires où la VOC s’implantait.  Ce fut la base de sa réussite et c’est par la force militaire que  les comptoirs furent pris et reliés à la patrie, pour constituer une toile d’araignée de bases en Orient. L’expansion se réalisa aussi dans l’Atlantique avec le commerce des esclaves et l’éviction des Portugais de leurs bases en Afrique. L’ensemble de la société hollandaise s’enrichit et engendra les peintres de la célèbre  école flamande.
  • Le succès des outsiders européens anglais et hollandais résulta autant des leurs qualités propres que des défauts des autres pays de l’Europe Continentale où régnaient la violence et l’art de la guerre. La confusion entre la religion et l’expansion territoriale et l’art d’ériger des forteresses caractérisaient la culture de toutes les nations continentales où « le fort dévorait toujours le faible ». Elle conduira à une interminable histoire de brutalité et de violence, qui aboutira finalement aux grandes guerres et aux génocides du XX siècle. L’Âge des Lumières correspondait plus à l’âge des guerres permanentes où l’état naturel de l’homme était d’être habité par une violence permanente. C’était toute la différence avec les époques précédentes  dans le monde, où les guerres alternaient avec des périodes d’expansion dans la paix.
  • On aboutit finalement à une Europe à deux vitesses, un Nord -Ouest en plein boom et un sud en stagnation, une Venise ruinée qui se tournait vers la jouissance de la vie et sous l’autorité morale d’une papauté incapable de résoudre les schismes de son église. 
  1. La Route de l’Empire

Deux conceptions caractérisent les nouveaux aventuriers: l’honnêteté et le retrait de ce monde pour les uns – vertueux -, la corruption et la conquête de vastes espaces tenus par des élites avides et rapaces aux appétits sans limites pour les autres – corrompus- . Pour honorer ses dettes, le résultat d’une gestion hasardeuse en Inde, le gouvernement anglais trouve une solution de facilité: il suffit augmenter les taxes sur le produits. Les exigences rivales de la nouvelle Angleterre et du Bengale créent alors une rupture dans la gestion des nouveaux territoires, le commerce ne peut pas tout résoudre… et c’est la guerre, avec la naissance d’un nouvel état, les USA. Né de la Victoire de l’honnêteté sur la corruption, ce n’est  pas suffisant pour que cet acte de naissance devienne une loi fondamentale dans la durée, comme on le verra plus tard...

  • Le monde ottoman avait de bons administrateurs, efficaces, le système fonctionnait tant que la nation absorbait de nouveaux territoires. Sans des apports nouveaux, le pays stabilisé mais ne vivant que de la perception des taxes, était stable mais sans croissance économique. L’Europe était plus inégalitaire au niveau de la richesse de sa  population, avec en particulier la primogéniture qui ouvrait la voie aux grandes fortunes. Une catégorie de population, « les Puritains », d’essence Calviniste au départ, se constitua et s’établit en Nouvelle Angleterre pour protester contre les changements de moralité de la société accompagnant l’essor économique. Ceux qui ne voulaient pas vivre dans ce nouvel Eden honnête, pur et dur allèrent en Orient et en Asie. La concurrence entre Hollandais et Anglais était rude, mais avait un ennemi commun, les papistes et surtout l’Espagne. L’Angleterre entreprit une véritable révolution maritime, avec  20% de son budget destiné à sa flotte. Les trois bases du succès anglais sur les mers furent la construction de navires spécialisés de qualité, l’analyse des batailles afin de tirer la meilleure leçon de l’expérience et une promotion au mérite pour les équipages des navires. Le commerce avec l’Inde était sous le contrôle de la  compagnie de l’Inde Orientale (EIC), qui devint aussi puissante que l’Etat et rivalisa avec la compagnie hollandaise « soeur », la VOC. Et c’est à partir des ports de Madras, Bombay et Calcutta que l’EIC développa ses activités et son influence.
  • La réussite de l’Angleterre provenait de plusieurs facteurs. En premier, il faut noter sa position géographique – une île facile à défendre-, ce qui lui permettait de réduire ses dépenses militaires si importantes chez les nations continentales qui passaient leur temps à s’entretuer. En second l’Angleterre regardait de loin les conflits européens pour intervenir au bon moment et en retirer des avantages sans prendre de risques, en faisant des alliances matrimoniales heureuses, comme celle de recevoir du Portugal la ville de Bombay comme dot pour le mariage de Charles II avec Catherine de Bragance.
  • Les Orientaux voyaient tous ces arrangements avec flegme et se vendaient à qui payait le plus, ce système fonctionna à merveille avec les Anglais qui opéraient en Asie selon le précepte simple: « toute chose et tous ont leur prix ». Il en résultat une conquête de l’Asie par les Hollandais et les Anglais grâce un concours de corruption sans limites. L’Inde reçut des fortunes immenses pour le renouvellement des concessions ou beaucoup d’autres avantages avec les réductions des taxes locales.
  • Les échanges commerciaux continuaient à travers l’Asie Centrale, avec les Sogdiens remplacés par les Juifs et les Arméniens, qui vendaient les produits les plus divers comme des dizaines de milliers de chevaux ou de dromadaires…La classe politique s’offusquait officiellement de ces méthodes de conquête par la corruption, mais laissa (voire même favorisa) la drogue et l’opium entrer dans le circuit. Pour conquérir le Bengale en 1773, une commission établit que le montant de la corruption s’élevait à l’équivalent de plusieurs centaines de milliards $ en valeur actuelle… alors qu’une sécheresse provoqua une famine qui décima 1/3 de la population à la même époque… mais déjà, l’intérêt des actionnaires l’emportait sur celui de la population.
  • Alors que l’EIC, avec une telle politique, était au bord de la faillite, le gouvernement anglais qui ne pouvait laisser disparaître ce pilier, décida de la renflouer. Où trouver des fonds sinon par l’impôt?mais en Amérique du Nord où la fiscalité était faible. La loi sur le thé votée en 1773 devait permettre de récupérer des fonds pour renflouer les colonies britanniques d’Orient. Malgré la propagande, la mesure échoua, et ce fut la révolte. Les exigences rivales de la nouvelle Angleterre et du Bengale avaient créé une rupture dans la gestion des nouveaux territoires, le commerce ne pouvait pas tout résoudre.
  • Chaque pays avait sa propre personnalité et devait avoir sa propre gestion, l’Angleterre avait perdu la nouvelle Angleterre et les Etats Unis, elle ne perdrait jamais l’Inde.

 

  1. La Route de la Crise

On voit le XIX siècle comme celui de l’apogée du Royaume Uni, en fait le maintien de la domination mondiale par l’Empire Britannique est de plus en plus aléatoire, la création des USA est le premier indice de sa perte de pouvoir. Les difficultés viennent plus du contrôle de l’Asie, où l’Empire Russe s’étend inexorablement, que de l’Europe où, comme d’habitude, les nations se font la guerre. L’Empire Russe se transforme, se modernise, continue ses extensions territoriales vers le Sud avec la conquête du Caucase, vers l’Est avec la Sibérie et l’Asie Centrale. Alliances et trahisons sont les caractéristiques de cette période au cours de laquelle l’obsession britannique est de détruire l’Empire Russe, l’ennemi numéro de la couronne britannique, au nom de la menace qu’il fait courir à la perle indienne britannique. Cette obsession dure toujours jusqu’à aujourd’hui… même sans l’Inde.

  • L’objectif final de la campagne d’Egypte de Napoléon était de chasser les Anglais de l’Inde, et il voulait créer une alliance avec la Perse, alors en guerre contre la Russie pour des questions territoriales. La réaction immédiate des Britanniques fut d’aider le shah et de s’allier avec lui à n’importe quel prix pour contrer Napoléon. Quand en 1812, Napoléon attaqua la Russie, l’alliance avec la Perse n’avait plus d’intérêt, la Russie était devenue l’alliée utile.  L’Angleterre sacrifia alors  les liens avec la Perse, c’était le prix à en payer.  Cette  première trahison se concrétisa par par le traité du Golistan de 1813 (« honteux » pour la Perse), au terme de la guerre russo-perse, qui donnait à la Russie l’essentiel de la rive occidentale de la Caspienne, et  la Perse perdait ses territoires caucasiens….
  • L’extension de la Russie vers l’Asie n’était pas sans causer des questions philosophiques à l’intelligentsia russe. La Russie devait elle se tourner vers le luxe et la culture de l’Europe – tendance Pouchkine- ou s’affranchir des « fers de l’impérialisme européen » et « en Europe nous avons été des ramasse-miettes et des esclaves, en Asie nous serons des seigneurs » comme l’écrivait Dostoyevski, le chantre de l’Eurasie.
  • Après une seconde victoire russe contre les Perses, l’objectif de l’Angleterre devenait très simple: «il fallait  limiter le pouvoir de la Russie ». Elle était devenue le protecteur du shah, il fallait mettre en place rapidement une défense de l’Inde, d’où l’occupation de l’Afghanistan avec le contrôle de Kaboul. Le désastre de Jalabad (bataille de Gandamak ) de 1842 causa l’anéantissement des troupes britanniques et la perte de cette position stratégique.
  • La conquête de l’Asie Centrale tourna à l’avantage des Russes, qui n’étaient cependant pas très intéressés par cette partie du monde..
  • La stratégie anglaise fut de se tourner vers la Mésopotamie en vue de créer un tampon approprié et de se protéger de l’approche des Russes par l’Ouest. Deux manoeuvres furent entreprises dans deux directions: appuyer et financer les rebellions du Caucase à travers l’Iman Chamil, et faire la guerre de Crimée . Avec une alliance avec les Turcs et les Français, l’Angleterre vousait donner une leçon à la Russie. Le Ministre Britannique des Affaires étrangères présenta alors un plan de démembrement de la Russie comme étant la meilleure mesure pour protéger les intérêts britanniques en Inde…avec l’attribution du Caucase et de la Crimée aux Ottomans. Cela se passait en 1854, 40 ans après la déroute de Napoléon! La défaite russe eut diverses conséquences: (i) le renforcement des idées de Karl Marx, il était alors le porte-parole des contestataires britanniques révoltés par les conséquences de la guerre de Crimée sur leur pouvoir d’achat, (ii) le renforcement du mouvement d’unification de  l’Italie avec un Cavour, associé aux négociations de la paix de Paris, qui prit beaucoup d’importantse (iii) l’humiliation de la Russie privée de voies de communications maritimes de la Mer Noire. Cette humiliation, loin d’affaiblir l’Empire Russe, le renforça dans sa nécessité d’évoluer, d’où l’abolition du servage, d’où le nouveau libéralisme économique etc… « Loin d’avoir étouffé la Russie, les Anglais avaient sorti le génie de la bouteille »… et la Russie se mit à conquérir l’Asie Centrale en vue de trouver un passage via les grands fleuves AmouDaria et Syrdaria vers l’Inde.  Pour financer ces politiques de conquêtes territoriales, il fallait des fonds, d’où la vente de l’Alaska aux USA
  1. La Route de la Guerre

Londres veut détourner par tous les moyens possibles l’attention de la Russie vers l’Asie. Pour atteindre ce but, il n’y a rien de mieux que de l’attirer vers cette Europe en permanence en conflits. C’est la guerre de 1914/18; Selon les Anglais,  « il était au plus haut point souhaitable pour l’Angleterre que la position et l’influence de la Russie s’étendissent en Europe et se détournassent, en d’autres termes de l’Asie ». Cette guerre est une catastrophe civilisationnelle, et l’aboutissement de plusieurs siècles de sciences mises au service des inventions d’armes par et pour des peuples en perpétuel conflit. Voulue ardemment par tous, elle provoque la banqueroute du Vieux monde et va enrichir le Nouveau Monde. L’Europe Occidentale rejoint en 1918 le monde d’ombres quelle a quittée trois siècles plus tôt. L’épreuve de la guerre a été dévastatrice, elle rend le contrôle des routes de la Soie et de ses richesses plus important que jamais, mais par qui assumer ce contrôle?

  • L’opposition anglo-russe domine la période précédant la 1ère guerre mondiale. L’annulation des clauses du traité de Paris touchant la Mer Noire déclencha une crise d’hystérie à Londres, la guerre était proche! La reine d’Angleterre à l’image du tsar des Russies devint « Reine et Impératrice ». Plus sérieusement, l’Angleterre créa des réseaux d’influence en Asie grâce à la corruption des autorités religieuses des pays comme l’Afghanistan et en y installant un homme de paille à Kaboul pour diriger le pays. En fait la Russie avait d’autres priorités, comme celles d’absorber les nouvelles populations musulmanes récemment intégrées à l’Empire, comme l’ouverture de nouvelles routes de la soie en construisant les chemins de fer allant vers la Chine et l’Asie, ou comme la colonisation de l’Extrême Orient avec la politique volontariste de Stolypin.
  • La Chine avait fait l’objet de toutes les attentions de l’Angleterre, les simples privilèges commerciaux du départ étaient devenus rapidement des points d’expansion allant jusqu’à l’imposition de ses propres lois par la force avec le commerce de l’opium ou même le sac du Vieux Palais d’Eté de Pékin en 1860. Avant l’arrivée du transsibérien, les bateaux britanniques convoyaient 80% du commerce total de la Chine. La Russie effrayait de pus en plus l’Angleterre, avec l’occupation de Merv en 1884 et l’ouverture d’une ligne de chemin de fer sur Samarcande, avec son le rapprochement avec la Perse en 1890, considéré comme un casus belli. Comme elle était plus apte à s’adapter aux besoins financiers d’un empire perse corrompu, l’Angleterre entra en panique, et alla jusqu’à envisager de perdre le Sud de la Perse. La politique anglaise consista à la création des zones tampons (Chine, Afghanistan, Turkestan, Perse), mais les avancées russes « réduisaient le tampon à la minceur d’une gaufre ».  Le risque était grand de voir la Russie occuper la Perse et Golfe Persique,  avec pour conséquence une déclaration de guerre de l’Angleterre à la Russie. « Partout, on voyait de fantômes russes…La priorité anglaise était d’empêcher l’expansion russe par TOUS les moyens, depuis le Caucase (avec la Perse en base arrière) jusqu’à l’Asie Centrale avec l’Afghanistan sous contrôle. On en conclut qu’il était « au plus haut point souhaitable » que « la position et l’influence s’étendissent en Europe et se détournassent, en d’autres termes de l’Asie ».
  • En Europe, avec une Allemagne victorieuse en 1870, la France traumatisée et effrayée par la puissance grandissante de son voisin germain se rapprocha de la Russie avec une alliance franco-russe, ce qui était bien vu de Londres. L’Angleterre se joignit à ce rapprochement franco-russe avec en raison cachée, un accord avec la Russie pour endiguer sa politique asiatique.. car « il était beaucoup plus désavantageux d’avoir une France et une Russie inamicale qu’une Allemagne inamicale »…L’entente avec la Russie était essentielle, surtout en Perse, et « il était essentiel de dissuader la Russie de se rapprocher de Berlin » (Arthur Nicolson! 1907). Les rencontres du Tsar et du Kaiser en 1910 créèrent la panique à Londres…ce qui fut entretenu par la presse et la littérature populaire. Mais « d’où venait cette jalousie au sujet de ce dont nous n’étions pas responsables ?» écrivait l’Autrichien Musil en1914.
  • Et l’Allemagne s’intéressa au monde ottoman, avec la réorganisation de son armée et le renforcement de sa flotte, ce qui exaspérait la Russie qui utilisait les Dardanelles pour exporter ses blés. L’Empire turc était malade et tout le monde en voulait les dépouilles, avec les Russes et les Allemands qui s’en disputaient les mêmes morceaux. Mais l’assaut italien en Libye de 1911, suivi des guerres balkaniques, entraîna des réactions en chaîne dramatiques totalement imprévisibles quant à leurs ampleur et conséquences.
  • L’origine de la guerre de 14 n’est pas à chercher dans des courses aux armements des marines britanniques et allemandes, mais dans l’ambiguïté des relations entre la Russie et l’Angleterre avec la recherche de la domination du monde par le contrôle de l’Asie. Dans les jours qui ont suivi l’assassinat de Sarajevo, ce fut la peur de la Russie qui conduisit à la guerre, l’Allemagne voulait la guerre par peur d’une Russie de plus en plus forte (« le plus tôt serait le mieux »), les Anglais avaient peur que La Russie porte son attention ailleurs, le Foreign Office pensait d’ailleurs réaligner l’Angleterre  avec l’Allemagne pour mieux contrôler la Russie. D’autres pensaient qu’il fallait choisir entre soutenir la Russie et « renoncer à son amitié ». Si nous lui manquons maintenant, cette coopération amicale en Asie, qui nous est vitale, viendrait à son terme. »… et si l’Angleterre restait neutre, cela « équivaudrait à un suicide » (à cause de la pertes des intérêts britannique en Perse et en Asie au profit des Russes). Mais la force russe n’était qu’apparente à cause de son endettement colossal et de sa dépendance des fonds étrangers. On a essayé de trouver des bons et des mauvais dans cette tuerie de 1914-18, il n’y en a pas, malgré les déclarations des Churchill et des autres. On peut synthétiser ces hérésies meurtrières par le texte d’un poète R. Brooke, « tout est sans dessus dessous, je veux que l’Allemagne mette la Russie en pièces, et ensuite que la France brise l’Allemagne. La Russie veut la fin de l’Europe de de sa civilisation ».
  • On a voulu culpabiliser l’Allemagne pour la guerre et la lui faire payer, lamentable erreur. Cette guerre de 14 avait fait passer l’Angleterre de plus gros créancier en plus nos débiteur du monde, une économie française ruinée, et la destruction de la Russie impériale. La guerre provoqua la banqueroute du Vieux monde et enrichit le Nouveau Monde. L’Europe Occidentale rejoignit le monde d’ombres qu’elle avait quittée trois siècles plus tôt. L’épreuve de la guerre avait été dévastatrice, elle rendit le contrôle des routes de la Soie et de ses richesses plus important que jamais.

17 La route de l’or Noir

Le 28 Mai 1908 à 4 heures, l’Anglo-Persian-Oil Company fit jaillir le pétrole du sol persan, c’est un événement aussi important que la découverte de l’Amérique de 1492. L’or volé sur un autre continent inconnu, avait alimenté les routes de la soie, maintenant c’est « l’or noir » volé de ses propres sous-sol qui va alimenter et faire palpiter les routes de la soie. Le contrôle de Anglo Persian par le gouvernement britannique essentiel, pour l’Angleterre, a été réalisé  11 jours avant l’assassinat de Sarajevo,  « le pétrole est devenu le sang de la terre ». L’Angleterre, qui connait les richesses pétrolières de la région depuis longtemps, veut s’en assurer le contrôle, ce qui lui permet, avec le contrôle du canal de Suez, d’être le maître du monde. La Russie est attirée dans le traquenard européen de la guerre de 14/18 par l’Angleterre, pour qu’elle ne soit plus une menace pour les intérêts anglais en Asie. L’effondrement de la Russie  en 1917 avec la paix de Brest Livotsk est une catastrophe pour les Européens, une bénédiction pour l’Angleterre, car « la Russie avait été un danger pour ses voisins, et pour aucun d’eux davantage que pour nous » (« lord Balfour 1er ministre en 1918)

  • L’histoire de l’or noir commence en Perse au début du XX siècle, avec quelques noms à retenir,
    • William Knox D’Arcy, avocat anglais qui investit dans un projet de mines d’or en Australie en association avec les frères Morgan, il eut la chance de trouver des quantités d’or prodigieuses, il devint l’homme le plus riche du monde et il retourna vivre à Londres.
    • Antoine Kitagbi, un homme d’affaires géorgien qui avait très bien réussi en Perse et avec un carnet d’adresses de premier ordre.
    • Le shah persan Mozaffar od-Din, corrompu comme tous les fonctionnaires qui l’entouraient, avec Sayyed Jamal al-Din al Afghani, un des leaders qui s’insurgea , au nom de la défense de l’Islam, contre la présence d’étrangers qui captaient les ressources,
    • Le baron Paul Julius Reuter, un chercheur de trésors et Alfred Marriot, délégué du Foreign Office à Téhéran.
    • L’amiral Fisher qui voulait avoir la maîtrise des mers en remplaçant le charbon par le pétrole pour faire fonctionner les navires de la Royal Navy.
  • L’histoire s’est passé en Perse, un pays « arriéré, sans voies de communications et ni de transport », avec un pouvoir corrompu et une administration tatillonne et inefficace. Elle comprend en plusieurs épisodes:
    • On savait depuis toujours qu’il y avait des ressources pétrolières en Perse.
    • Julius Reuter acquit en 1872 par la corruption, le privilège exclusif d’extraire toutes les ressources minières de la Perse, un permis renouvelé en 1889
    • Kitagbi vint démarcher Knox d’Arcy pour reprendre les travaux de prospection de Reuter, sur des bases scientifiques .. et avec beaucoup d’investissement.
    • Par un morceau de papier signé en 1901, le shah octroya à Knox pour 60 ans les droits exclusifs d’exploitation, de transport, de commerce et de vente de pétrole, gaz et ressources minières, de pose d’oléoducs, de stockage sur tout le sol persan, à exclusion des terres septentrionales laissées à la Russie voisine.
    • L’Amirauté britannique fit entrer dans la compagnie de Knox, la Burmah Oil Company, qui elle, avait une expérience réussie d’exploitation pétrolière.
  • Le 28 Mai 1908 à 4 heures, le pétrole grâce à l’Anglo-Persian-Oil Company finit par jaillir, ce fut un événement aussi important que la découverte de l’Amérique de 1492.
  • Le contrôle de Anglo Persian par le gouvernement britannique essentiel, pour l’Angleterre, fut réalisé 11 jours avant l’assassinat de Sarajevo!, « le pétrole était devenu le sang de la terre ».
  • La Grande guerre continuait, avec ses incertitudes et ses incompréhensions.
    • Pour garantir la présence anglaise dans cette région du monde, il fallait l’étendre au détriment des Ottomans, la puissance occupante. L’Angleterre trouva un leader local Husayn de La Mecque, auquel on promit tout à partir du moment où il s’écartait des Turcs. A Londres, l’ancien Premier Ministre redoutait une défaite rapide de l’Allemagne, qui libérerait la Russie qui continuerait ses conquêtes de l’Asie, un péril mortel pour les Britanniques. Il fallait donc attirer la Russie sur un autre front, et ce fut la triste aventure des Dardanelles, où on avait promis Constantinople à la Russie, comme prix de la victoire contre les Turcs. Déjà « les Alliés se partageaient les carcasses des ennemis », alors que la guerre venait à peine de commencer!
    • Il fallait attirer les Russes vers le Sud pour leur ôter les ambitions orientales, il fallait cantonner les Français en Syrie Liban à cause de leurs relations historiques culturelles, et il fallait attribuer la Perse, la Mésopotamie et la Péninsule Arabe aux Anglais . Ce fut le tracé de la ligne Picot Sykes, un traité de Tordesillas modernisé, obtenu avec l’accord des Arabes à qui on avait promis tout et n’importe quoi, comme la fin de la tutelle ottomane,  un califat avec  un leader à la Mecque Husayn descendant de Mahomet…, des nations distinctes  pour les peuples d’Arabie, Arménie, Mésopotamie, Syrie et Palestine….Pendant ce temps, au bruit des canons, des millions de soldats combattaient et mourraient dans les plaines de France et de de Russie « pour garantir l’indépendances peuples et des droits de l’humanité ».
  • En résumé, l’Angleterre, qui connaissait les richesses pétrolières de la région voulait s’en assurer le contrôle, ce qui lui permettrait, avec le contrôle du canal de Suez, d’être le maître du monde. Qui contrôlait le pétrole contrôlait le monde, L’effondrement de la Russie en 1917 avec la paix de Brest Livotsk était une catastrophe pour les Européens, une bénédiction pour l’Angleterre, car « la Russie avait été un danger pour ses voisins, et pour aucun d’eux davantage que pour nous » (« lord Balfour 1er ministre en 1918)
  1. La Route du Compromis

Corruption et chantage avec une bonne connaissance du terrain et de ses occupants ont permis à l’Angleterre d’avoir un temps d’avance sur les nombreux concurrents à la course de l‘exploitation pétrolière. On assiste, avec 400 ans d’écart, à la répétition du pillage des ressources d’une région du monde. Ce n’est ni l’or ni l’argent des Incas du XVI siècle, mais l’or noir que l’on va prendre au XX siècle. Les modes de partage du butin ont été les mêmes, la délimitation entre Anglais et Français avec la ligne Sykes et Picot équivaut au tracé des lignes imaginaires par le Pape avec le traité de Tordesillas entre Portugais et Espagnols. On le complète avec les vainqueurs américains en l’adaptant aux nouvelles découvertes pétrolières en Arabie, comme on avait complété le partage du monde avec le traité de Saragosse. Les Britanniques ont le pétrole, les oléoducs, le contrôle du canal de Suez, les raffineries portuaires et ils vont jusqu’à favoriser la création d’un état juif en Palestine, pour construire les bases d’un état tampon qui garantira  tout le dispositif d’exploitation de l’or noir du Moyen Orient. Les interêts impériaux britanniques sont protégés par une politique de la morale!

  • L’une des priorités était de réviser l’accord Picot et Sykes fraichement signé, et de l’adapter aux nouvelles découvertes de pétrole en Mésopotamie, au Koweit, au Barhein et en Arabie. Il était important pour les Anglais « d’avoir la mainmise sur tous les droits pétroliers de ces régions pour qu’aune autre puissance ne puisse les exploiter à son profit », et c’est comme ça que Mossoul et sa région (ainsi que Jerusalem) passèrent dans l’escarcelle des Britanniques. Clemenceau s’était fait rouler!
  • La Palestine était un état tampon que les Britanniques voulaient contrôler, à cause du port de Haifa, le point de sortie des oléoducs de l’Iran. La création de l’état juif par la déclaration de Belfour répondait à cet objectif, ceci « donnait un contrôle virtuel de toute la production pétrolière de cette région la plus riche du monde en pétrole ». Lorsque les Turcs voulurent en 1918 prendre le contrôle du pétrole de Bakou, l’Angleterre envoya des troupes, qui, encerclées par les Turcs, durent quitter la ville, provoquant des représailles sanglantes avec des massacres de population. Les soviets russes mobilisèrent les populations d’Asie centrale, avec des alliances entre musulmans et communistes, en créant un progressisme post- révolutionnaire, contraire aux intérêts des britanniques. Mais l’Angleterre était présente sur le terrain, et créait des états artificiels, comme l’Irak, en choisissait les dirigeants en fonction de leur allégeance à la cause anglaise, elle les manoeuvrait en leur envoyant des « conseillers” dans toutes les sphères des gouvernements. L’anglophobie consécutive à une omniprésence anglaise, était de règle dans toute la région. On alla jusqu’à remplacer le shah d’Iran corrompu, par Reza Khan, tellement proche des anglais, « qu’il en était pratiquement leur espion ».
  • Les Etats Unis pénétrèrent la zone pour des raisons de stratégie pétrolière, ils lancèrent la Standard Oil dans le grand cirque en Iran, au grand désespoir des Britanniques, puisque tous les permis avaient été distribués en 1901 pour 60 ans. Ils finirent cependant par avoir un permis d’exploitation par 50 ans..Les Américains accueillis comme les chevaliers blancs devinrent des copies des Anglais, et même en pire… Et les promesses non honorées, et les peuples trompés jonchaient la région. L’état ottoman administrait la région, même mal, mais avec des fonctionnaires, les Britanniques, eux, encourageaient les potentats locaux totalement soumis et sous contrôle, dans un pays riche en or noir, mais où on était analphabète à 90% et où on mourrait de faim. 
  • Le nationalisme apparut dans tous les anciens territoires, en Inde comme au Moyen Orient. Malgré les offensives de charme bien tardives de l’Anglo-Persian, le nationalisme et l’anglophobie régnaient, et finalement en 1932, les droits de Knox D’Arcy étaient supprimés. De nouvelles négociations des contrats furent réalisées pour donner plus de droits et d’argent aux pouvoir locaux… mais le réseau de transport ou de raffinage était essentiel, et les Britanniques en avaient gardé propriété et contrôle.
  1. La Route du Blé ou Le poker menteur entre Hitler et Staline.

L’Allemagne a besoin du blé de la Mer Noire comme du pétrole du Caucase. Malgré leur haine réciproque, Staline et Hitler signent une alliance de circonstance et d’attente, qui prévoit le partage de la Pologne, la bête noire de Staline, et corrige l’accord de paix catastrophique pour l’URSS de Brest-Livotsk.. Hitler, aveuglé par ses victoires éclairs de 1940, rompt ce pacte en juin 41 avec deux objectifs urgents, mais bien planifiés: occuper les territoires autour de la Mer Noire pour y produire le blé qui lui manque et occuper la Caspienne pour le pétrole. Des plans précis sont élaborés par des experts allemands sous la férule d’un agronome Herbert Backe, il prévoit le coût humain de l’invasion avec la mort par la famine, de quelques dizaines de millions de Soviétiques, c’est un plan établi scientifiquement et accepté 3 mois avant l’invasion de l’URSS.

  • Le poker menteur entre Hitler et Staline, deux dictateurs qui avaient tout pour se haïr, aboutit à un accord entre Russie et Allemagne avec à la clé,

le partage de la Pologne, avec deux conséquences, la récupération par l’URSS de territoires perdus 23 ans plus tôt et le rapprochement géographique de la Russie vers l’Allemagne et vers l’Ouest.

La fourniture à l’Allemagne de deux denrées dont elle a le plus grand besoin: le blé pour nourrir ses 80 millions d’habitants et le pétrole de Bakou pour ses armées mécanisées.

  • Chacun des deux partenaires était sûr qu’il roulerait l’autre. Staline n’avait aucune illusion sur la bonne foi d’Hitler qui avait écrit les pires horreurs sur le communisme soviétique et proféré les pires menaces.
  • La Russie avait besoin de temps pour refaire ses armées décimées par des purges, l’Allemagne avait besoin d’espace, de Lebensraum pour ses populations (« nous n’avons pas d’autre choix pour nourrir le peuple allemand » (dixit Hitler après la signature de l’accord) , l’Ukraine avec ses riches plaines était trop proche pour être ignorée. Enfin Staline avait des comptes à régler avec sa bête noire la Pologne.
  • Cet accord surprit les autres nations européennes, et effraya l’Angleterre, qui avait très peur d’une alliance germano-soviétique en Asie – Inde et Afghanistan – et au Moyen Orient – contrôle du pétrole iranien et irakien- , où le nazisme avait bonne presse auprès des musulmans. L’Allemagne envoya des émissaires jusqu’au Tibet pour y préparer d’éventuelles invasions avec les Soviétiques.
  • Les alliés envisageaient de bombarder les installations pétrolières de Bakou dès 1940…alors que l’Allemagne, qui écrasait les armées françaises en quelques semaines, était sûre de vaincre l’Angleterre dans la foulée. Aveuglé par ses victoires si fulgurantes, Hitler estima qu’il était temps d’éliminer le bolchevisme. « l’enjeu, c’était les matières premières et la nourriture ».
  • Le spécialiste Herbert Backe, ingénieur agronome, fut à la base de plans de mise en valeur rationnelle des terres de l’Ukraine jusqu’à la Caspienne. L’objectif était de nourrir le peuple allemand, et de laisser mourir les populations soviétiques, un dommage collatéral estimé par Blake à x millions (x = quelques dizaines). Ce fut un document établi par les services allemands le 23 Mai 1941. « Le peuple russe, qui était habitué à souffrir, pouvait aisément être sacrifié ». Les armées allemandes à tous les niveaux avaient été endoctrinées avant l’invasion, « il fallait user en Russie de la force la plus brutale, ce serait une guerre d’extermination, les commandants des troupes devaient connaître les enjeux, la sévérité d’aujourd’hui permettrait la mansuétude à l’avenir ».
  1. La Route du Génocide

L’opération Barbarossa marque le début de l’invasion de l’Union Soviétique par l’Allemagne, un premier génocide de Soviétiques incapables fournir les tonnages de blé nécessaires au peuple allemand. Hitler veut coloniser les plaines de Russie et d’Ukraine et veut copier le modèle de colonisation des Anglais aux Indes ou des Américain aux USA: il faut exterminer les populations indigènes – les slaves – et coloniser les terres nouvelles avec des paysans allemands. Le génocide des Soviétiques (2 millions de morts en quelques mois en 41/42) est suivi de la planification et la mise en place du génocide des juifs, c’est l’holocauste.

Le soleil se couche sur l’Europe Occidentale en 1918, le mouvement s’accélère en 1939/45, la  question est de savoir qui contrôlera les grands réseaux commerciaux de l’Eurasie avec ses trésor cachés sur terre et sous terre dans ses déserts orientaux. « Le silence des armes revient en Europe au fait qu’il n’y a, à la fin, plus rien pour quoi se battre »

  • L’opération Barbarossa se réalisa avec une constante, «le mépris des Slaves et la haine des Juifs qui couraient dans les veines du corps des officiers allemands». Les objectifs d’Hitler comprenaient la prise de la Crimée, la future Riviera allemande qui serait reliée directement à Berlin par une autoroute et la colonisation copiée par Hitler sur deux modèles: le britannique et le Raj en Inde, l’ américain où les Indiens avaient été exterminés et remplacés par des colons européens pour occuper l’espace libéré. La population locale slave serait donc éliminée pour laisser place aux nouveaux colons allemands….. et « ce sera l’Europe – et non l’Amérique- qui deviendrait alors la terre des possibilités illimitées » disait Hitler.
  • Les campagnes militaires allemandes étaient victorieuses partout dans le monde en ce début 41. Staline, qui suivait personnellement et scrupuleusement les clauses du pacte germano-soviétique ne croyait pas jusqu’à la dernière minute à une attaque allemande malgré les avis de ses proches et de ses espions. L’attaque du 22 juin fut désastre pour Staline et les troupes soviétiques. Pour Hitler, il fallait prendre et raser les deux capitales – Moscou et Leningrad – et en massacrer les populations inutiles, occuper l’Ukraine et aller chercher le pétrole de Bakou.
  • Le nazisme exerçait une forte attraction sur les dirigeants et sur les peuples de l’Iran et du monde arabe où l’anglophobie était à son sommet. L’Iran, avec sa position stratégique d’importance croissante, devait être contrôlée par les alliés, sous peine de tomber dans le giron allemand. Soviétiques par le Nord et Anglais par le sud, les nouveaux alliés envahirent l’Iran dès Août 41 pour le contrôler. Le shah, germanophile, qui tergiversait, fut renversé et remplacé par son fils, Mohammed Reza, un playboy sans maturité ni connaissances de la politique.. Les populations qui manifestaient leur attrait pour les Allemands et leur opposition à ce dépeçage du pays par les Russes et les Anglais, furent naturellement toutes ignorées.
  • L’offensive allemande était trop étendue pour que l’intendance suive, avec la nourriture pour les troupes et le peuple et l’or noir pour l’armée mécanisée. Les troupes pouvaient à peine se nourrir sur les terres riches conquises que les soviétique avaient détruites par la politique de la « terre brûlée ».. et l’hiver de 1941, terrible arriva. Ordre fut donné de retirer toute alimentation aux prisonniers qui ne travaillaient pas, en quelques mois 2 millions de soviétiques prisonniers sur 3,3 millions, meurent de faim, ce fut le premier génocide.
  • Les meurtres de masse des Juifs et des Soviétiques commencèrent dès le début de l’invasion allemande et s’amplifièrent avec les difficultés rencontrées sur le terrain quand on constata que les pays conquis n’avaient pas répondu aux attentes des envahisseurs en matière de fournitures de vivres.
  • L’antisémitisme profondément enraciné dans l’Allemagne d’avant guerre, provoqua le souhait de David Ben Gourion de voir la Palestine recevoir plus de juifs allemands en Palestine. Des négociations à cette fin avec les notables arabes palestiniens échouèrent dans les années 30. Hitler lui, souhaitait – au moins par ses propos – encourager l’immigration des juifs allemands en Palestine et envoya Eichman en Palestine pour négocier cette proposition. En 1940, Avraham Stern, fondateur du mouvement « Lehi » et auquel appartenait un certain I. Shamir et d’autres pères fondateurs d’Israël, proposait: « des intérêts communs pourraient exister entre l’Allemagne et les vraies aspirations nationales du peuple juif.. Pourvu que les aspirations du mouvement  pour la liberté d’Israel soient reconnues, Stern proposait de prendre une part active à la guerre du côté allemand… » .. « cela renforcerait la future puissance allemande au Moyen Orient, et extraordinairement la base morale du Reich aux yeux de l’humanité » ET tout ça juste avant le début de l’holocauste. L’holocauste des juifs résulta de trois causes principales (i) la haine des Juifs de la part des Allemands en général et spécialement Hitler, (ii) la mise en place d’une « solution la plus humaine possible et rapide » selon Eichman, pour les éliminer, (iii)  l’incapacité des terres conquises à produire les quantités de blé prévues par les Allemands. Et la réunion de Wannsee du 20 janvier 42, qui officialisait le concept du génocide juif, n’était en fait que la suite logique de la réunion des 2 mai 41 qui avait officialisé le génocide des slaves incapables de mettre en valeur des terres ukrainiennes. Le génocide était une première réponse donnée à un problème, l’Holocauste était la solution finale.
  • La chance abandonna le joueur de poker Hitler en 42 qui déclarait alors au printemps 42 « si je ne parviens pas au pétrole de Grozny et Maykop, je devrais mettre fin à la guerre »…. et ce fut Stalingrad et la déroute.
  • Les Américains, les Britanniques et les Soviétiques se partagèrent le monde à Téhéran en 1943 et à Yalta en 1945, en oubliant les promesses faites avant 1939 aux Polonais qui devaient garder leurs frontières. On avait mené la seconde guerre mondiale pour empêcher que l’ombre d’un rideau noir s’abatte sur l’Europe… et ce fut la mise en place d’un rideau de fer qui s’en suivit. Churchill s’aperçut plus tard, mais avant la fin de la guerre, des conséquences des accords.. et on alla jusqu’à envisager que la défaite d’Hiler n’était pas le point final de la guerre, et Churchill ordonna de dresser des plans d’urgence pour une phase suivante, c’était « l’Opération Impensable[1]» (envahir l’Union Soviétique et prendre Moscou et renverser le communisme)..
  • L’attribution du prix Nobel de la Paix à l’Europe en 2012 ressemble beaucoup à de l’humour noir , il récompense la Realpolitik d’un ensemble de pays qui a passé son temps dans les siècles derniers à faire la guerre et à massacrer de plus en plus efficacement des peuples (y compris les siens).. et le « silence des armes revient surtout au fait qu’il n’y a, à la fin, plus rien pour quoi se battre… »
  1. La Route de la Guerre Froide

« Le sort du monde oscillait, l’Iran était le point d’appui du fléau », L’Iran est courtisé par les Allemands, par les Soviétiques, et pillé par les Anglais, puis par les Américains. Anglais et Américains se partagent le monde du pétrole du Moyen Orient à l’identique du partage du monde 400 ans plus tôt. L’Iran avec Mossadegh retrouve dignité et pétrole quand il est renversé par un coup d’état monté par la CIA, qui rétablit le shah sur le trône! Mossadegh est le premier à s’opposer avec autorité et détermination à l’invasion de son pays par les puissances étrangères, il ne sera pas le dernier. 

  • L’Iran était devenu le pôle autour duquel tournaient toutes les convoitises des nouvelles puissances mondiales, les USA et l’URSS – alliés hier et ennemis aujourd’hui -, ou les capitalistes et les communistes. La Grande Bretagne, à l’identique des conquistadors incas, s’en imaginait sinon le propriétaire au moins l’exploitant (ou le pilleur) exclusif. Restait le peuple iranien qui assistait au pillage de ses richesses dont il ne tirait aucun profit, hormis pour une infime majorité choisie et soudoyée par la puissance dominante.
  • Tous les coups étaient permis, et ils furent tous faits! La démagogie d’abord avec des déclarations multiples sur la grandeur du peuple iranien, les déclarations d’amour à ce grand peuple faites avant 45 par les Allemands, puis par les Soviétiques, par les Anglais et par les Américains. L’exploitation des richesses pétrolières réalisées par les Britanniques, efficace relevait plus du vol que du commerce, la pleine propriété des oléoducs, stockage et raffinage concouraient à justifier cette manière de faire et permettait la répartition des profits dans des centres d’intérêt hors contrôle des Iraniens. En toile de fond, d’un côté, il y avait le mépris fondamental et viscéral des Britanniques pour le peuple iranien « dégénéré, retardataire et incapable de se gérer sinon par la corruption de ses guides » et de l’autre une haine grandissante du peuple envers les Anglais, puis envers les Américains dont la conduite n’était pas plus respectueuse.
  • Dans ce chaos apparurent deux hommes, (i) le shah choisi placé par les Britanniques qui se révéla trop germanophile, et fut alors remplacé par un coup d’état par son fils, bel homme avec une belle épouse (pour les journaux people), mais un homme faible, sans lucidité politique, peureux et lâche, mégalomane, et obéissant aux ordres britanniques puis américains, (ii) Mossadegh, un politicien astucieux, un Persan de la vieille école, un réformateur intellectuel, capable et conscient des données de base de son pays, à savoir ses ressources pétrolières, sa position stratégique et un peuple à éduquer et à nourrir et à qui devaient profiter ses richesses. Il apparut sur la scène dès 1944, il prit le contrôle du pétrole iranien en 1951, d’où un coup de tonnerre dans le monde, en particulier à Londres et Washington. Il fut alors renversé par un coup d’Etat monté et orchestré par la CIA en 1954, qui respectait les formes,  car « les planificateurs du coup d’état, c’est à dire la CIA, conclurent rapidement que le shah devait être associé au complot pour apporter calme et unité afin que l’éviction du premier Ministre paraisse légale ou comme telle ».
  • La suite des événements de la région durant cette période de changement de maître du monde pouvait se résumer ainsi
    • fin 1944, Mossadegh alluma la révolte devant le Parlement et dénonce l’exploitation des richesses iraniennes par Britanniques qui recevaient officiellement trois fois plus de recettes fiscales que les Iraniens.
    • Début 47, l’Angleterre annonce qu’elle se retirera des Indes dans les seize mois, on redoutait l’anarchie après trois décennies de troubles, de contestations, de promesses non tenues..et l’anarchie vint….
    • Désastre médiatique anglais en rapport avec l’immigration juive en Palestine après 1945, avec la force des images de bateau « Exodus» pour dénoncer les perfidies des britanniques,
    • 1948 guerre israélo-arabe et Nakba palestinienne, création d’Israel
    • Instabilité en Irak où malgré les richesses pétrolières 90% de la population était encore analphabète
    • Union Soviétique de plus en plus présente sur le terrain, en réalité en propagande, en particulier en Iran. Selon les Anglais, « le sort du monde oscillait, l’Iran était le point d’appui du fléau. » Dès 42, les américains y avaient déjà envoyé 20.000 soldats pour protéger les ports et Téhéran.
    • L’aide financière coulait à flots pour endiguer le communisme en Iran.
    • Les USA, sur bases de nouveaux rapports sur les immenses richesses pétrolières de la région, considérèrent que toute la zone ne pouvait qu’être sous leur contrôle direct.
    • Nouveau partage des ressources pétrolières entre la Grande Bretagne – qui garde l’Iran – et les USA – qui prennent tout le reste, Koweit, Arabie Saoudite, Bahrain-
    • Renégociation des conditions d’exploitation du pétrole, l’Angleterre n’a plus que le pétrole iranien pour garantir sa propre solvabilité nationale.
    • Printemps 51, Mossadegh devient premier ministre et nationalise l’Anglo-Iranian, d’où imposition d’un embargo sur le pétrole iranien. L’anglophobie atteint des niveaux sans limites.
    • Coup d’Etat préparé par la CIA, pour évincer Mossadegh en 1953, Opération Ajax. Fuite du shah à Rome, renvoyé de force en Iran.
  1. La Route de la Soie Américaine

En 10 ans, le Royaume Uni a perdu l’Inde, l’Iran et son pétrole, et finalement le Canal de Suez. La nouvelle domination de la région par les USA n’est pas plus morale que celle des Britanniques de la période précédente. La compétition « capitaliste- communiste » entraine encore plus de brutalité. La CIA met au point ses changements de régime avec l’organisation de coups d’état dans les pays non soumis aux USA (Iran, Irak Egypte).  Et après le fiasco de l’expédition franco-britannique de Suez, les USA choisissent le pétrole (et les Arabes) au détriment de la France et l’Angleterre. La période se termine par la guerre des 6 jours entre Israel et les pays arabes qui démontre la force de l’état hébreux face à la désunion des états arabes.

  • Les USA remplacèrent les Britanniques et assumèrent le leadership dans la région, quitte à soutenir les régimes les plus détestables mais qui devaient remplir deux conditions (i) être anti-communistes et (ii) servir leurs intérêts. L’Iran réintégra la sphère américaine d’influence quand il fallut renflouer l’Anglo-Iranian Company avec l’arrivée de nouvelles sociétés américaines pétrolières.
  • Pour lutter contre le communisme de l’URSS, on répéta l’histoire passée des états tampons, et on mit en place une ceinture de pays contrôlés par les USA de la Méditerranée à l’Himalaya avec la création du pacte de Bagdad qui remplaça l’ancienne  toile des alliances des pays avec l’Angleterre.
  • Nasser, bien qu’il eût remplacé Farouk avec l’appui de la CIA, se rapprocha dangereusement de l’URSS, qui lui accorda un financement pour le barrage d’Assouan, financement auparavant refusé par les USA pour des raisons de politique interne liées au soutien du coton américain. Nasser reprit le combat contre l’Ouest là où Mossadegh l’avait laissé. L’Angleterre et la France, pour des raisons différentes, décidèrent alors de donner une leçon au Moyen Orient et montrer la force de l’Occident. Ils décidèrent l’expédition du Canal de Suez qui était la réponse musclée européenne à la nationalisation du canal décidée par Nasser. Ce fut un fiasco, les USA sommés de choisir entre le monde arabe et l’Europe Occidentale, choisirent le pétrole et les arabes, « il était capital pour les Américains de ne pas s’aliéner le monde arabe ».
  • Le Royaume Uni entre 1947 et 1956 avait perdu en 10 ans l’Inde, le pétrole iranien et le canal de Suez, les USA prenaient la relève, avec tous les risques liés à leur arrogance, leur haine du communisme (Mac Carty à l’égal Mac Cain aujourd’hui, était là), à leur  méconnaissance des réalités arabes et moyen-orientales.
  • La politique américaine suivait la doctrine Eisenhower « il était essentiel que le vide existant au moyen Orient fût rempli par les Etats Unis avant de l’être par la Russie ».
  • Tout bouge dans la région, et ce n’était pas en Europe avec Berlin et son mur que se jouait la partie d’échecs de la guerre froide, mais au Moyen Orient pour le contrôle de l’or noir, avec le flanc Sud de l’URSS en osmose toujours possible avec l’Iran, le pôle historique de sa vieille culture et le tracé de son futur, avec ses énormes ressources pétrolières découvertes les premières. On n’était pas avec les tribus nomades ou des caravanes de chameliers traversant les déserts, on était avec les plus anciennes civilisations de la terre…en lutte contre la « civilisation » la plus récente, la plus prédatrice, la plus inconsciente, c’est à dire les USA, obsédés par le communisme de l’ex empire tsariste..…
  • On vanta la réussite iranienne avec les croissances affolantes de son PNB, en réalité, tout n’était que propagande et mensonge, le Shah et les 1000 familles se partageaient les richesses apportées par le pétrole.
  • Nasser entretenait le mythe de la révolution sans jamais la faire, quand les Israéliens déclenchèrent la guerre des 6 jours par une attaque préventive des armées arabes.
  • Saddam Hussein prit le pouvoir en Irak avec un appui possible de la CIA et remplaça un Premier ministre jugé trop nationaliste.
  • L’objectif des USA était toujours de bouter l’URSS hors de pays du Sud de la région, et aussi de créer un réseau de surveillance des activités de l’URSS, avec un appui inconditionnel et incontrôlé au Pakistan dont 65% du budget était destiné aux forces armées.
  1. La Route de la Rivalité des Superpuissances

Le Moyen Orient, naguère région du monde repoussée de tous et qu’on traversait pour aller ailleurs, est devenu riche du pétrole qu’on va lui voler de plus en plus difficilement, car , il est devenu le centre de toutes les convoitises…à cause de son sous sol, il reçoit les faveurs des grandes puissances à coups de prêts, de ventes de matériels militaires, de promesses d’investissements en  infrastructure (routes aérodromes). Chaque pays doit choisir entre les deux grands corrupteurs maîtres du monde: Moscou ou Washington, ou les deux, ce que l’Afghanistan fait en premier en inventant un mot, le « bi-tarafi » qui signifie le « sans parti pris ». Tous à leur manière font ce chantage, même le shah qui pourtant traque les communistes.. Les USA misent tout sur le shah, c’est le mauvais cheval.  Avec l’arrivée de Khomeini, ils ont perdu et il faut maintenant payer la facture, elle sera lourde.

  • Il y eut des putschs, comme celui d’ Irak en 68, qui conduisit à un traité d’amitié avec l’URSS pour 15 ans. L’Inde, grand acheteur d’armes russes (75% de ses équipements) signa aussi en 71 un traité de paix et d’amitié pour 25 ans. 
  • Un mouvement de hausse en chaîne des prix du pétrole, ..le « début de l’avalanche» se mit en marche avec la nationalisation de l’industrie pétrolière irakienne par Saddam Hussein en 1972,  ( « l’âge de la domination et de l’exploitation pétrolière avait pris fin »), il continua avec la politique brutale de Kadhafi en Libye, et le prix pétrole est multiplié par 4 en 3 ans. On assista à une mutation sismique chez les producteurs selon les paroles pétroliers, …les états producteurs étaient devenus riches,…avec des revenus multipliés par 30 ou 50 en 5-8 ans. Le Moyen Orient était passé du temps des caravanes qui passaient, au stade de spectateur qui regardait le pillage de ses ressources, au stade de fournisseur indispensable de « l’énergie du pétrole », et finalement au stade de l’enrichissement à partir d’un pétrole devenu la drogue du monde moderne. Les revenus collectifs des pays pétroliers étaient passés de  23  à 140 milliards $ en 5 ans…
  • Le seul point de convergence politique des leaders arabes était l’alliance contre Israël, qui aboutit finalement à la guerre de Yom Kippur. Pour la 1ère fois, les pays arabes agissaient ensemble, Israel gagna , mais le prix du pétrole tripla du jour au lendemain la fragilité de l’Occident s’était révélée au grand jour, ce qui entraîna des investissements élevés dans les recherches d’autres énergies et dans l’exploration des ressources sous les mers (Mer du Nord, Mexique). Ce qui n’était pas rentable hier le devenait désormais.
  • Il y a 1000 ans, on avait expédié des esclaves pour mieux payer les articles envoyés dans l’autre sens, maintenant on allait leur vendre jusqu’à des armes et du nucléaire pour récupérer les ressources qu’ils avaient retirées de leur pétrole! C’était d’autant plus facile que les démocraties pluralistes étaient rapidement devenues des petites oligarchies. Mais les armes et le nucléaire allaient devenir des outils  dangereux dans des pays instables et en permanence au bord de la rupture.
  • Le Moyen Orient recevait la moitié des ventes d’armes du monde dans les années 70, . (les achats de l’Iran s’accélérèrent, comme en Irak qui y consacrait 40% de son budget). Et si les Américains sont si durs avec l’Iran pour le nucléaire en 2013 ( – un gaspillage des ressources selon Kissinger- ) on a oublié que l’acquisition du nucléaire iranien  était activement promue et imposée par les superpuissances du temps du shah,  quand le même Kissinger considérait l’Iran comme un pôle de stabilité et le shah comme “un homme aux talents et au savoir extraordinaires », alors que pour tout le monde, sauf pour les Américains, c’était un mégalomane instable et imprévisible.
  • L’Iran rentra alors dans la course du nucléaire avec le soutien actif des USA et de l’Occident. En 1974, les USA vendirent deux réacteurs et de l’uranium enrichi pour un contrat étendu à 15 milliards $ pour acheter huit réacteurs nucléaires au prix de 6,4 milliards$ . L’année suivante, il y a un accord pour établir la chaine complète, y compris l’extraction de plutonium, …En 1975 on débute de la construction de deux réacteurs pressurisés à Boucehr sur le Golfe, puis l’ Allemagne, la France avec Fromatome et Brown Boveri, lui vendirent huit réacteurs… Selon la CIA à cette époque, on disait que l’Iran aurait les armes atomiques au milieu des années 80, et cela ne gênait personne.
  • L’Irak fit de même avec les Soviétiques , puis les Français, le Canada et l’ Italie (pour pouvoir produire 8 kg par an d’uranium irradié..) entreprirent la construction d’un le réacteur dit de recherche, appelé Osiris.
  • Israel fait la même chose course au nucléaire, avec l’aide française et .. avec succès puisqu’en octobre 73, Israel avait déjà 13 engins nucléaires.
  • Pakistan fit de même, et le pays que l’Occident qualifiait de pays arriéré prouva qu’il pouvait avoir se doter d’armes nucléaires.…
  • En Décembre 77, J. Carter visita l’Iran pour la Saint Silvestre, il qualifia le pays « d’un ilot de stabilité dans l’une des régions les plus troublées du monde » et il ajouta que tout cela était dû à la grande autorité du shah ». Khomeini, exilé, avait un programme en 4 points : (i) usage du droit islamique, (ii) suppression des lois injustes, (iii) éradication de la corruption, (iv) fin de l’immixtion étrangère en Iran.., c’était simple et populaire, il gagna la bataille des ondes et de la rue, le shah, tout naturellement s’enfuit 15 jours après l’arrivée de Carter à Téhéran. Le pion « Iran » était tombé!.
  1. La Route vers la Catastrophe

La politique menée par les USA vis à vis de l’Iran, l’Irak et l’Afghanistan est une suite d’opérations incohérentes avec un seul point commun « corruption, mensonge et trahison ».  L’objectif est de  trouver un équilibre durable sauvegardant le contrôle des ressources par les USA, ce qui est  impossible dans une région dominée par les militaires – qui ont beaucoup de moyens (voir la partie précédente) -, par les religieux, qui ont un certaine tradition d’autorité sur le peuple,  et par les commerçants. L’Armée, Dieu, et le Bazar constituent les 3 ingrédients de la « route vers la catastrophe », avec en toile de fond,  la lutte d’influence des USA pour chasser les communistes loin de cette région. La guerre Iran Irak sera une succession de trahisons des USA, avec une étonnante période d’association entre « Israel » et l’« Iran ». « Israel est le meilleur ami de l’Iran et nous n’avons pas l’intention de changer de position » (Y Rabin).

  • Comment contenir un Iran qui échappait au contrôle de la puissance dominante de la région pour des raisons idéologiques et théologiques, tel était le problème posé par l’arrivée de Khomeini au pouvoir à Téhéran? en l’amadouant – difficile après l’appui apporté au shah-, en le menaçant directement avec un embargo pétrolier ou avec une invasion militaire (Carter déclara en janvier 1980: « …un assaut contre les intérêts vitaux des USA sera repoussé par tout moyen nécessaire, y compris la force militaire ») – ce dont se moquait Khomeini-,  en le provoquant ou en attisant une guerre avec ses voisins que l’on avait excessivement armés.
  • La prise d’otages de l’ambassade américaine montra l’étendue des écarts de raisonnement entre les USA et l’ Iran. Prendre une Ambassade (et surtout ses secrets qui étaient nombreux) était un acte inimaginable pour des anglo-saxons.il y eut l’échec des négociations par l’humanitaire et la pitié; le facteur « temps, durée » n’a pas le même sens en Iran qu’en USA. Il y eut l’échec de la libération par les armes. Finalement la bonne vieille diplomatie secrète du marchandage réussit là où tous les autres avaient échoué.
  • Il fallait aussi payer la grosse facture d’une opération qui avait si mal tourné, à commencer par les annulations de commandes passées par l’Iran (contrats d’aciéries, d’armements américains). Les seules pertes des commandes des sociétés françaises et allemandes et US (hors armements) étaient évaluées à 330 milliards$ , et sans compter les pertes des installations américaines des surveillances de l’URSS (bientôt remplacées par des postes rétablis en Afghanistan et jusque dans le Xinjiang en Chine…)
  • L’Afghanistan fut le nouveau théâtre d’affrontement entre Américains et Soviétiques avec l’entrée de troupes soviétiques en décembre 1979, une décision difficile à prendre par un Politbureau vieillissant pour intervenir dans un pays difficile à comprendre, en guerres intestines permanentes… sauf en cas de l’existence d’un ennemi commun, successivement les Anglais, les Russes et finalement les Américains. Tous les moyens furent utilisés pour expulser les Soviétiques de l’Afghanistan, y compris d’armer des individus peu fiables qui se retourneront à la première occasion contre les USA, et continueront la lutte idéologique qu’ils n’avaient jamais cessé de faire.
  • On continua d’aider le Pakistan dans son programme d’armement nucléaire, le régime politique importait peu, seul l’ennemi soviétique comptait. Même la Chine, rentrée dans le jeu anti-soviétique , encourageait les minorités ouighours musulmanes à prendre langue avec les moudjahidins.
  • Iran Irak. L’origine de la guerre fut confuse, Saddam, déstabilisé par la prise de pouvoir des ayatollahs et obsédé par Israel, pensait qu’une attaque contre Israel par les Arabes conduirait à un anéantissement immédiat de l’Irak en premier. Il fallait donc d’abord se débarrasser le l’Iran et prendre la tête du peuple arabe dans sa guerre contre Israel, qu’il considérait comme l’allié objectif de l’Iran!.
  • L’attaque de l’Iran par l’Irak créa un enchaînement d’actions imprévues
    • Une alliance objective entre Iran et Israel, car il fallait détruire la nuisance potentielle d’un dirigeant irakien irrationnel, qui avait son réacteur Osiris. Les Iraniens dans une première vague puis les Israéliens se chargèrent de détruire le réacteur irakien. Israel fournit les pièces détachées pour le matériel de guerre de l’Iran, sous embargo américain avec la chute du shah.
    • l’Iran au départ en mauvaise posture, gagnait progressivement cette guerre devant un Irak, lui aussi sous embargo pour son matériel de guerre soviétique, et en été 82 Weinberg, ministre de la défense US déclarait: « l’Iran est une menace majeure pour lestais du Moyen Orient. .. dirigé par une bande de fous..»
    • Les stratèges américains décidèrent alors de miser sur Saddam à qui ils vendirent des armes à profusion, y compris chimiques, même s’ils constataient qu’elles étaient utilisées sur des cibles militaires et civiles-. On lui  attribua en plus des crédits de développement pour moraliser les actions politiques.
    • En 1989, tout semblait aller très bien, les Russes quittaient l’Afghanistan, l’Iran était déclaré « état parrainant le terrorisme », et Khomeini malade ne représentait plus de menace. L’Iran était demandeur de matériel de rechange pour son armement (le marché noir ne suffisait plus), et on découvrait qu’il y avait une conjonction naturelle d’intérêts entre les USA et l’Iran, car « l’idéologie soviétique s’opposait frontalement à celle de l’Iran ». Les USA, en violation avec leur propre embargo, envoyèrent  des armes à l’Iran, secrètement d’abord, puis officiellement via Israel. « Israel est le meilleur ami de l’Iran et nous n’avons pas l’intention de changer de position » (Y Rabin), enfin par une voie encore plus trouble pour financer les « contras », autres combattants de la liberté,  en guerre contre les communistes au Nicaragua,.
    • Fin 86, une partie du scandale apparut dans la presse, avec la liste des actions illégales: violation d’embargo, guerre illégale aux USA, ventes d’armes chimiques, mensonges de l’exécutif américain au Congrès.. et enfin un Saddam qui découvrit que son allié Américain vendait en secret des armes à son ennemi iranien…
    • Les USA essayèrent de recoller les morceaux avec un Saddam incrédule, jusqu’à sa réunion avec l’ambassadrice américaine le 25 juillet 90, Madame April Glaspie, qui lui déclara « nous n’avons pas d’opinions sur vos conflits entre Arabes, donc votre différent avec le Koweit. Le secrétaire Baker m’a enjoint de souligner l’instruction, en son temps donnée à l’Irak dans les années 1960, que la question du Koweit ne regarde pas l’Amérique ». C’était donner un feu vert pour l’invasion du Koweit et la première guerre d’Irak.
  1. La Route de la Tragédie

Le contexte mondial a changé avec la chute du mur de Berlin et la désintégration de l’URSS, et les Américains de dire: « Par la grâce Dieu, l’Amérique a gagné la guerre froide » , « l’Ouest a gagné ». L’objectif est maintenant de contrôler le coeur de l’Asie de manière approfondie et décisive car la sécurité des USA en relève. Pour cela, il faut changer les régimes de l’Afghanistan, de l’Irak et de l’Iran, pour y établir des pouvoirs choisis et contrôlés directement par des USA.. Deux guerres interminables se succèdent en Afghanistan et en Irak, pour un coût estimé à $ 6.000 milliards, ou $ 75.000 par foyer américain, et sans résultat probant. Pour compléter la route de la tragédie, les USA se battent pour que l’Iran renonce à un programme nucléaire établi sur les bases d’une technologie vendue par eux mêmes dans les années 70 à un régime despotique intolérant corrompu

  • Saddam Hussein avait été perçu comme un homme intelligent et providentiel par les Anglais, un « de Gaulle » arabe par les Français. Le piège du Koweit dans lequel il tomba déclencha une suite de réactions en chaîne aussi imprévisibles qu’incontrôlées.
  • Pour Saddam Hussein, l’invasion du Koweit était une réaction d’auto-défense suite au scandale des contras et de sa trahison par les USA, son allié. Pour les Etats Unis, c’était un casus belli justifiant le « regime change ». En 6 semaines, l’armée irakienne fut écrasée, Saddam avait été épargné, faute de lui avoir trouvé à temps un remplaçant fiable, et voulant sauver la face de la croisade des peuples arabes sous le parapluie des Américains, même si,  en même temps, J.W Bush approuvait un plan visant à créer les conditions pour évincer du pouvoir avec plus de 100 millions $ d’opérations clandestines.
  • Durant les 10 ans suivant la guerre du Koweit, les USA menèrent une politique ambitieuse et ambiguë, d’abord conduisant l’Irak à la famine, où le cynisme explosa avec cette déclaration de Mme. Albright au sujet des enfants irakiens plus nombreux à mourir que ceux à Hiroshima « je crois que c’est un choix difficile, mais malgré tout, nous pensons qu’il fallait le faire ».
  • La sortie de l’URSS de l’Afghanistan n’amenait pas la paix, loin de là et un homme formé par les USA dans les « freedom fighters » apparut sur la scène internationale, Ben Laden. Différents centres d’intérêts américains furent attaqués dans le monde, en réponse les USA bombardèrent de ci de là, et exigèrent la livraison de Ben Laden des 1998…La chasse à Ben Laden provoqua des bombardements multiples de l’Afghanistan devant le refus des Talibans à le leur livrer. Le 11 septembre 2001 un spectaculaire attentat des tours jumelles causa la mort de 3.000 personnes à New-York.
  • Les conséquence furent innombrables dans tous les domaines, en particulier dans le déclenchements de guerres qui allaient se révéler ruineuses, sanglantes et avec des conséquences dramatiques sur la morale et les libertés individuelles.
  • Il fallait achever l’Irak, un pays et un régime qui n’avait rien à voir avec cette affaire. Trouver un prétexte d’intervention pour démettre Saddam Hussein dans la légalité ne fut pas chose aisée, car il n’y avait pas de motif. On dut l’inventer de toutes pièces comme les déclarations du Secrétaire d’Etat C. Powell mentant à l’ONU à la face du monde, ou les armes de destruction massives imaginaires de Saddam. L’image de la première puissance mondiale n’en sortit pas grandie. La guerre arriva, le pays fut détruit, avec ces conclusions d’experts américains :«aucun souci, l’Irak a suffisant de fonds pour se reconstruire ». On fit de même en Afghanistan, plus cher encore et sans plus de résultat…
  • Pour compléter la route de la tragédie, les USA continuent à se battre pour que l’Iran renonce à un programme nucléaire établi sur les bases d’une technologie vendue par eux mêmes dans les années 70 à un régime despotique intolérant corrompu.
  • La route vers les catastrophes se termine en tragédie…
  1. Conclusion: La nouvelle Route de la Soie

La constance de l’Occident (des USA) dans les dernières décennies a été le manque de perspective sur l’histoire mondiale. Nous assistons aux douleurs de l’enfantement d’une contrée qui a jadis dominé le paysage intellectuel, culturel et économique et qui est en train de réémerger. Nous voyons les signes du retour du centre de gravité mondial à l’endroit où il s’est trouvé durant des millénaires. Ce nombril du monde possède tout:  histoire, culture, ressources de son sol et de son sous-sol. Il a mis des milliers d’années pour naître et s’épanouir, 200 ans pour absorber les ressources dégagées du pillage des ressources américaines, il a été déstabilisé par la découverte du pétrole que les grandes puissances souhaitaient contrôler, il est en train de se réapproprier les ressources de son sol et de son sous-sol. La nouvelle route de la soie prônée par la Chine est une source d’espoir car commerce et civilisation ne s’épanouissent que dans la paix et la stabilité.

Maurice Rossin, Asie21

[1] « Unthinkable », nom de code de l’opération militaire anglo-américaine décidée par Churchill, consistant à envahir l’URSS en juin 1945, avec la participation de troupes allemandes défaites et récupérées. L’objectif était de prendre Moscou et renverser Staline et le communisme. L’opération fut annulée quelques jours avant son lancement, car Staline, probablement informé avait pris des dispositions pour s’y opposer.