Asie du Sud-Est : élections majeures à venir

Asie du Sud-Est : le contexte des élections 2014, 2014 et 2016

Éléments documentaires, Rémi Perelman, Asie21

 

NB. Ces éléments documentaires sont datés de l’été 2013.

Rappel : les élections dans l’ASEAN au cours des prochaines années :

2013 Cambodge élections législatives juillet
2014 Indonésie élections législatives,

élection présidentielle

avril

juillet

2015 Birmanie

Thaïlande

élections législatives

élections générales

 

juillet

2016 Philippines

Laos

Vietnam

élections présidentielles

élections législatives

élections législatives

mai

 

mai

2017 Singapour élection présidentielle août
2018 Malaisie élections législatives  

Pour mémoire : Brunei (monarchie héréditaire ; absence d’élections).

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Trois facteurs : corruption, armée, religion

À l’exception de la Corée du Nord, l’Asie s’est engagée, Birmanie comprise depuis 2012, dans une voie favorable à l’installation de la démocratie. Comme le disait le philosophe Claude Lefort, cité par J. Birnbaum (Le Monde du 29/08/2013), la démocratie ce n’est pas d’abord le règne de la majorité, c’est le respect du pluralisme et de l’Etat de droit. Sans en mépriser les attributs traditionnels (suffrage universel, séparation des pouvoirs, liberté…), affichés mais souvent formels, cet article s’en tiendra à trois facteurs du contexte qui conditionnent largement la réalité de la démocratie dans ces pays : la corruption, l’armée et la religion (une analyse plus fine devrait y ajouter le rôle des intellectuels). Ce sont des tendances lourdes qu’il est utile d’avoir à l’esprit lorsque l’événement électoral survient avec son cortège de sondages, de commentaires partisans ou non, de détails personnels à propos des candidats, d’incidents de campagne, etc.

Trois pays du sud-est asiatique sont examinés au regard de chacun ces facteurs : l’Indonésie, la Thaïlande et les Philippines. En 2013, ils pèsent à eux seuls plus des deuxtiers (68 %) de l’ASEAN, tant en nombre d’habitants qu’en poids économique.

Chacun de ces pays se distingue par une religion majoritaire qui en fonde l’identité. La Thaïlande est bouddhiste à 95 %, l’Indonésie, musulmane (sunnite) à 87 % et les Philippines, chrétienne à 94 % (dont 86 % sont catholiques romains).

Dans chacun de ces pays, l’armée tient une grande place

En Indonésie, c’est elle qui a combattu pour l’indépendance du pays, aujourd’hui pour son unité et son intégrité territoriale ; elle en conserve un prestige que des exactions manifestes (Timor-Est) n’ont pas entamée. En Thaïlande, proche du Palais, elle est la gardienne de l’identité thaïe et ses coups d’État écartent du pouvoir les gouvernements qui à ses yeux, risqueraient de la corrompre. Venue à bout de la guérilla communiste du nord (1965-1982) elle peine à pacifier le sud musulman. Aux Philippines, elle constitue la garde prétorienne des familles au pouvoir et combat les irrédentistes, épaulée par des milices locales souvent chargées des basses œuvres des dirigeants locaux.

Ces trois pays connaissent une forte corruption, à tous les niveaux de l’autorité (voir notamment http://www.alterasia.org/rub/politique/corruption/). L’achat de votes dans ces trois pays a des causes institutionnelles. La faiblesse des partis politiques et, le cas échéant, comme jusqu’à récemment en Thaïlande, l’existence de districts comptant plusieurs représentants, ont fait du système électoral de chacun de ces pays un système axé sur le candidat. Il en est résulté que les candidats (et leurs intercesseurs ou partisans) ont de très bonnes raisons de se bâtir des réseaux de soutien personnalisés. Les principaux acteurs de la mise en place de ces réseaux sont les « courtiers électoraux », connus sous le nom dehuakhanaen (chefs de scrutin) en Thaïlande et de liders aux Philippines. Pour bâtir des réseaux personnels et dans la lignée des traditions d’échange de cadeaux et de bons procédés, la distribution d’argent et de biens matériels est privilégiée. En tant que tel, l’achat de votes est souvent moins un contrat explicite (comme le suggère à tort le terme « achat ») qu’une forme d’échange de cadeaux ayant pour but de montrer la compassion, la bonne volonté ou le respect d’un candidat.

Coalitions. Dans ces trois pays, les gouvernements sont constitués sur la base d’alliances, l’éparpillement des partis provenant à la multiplicité des personnalités désireuses d’accéder au pouvoir, chaque parti étant plus le regroupement de plusieurs écuries électorales (le klum thaïlandais) aux intérêts convergents qu’un ensemble durable de personnes partageant une idéologie politique et des intérêts communs. Rares sont les partis qui ont une longue histoire comme le Parti libéral philippin, créé en 1945, le Parti démocrate thaïlandais en 1946, ou le Golkar indonésien, en 1964.

INDONÉSIE

1- Contexte électoral actuel

Qui donc, en juillet 2014, succèdera au président Yudhoyono « SBY » (Parti démocrate) à l’issue de son second et dernier mandat ? Aucun des candidats n’a la stature voulue pour rassembler massivement les électeurs dès le premier tour. Mais selon les sondages répétés, le favori serait Prabowo Subianto. Candidat social et national, cet ancien général ex-gendre de Suharto représente une Indonésie forte. Un ticketest évoqué avec le populaire gouverneur de Jakarta, Joko Widodo, l’ « Obama indonésien » qui se verrait promu aux prochaines présidentielles de 2019.

L’Indonésie a mené l’une des transitions les plus remarquables de l’autocratie à la démocratie. L’aide technique australienne est à l’œuvre pour chaque élection depuis 1999 (scrutins de 1999, 2004 and 2009) en vue de donner sa crédibilité au processus électorale et éviter les contestations comme les troubles potentiels qui en résulteraient. Le vote électronique sera utilisé pour la première fois pour les prochaines législatives, prévues en avril 2014, et 3 mois après, pour la présidentielle (suffrage universel direct depuis 2004). Seront en lice 12 partis, liste encore provisoire, mais fermée le 22 août 2013 (24 en 2004 et 38 en 2009). Qui donc succèdera au président Yudhoyono (Parti démocrate) à l’issue de son second et dernier mandat ? Prabowo Subianto ? À en croire les 23 sondages menés d’octobre 2011 à mars 2013, vient 13 fois en premier, 9 fois en second et une fois seulement en troisième position. À 62 ans, l’ancien général (gage de fermeté, de droiture, d’autorité), fils d’un ministre de l’économie de Suharto et ex-gendre de celui-ci, petit-fils du fondateur de la Banque nationale d’Indonésie, javanais (60 % des électeurs le sont), fondateur du Mouvement pour une grande Indonésie (Gerakan Indonesia Raya ou Gerindra ; 15 millions d’adhérents, 26 sièges au parlement), représente une Indonésie forte et s’affirmant comme une puissance régionale. Président de l’Union des Fermiers Indonésiens, il a créé et développé des liens avec des personnalités de haut niveau du monde entier. Sa femme est aussi influente que lui dans le monde économique et des affaires. Le candidat Prabowo est à la fois social et national, défendant les intérêts du peuple indonésien dans son ensemble, avec une attention pour les plus démunis d’entre eux, défendant aussi le patriotisme, le nationalisme même, l’intégrité du territoire et la stabilité (stabil, une notion fondamentale dans le pays). On lui reproche des exactions commises au Timor et dans la répression des émeutes de Jakarta en 1998, lorsqu’il commandait le Kostrad (armée stratégique et de réserve) et le Kopassus (services spéciaux de l’armée). Un Prabowo-Joko ticket est évoqué : Joko Widodo, « Joko », 52 ans, issu d’un milieu modeste, ayant vécu de petits métiers puis, après ses études, technicien du bois et ingénieur forestier, ce populaire gouverneur de Jakarta (2012-2017), après avoir été maire de Surakarta, passait pour être le « candidat idéal » et challenger de Prabowo. Il pourrait bien être son colistier. Selon un accord entre le PDI-P de Jokowi et le Gerindra, celui-ci assurerait la promotion de Joko pour la présidentielle de 2019.

Partis concurrents : le Golkar (ancien parti de gouvernement mis en place par l’armée sous Suharto en 1964, comme mouvement destiné à contrer l’influence des partis), le Partai Demokrat (du président Yudhoyono) et le PDI-P (de l’ancienne présidente Megawati Sukarnoputri « Bu Mega » – sœur du premier président du pays, Sukarno.

Selon un sondage, les Indonésiens perçoivent leur pays comme démocratique ; 90% croient que la population est libre de dire sans peur ce qu’elle veut, 85% croient les élections précédentes libres et justes, 93% des répondants disent avoir voté. Malgré des problèmes (inexpérience du personnel électoral, mauvais envoi d’urnes d’une région à une autre, liste d’électeurs incomplètes ou incluant des personnes décédées), les élections de 2009 se sont déroulées dans l’ordre, la montée du Parti démocrate a été confirmée, conduisant à la réélection de Yudhoyono. Les électeurs lui manifestant ainsi leur confiance pour réduire la corruption, promesse de son mandat de 2004. Toutefois, des faiblesses ont été relevées : exactions policières en Papouasie, restrictions à la liberté d’expression, de réunion et d’association, manquements aux libertés civiles dans la province de Aceh, majoritairement musulmane et conservatrice, où la charia est instaurée (deux lois, appliquées abusivement, contreviennent aux dispositions de la Constitution : une sur le droit vestimentaire, qui porte atteinte surtout aux femmes, et celle sur la ”proximité intime”, qui dicte les codes de conduites que doivent avoir les gens non mariés de sexe opposé). Plus grave moralement, des membres du Parti démocrate ont été convaincus de corruption.

Le successeur de SBY bénéficiera d’une situation globalement bonne : croissance moyenne supérieure à 6%, chômage en recul, relative stabilité politique. (60 % de Javanais). Le choix des électeurs se fait sur la popularité, le physique ou la capacités de divertissement des candidats, les partis n’étant que de simples machines électorales, sans véritable assise populaire et rémunérer les électeurs est traditionnel depuis Suharto, pratique qui s’est maintenue après l’avènement de la démocratie en 1998. Cependant, la campagne à venir pourrait leur donner plus de place, pour deux raisons : 1) aucun des candidats potentiels n’a la stature voulue pour rassembler massivement les électeurs dès le premier tour ; 2) depuis 2009, seuls les partis ou coalitions ayant obtenu au moins 112 des 560 sièges de la Chambre des représentants (ou 25 % des suffrages valables) peuvent désigner un candidat à l’élection présidentielle.

Dans un système monocaméral, lors des dernières élections en 2009 (taux de participation : 71 %), trois partis recueillaient la moitié des voix :

Parti démocrate (20,85 % des voix, 148 sièges,

Golkar, parti de gouvernement mis en place par l’armée (14,45 %, 108),

Parti démocrate en lutte, PDI-P (14,03 %, 93),

Les partis islamiques (comme le Parti pour la prospérité et la justice, P.K.S., 4e des grands partis, qui a récemment perdu le soutien populaire – difficilement acquis – à la suite de scandales de mœurs et pots de vin) n’enregistrant que 24,15 % des suffrages, leur plus mauvais score dans l’histoire du pays : l’islam indonésien est orphelin d’un État islamique. Bien que musulman, Soekarno insistait sur le fait que l’islam, religion de la majorité des habitants, ne saurait être le fondement de l’Indonésie indépendante.

Le parlement compte 16 partis, dont deux seulement possèdent plus de 20 % du nombre total de sièges. Grâce à un nouveau système de vote partiellement ouvert, la responsabilité des élus vis-à-vis de leurs électeurs s’est quelque peu améliorée. Il n’en demeure pas moins que la plupart des partis gravitent autour de puissants fondateurs ou présidents, qui tendent à influer sur le cap pris par leur parti. Au sein de la plupart des formations, la démocratie interne reste confrontée à d’importants défis. Si la majorité des partis politiques se déclarent islamiques, seul un petit nombre d’entre eux recherchent ouvertement la constitution d’un État islamique.

Les formations dotées d’un programme expressément sectaire ou extrémiste ne parviennent pas à attirer l’électeur et demeurent résolument marginales. Dès lors, le monde politique traditionnel reste largement constitué de partis à vocation islamique modérée ou de partis nationalistes laïques. On peut toutefois observer d’inquiétantes tendances à l’intolérance religieuse et à la discrimination entre les sexes dans plusieurs provinces et districts. Pour l’essentiel, ces tendances sont alimentées par des groupes de taille modeste mais très bruyants, qui, faisant fi du caractère multiconfessionnel et tolérant de l’État inscrit dans la constitution, favorisent l’extrémisme religieux.

2- Corruption

 Contexte général. En matière de corruption, l’Indonésie occupait en 2007 le 143e rang mondial dans le classement annuel de Transparency International, passant au 110e rang en 2011, mais replongeant au 118e rang en 2012. Un progrès net sur le long terme, hésitant sur le court. Les scandales liés à la corruption se sont ainsi multipliés. Partie intégrante de leur fonction et amplifiée au cours des dernières décennies, la corruption concerne le plus souvent des fonctionnaires locaux mais aussi des hauts dirigeants, le plus souvent accusés de détournements de fonds public (en 20 ans de présidence, M. Suharto aurait amassé entre 15 et 35 milliards de dollars).

Si la démocratisation de la vie politique a permis à la presse de dénoncer les scandales et la mobilisation de la société civile (presse, Internet, étudiants, responsables et intellectuels ou religieux comme comme Ahmad Syafi’i Maarif), le phénomène, aggravé par la décentralisation, ne s’est pas affaibli.

Si, entre 2004 et 2007, et après 500 cas traités, seuls des fonctionnaires de seconde zone ont été inquiétés, voire condamnés, en revanche depuis le début du second mandat présidentiel, début 2008, les hauts fonctionnaires ont été visés à leur tour. Pour nombre de fonctionnaires indonésiens, de tout échelon d’ailleurs, la corruption fait simplement partie intégrante de leur fonction, et il est rare d’entendre des regrets ou des excuses dans la bouche des condamnés. Les textes destinés à donner plus de transparence aux appels d’offres concernant le BTP et l’achat de biens et services destinés aux administrations n’ont modifié que la forme mais non les pratiques (voir http://www.alterasia.org/rub/politique/corruption/).

Corruption et élections. Les élections sont libres et loyales, mais la compétition n’est ni l’une ni l’autre. Faire campagne dans ce pays-archipel aux distances gigantesques, où rémunérer les électeurs est traditionnel, coûte cher. Le respect des lois sur le financement des campagnes électorales ne permet de réunir qu’environ 15 % des sommes requises, les candidats ont donc recours à l’argent de la corruption, le plus souvent dans le cadre d’appels d’offres lancés par des ministères “sous contrôle” des partis. Ceux-ci se consacrent d’ailleurs davantage à la recherche de ressources qu’à la représentation de leur circonscription ou à l’élaboration d’un programme.

Heurs et malheurs du président Yudhoyono. Si le président Yudhoyono s’était appuyé en 2004 sur le KPK, la commission anti-corruption, indépendante et respectée, pour donner corps au programme sur lequel il a été élu puis réélu en 2009, des accusations de corruptionprésumée dans son entourage même, portées par des médias américains et australiens, ont contribué à la chute de sa popularité. Les faits ayant été avérés, ils ont entrainé la condamnation de l’ancien trésorier du parti actuellement au pouvoir, Muhammad Nazaruddin, à quatre ans et dix mois de prison. Le scandale a considérablement affaibli le Parti Démocrate, l’un des plus puissants partis politiques en Indonésie.

3- Armée

Depuis la période révolutionnaire (1945-49) l’armée continue à se percevoir comme une force unificatrice centrale, légitimée par le rôle qu’elle a longtemps joué au sommet de l’État. Dotée d’une solide structure idéologique et garante de l’unité nationale et de l’intégrité territoriale, elle assure mieux que les institutions civiles le contrôle la diversité de la société dans cet immense archipel. La démocratisation de la vie politique a été marquée par la réforme de l’armée, engagée depuis 2002 (suppression des sièges réservés aux militaires au parlement, maintien de l’ordre remis à la police, profond renouvellement de l’état-major). Mais dans la réalité, les changements se font attendre. En politique, les anciens militaires restent des valeurs sûres, l’armée et la police cherchent à assurer leur pouvoir par tous les moyens, défendant leurs intérêts (le business) via des gangs à leurs mains. La guerre que ceux-ci se livrent a connu une recrudescence, notamment à Jakarta, fin 2011-début 2012.

4- Religion

87,2 % des Indonésiens sont musulmans sunnites (7 millions de musulmans indonésiens sont chiites, considérés comme hérétiques ; tensions avec les sunnites) 10 % sont chrétiens (7 % protestants, 2,9 % catholiques, orthodoxes), 1,7 % hindouistes, 1,3 % autres, incluant le bouddhisme et le judaïsme. Le gouvernement indonésien ne reconnaît que six religions officielles : l’islam, le protestantisme, le catholicisme, l’hindouisme et le confucianisme. De ce fait, les Indonésiens sont obligés d’en choisir une pour remplir leur formulaire de demande de carte d’identité.

Il est important de souligner que l’Indonésie participe activement à l’Organisation de la coopération islamique (O.C.I.), où elle cherche à défendre et illustrer le modèle musulman asiatique avec un grand esprit de tolérance. L’islam indonésien est plus syncrétique que dans le monde arabe car il intègre de nombreuses coutumes (adat) préexistantes à une islamisation relativement récente (XVe, XVIe siècles) de Sumatra et de Java.

« L’islam indonésien est orphelin d’un État islamique ». Bien que musulman, Soekarno insistait sur le fait que l’islam, religion majoritaire (87 %), ne saurait être le fondement de l’Indonésie indépendante. L’article 29 de la Constitution de 1945 dispose que l’État garantit à chacun la liberté de choisir sa propre religion. En août 2001, des manifestants ont réclamé sans succès l’inscription du droit musulman dans le texte de la Constitution. Comme déjà dit, lors des élections de 2009 les partis islamiques ont enregistré  leur plus mauvais score dans l’histoire du pays. La charia est cantonnée à la sphère privée, sauf dans la province d’Aceh, Sumatra, où sa semi-autonomie offerte en 2001 par le gouvernement central de Jakarta pour apaiser les revendications séparatistes l’autorise à l’appliquer partiellement.  Pour autant, devant la montée de la revendication islamiste et face à un certain désordre, il a fallu fonder des instances judiciaires islamiques d’État compétentes en droit matrimonial et, de fait, intégrer la norme islamique à l’ordre juridique interne.

Dans la réalité quotidienne, en Indonésie les groupes religieux minoritaires – notamment les communautés chrétienne, chiite et ahmadie (mouvement réformiste musulman messianiste et syncrétiste fondé à la fin du XIXe siècle au Penjab et déclaré non-musulman par l’Organisation de la conférence islamique) – sont toujours victimes de harcèlement, voire de péersécution.

Depuis la chute de Suharto en 1998, un certain nombre de mouvements se réclamant d’un islam radical ont vu le jour. Plutôt brimé sous le régime de l’Ordre Nouveau suhartien, ils ont profité du processus de démocratisation entamé dans le pays pour avancer au grand jour et développer leurs thèses. Ainsi a-t-on pu voir fleurir un très grand nombre de groupuscules, dont trois d’entre eux méritent d’être cités.

1. Le Front des défenseurs de l’Islam, Front Pembela Islam, FPI. Crée en 1998, dirigé par Habib Rizieq Syihab, un indonésien d’origine arabe qui a étudié en Arabie Saoudite, le FPI est présentdans tout l’archipel indonésien. Ce mouvement, doté d’une branche para-militaire, le Laskar Pembela Islam, est très actif (raids contre les bars, les discothèques, les lieux de prostitution et de jeux d’argent à Jakarta et dans certaines grandes villes de Java, censure des médias). Sa ligne est celle de la pureté de l’islam, de la lutte contre le vice et de la mise en place d’un État islamique en Indonésie.

2. L’Union des étudiants musulmans indonésiens, KAMMI, créée en 1998. Très proche des Frères Musulmans, elle est présente sur la plupart des campus indonésiens. Dirigé par Fitra Asril, elle compte près de 50 000 membres. Sans mener d’actions violentes, elle diffuse des idées islamistes. Très réactive, elle est capable de lancer une manifestation rassemblant près d’un millier de personnes dès qu’un événement se présente. Elle bénéficie de relais dans le monde politique, notamment avec le Parti de la Justice (Partai Keadilan) et la personne d’Amien RAIS, Président de l’assemblée législative du peuple indonésien et chef de file du Parti du Mandat National (Partai Amanat Nasional).

3. Le Laskar Jihad, mouvement salafiste dirigé par Jaffar Umar Thalib, d’origine arabe et ancien d’Afghanistan. C’est le plus structuré et le plus violent des mouvements islamistes indonésiens. Son but est l’institution de la charia et la création d’un État islamique en Indonésie. Ce mouvement s’est illustré de manière sanglante contre des chrétiens des Moluques, entre 2000 et 2002 (entre 8 000 et 11 000 morts) sous le prétexte de lutter contre un mouvement sécessionniste moluquois, ce qui lui a permis de jouir de l’impunité sinon de la complaisance des autorités et de l’armée. Peu après les attentats de Bali et de Manado (organisés par la Jemaah Islamiyah, mouvement transnational, essentiellement composé d’individus venant de Malaisie et d’Indonésie, redoutant les foudres gouvernementales), le Laskar Jihad se sabordait, prétextant la sécurité retrouvée des musulmans moluquois. Cependant, certains de ses combattants sont entrés en clandestinité.

THAÏLANDE

1- Contexte électoral en voie de bipolarisation

Les dernières élections législatives se sont tenues en juillet 2011 à la suite à la dissolution, le 10 mai 2011, de la Chambre des représentants par décret royal. 47 millions de Thaïlandais étaient appelés aux urnes dans un pays où le vote est obligatoire. Elles ont vu s’opposer le Parti démocrate mené par Abhisit Vejjajiva (Premier ministre sortant) et le Pheu Thai (Parti pour les Thaï), dirigé depuis le 16 mai 2011 par Yingluck Shinawatrasœur cadette de l’ancien premier ministre Thaksin Shinawatra, renversé en 2006 et en exil depuis 2008. Directrice générale de la Shin Corporation, la branche téléphonie de l’empire financier de son frère, elle l’emporte par une majorité absolue des voix et obtient 265 sièges sur les 500 de la Chambre des représentants. Entrée en politique à 44 ans et seulement 2 mois avant ces élections, elle représente clairement le parti de son frère, ce dernier l’ayant d’ailleurs clairement désignée comme son clone. Elle a assis sa victoire sur les votes des campagnes contre celui des villes. Le Parti démocrate a reconnu sa défaite et l’armée a déclaré accepter le choix des urnes. Il n’empêche que les rapports entre la population et l’armée restent compliqués et déséquilibrés en Thaïlande.

Au Sénat (Upper House), le débat se poursuit à propos de la réforme de la constitution de 2007 (adoptée après le coup d’État de septembre 2006 et considérée comme rétrograde, renforçant le rôle et le pouvoir des militaires, des juges et des fonctionnaire et diminuant dans les mêmes proportion le pouvoir exécutif, mais approuvée, avec une majorité de 58,34 % et un taux de participation de 55 %), le gouvernement souhaitant que l’ensemble des sénateurs soit élus au scrutin direct (sur le 150 membres de cette assemblée, 76 le sont (1 par province) et74 nommés par la Commission de sélection des sénateurs, ce qui était le cas pour l’intégralité des sénateurs dans la constitution précédente) et que les épouses et enfants des membres de la Chambre des représentants soient éligibles au Sénat comme l’autorisait la constitution précédente, de 1997 (la première constitution un tant soit peu démocratique). Notons que les sénateurs ne doivent plus appartenir à un parti politique depuis au moins 5 ans. Le Sénat dispose d’un pouvoir de veto absolu face à toute réforme du cadre institutionnel fondamental (révision constitutionnelle ou adoption des lois organiques). Dans le domaine des lois ordinaires, il peut retarder l’adoption des textes pendant 180 jours.

L’opposition s’y est cristallisée dans le « Groupe des 40 sénateurs », formé en 2008 et considérés comme des ennemis par les partisans de Thaksin. Le sénateur Paibul Nititawan en assure la coordination. Le Groupe est opposé aux amendements proposés de la Constitution, craignant de disparaître si tous les sénateurs sont issus d’élections. On y estime que le rôle majeur du Sénat (jouer le contre-pouvoir nécessaire au jeu démocratique qui lui est dévolu), disparaîtra si les épouses et enfants des membres de la Chambre des représentants étaient éligibles, du fait d’une trop grande « consanguinité politique et socio-professionnelle ». Cette proposition de l’actuel gouvernement est poussée au nom de la démocratie sous l’angle suivant : tout le monde doit pouvoir se présenter aux élections et chaque sénateur doit être élu et non nommé, ne serait-ce que par une commission « indépendante ».

Le klum représente la véritable unité de base de la politique thaïlandaise. Le klum est créé par un leader, un général influent, le chef d’une riche famille, un potentat voire un parrain local, etc. Il a ses propres sources de financement, souvent un bulletin de liaison (ou un véritable média pour les plus riches). Son objectif est d’obtenir un ou plusieurs postes ministériels (sources d’influence et d’enrichissement). Il va s’associer à d’autres klum pour créer un parti, négocier son arrivée dans un parti existant, ou quitter un parti pour en rejoindre un autre au pouvoir ou susceptible d’y parvenir. Sur ce sujet, voir Jean Baffie, « Une « démocratie » entre populisme et défiance envers le peuple : La politique en Thaïlande depuis la Seconde Guerre mondiale »).

Les prochaines élections législatives prévues en mars 2014 se dérouleront dans le climat de précarité politique qui règne depuis le coup d’État de 2006. Après un interlude au pouvoir du Parti démocrate, PD, Yingluck Shinawatra (Pheu Thai, PT) est chef de gouvernement. Au vu de la santé chancelante d’un roi âgé, la succession au trône est grosse d’un risque de crise. L’affrontement larvé permanent entre les « chemises rouges », partisans de la famille Shinawatra et les  « chemises jaunes » fidèles au trône, crée un climat de tension et de grande incertitude. Dans ce contexte, la réélection du royaliste Sukhumbhand Paribatra, PD, comme gouverneur de Bangkok en mars 2013, avec un taux exceptionnel de participation de 62 %, contre 51 % en 2009, est significative d’un « effet de parti ». Sa parenté avec la famille royale lui a donné en fait un avantage extrinsèque, car ce politicien sans charisme et critiqué l’a emporté avec 46 % des voix, sur Pongsapat Pongcharoen (PT), que les sondages avaient pourtant donné gagnant à la suite d’une bonne campagne.

La campagne a commencé : celle des opposants à Thaksin se répand sur Facebook, tandis que les « meetings » de ses supporters s’organisent, notamment dans le nord du pays. Le 19 mai 2013, environ 20 000 manifestants « chemises rouges » ont commémoré dans le centre de Bangkok le troisième anniversaire de la répression militaire du 19 mai 2010.

Pour aborder les élections dans un climat apaisé, le gouvernement de Yingluck Shinawatra propose une amnistie générale pour toutes les personnes impliquées (anti et pro-Thaksin) dans des violences politiques depuis 2006.

Deux projets de loi ont été proposés dans ce sens :

1) celui que le vice-Premier ministre Chalerm Yubamrung a fait inscrire auprès du Bureau de la Chambre des représentants, projet baptisé « reconciliation bill », visant à absoudre Thaksin Shinawatra des délits qui l’enverraient pour deux ans en prison s’il rentrait dans son pays et à lui restituer une partie de ses avoirs gelés dans des banques locales depuis 2007 (l’ancien Premier ministre s’était en effet retrouvé plus pauvre d’un milliard d’euros, les juges ayant estimé qu’il avait illégalement conservé des parts dans le conglomérat de télécommunications Shin Corp alors qu’il dirigeait le gouvernement entre 2001 et 2006) ;

2) celui du député Worachai Hema, destinée à blanchir les responsables des deux camps sous le coup d’instructions judiciaires au titre des sanglantes manifestations de rue de 2010. Ces deux projets devraient être mis en discussion dès la rentrée de la prochaine session parlementaire, en août 2013.

Le but étant à la fois de tranquilliser l’armée et d’absoudre Thaksin Shinawatra, ce qui lui permettrait de revenir de son exil auquel il s’est astreint depuis 2008, quelques mois avant d’être condamné à deux ans de prison pour abus de pouvoir. Mais la seule évocation de cette éventualité fait problème, à la fois du côté des opposants du Parti démocrate, chez lesquels la simple restitution – en catimini durant les inondations de décembre 2011 – de son passeport avait provoqué un tollé, que de celui de nombreuses « chemises rouges», qui estiment que cet arrangement fait peu de cas du sacrifice des manifestants de 2010 (91 morts, plus de 2000 blessés) et exigent que non seulement le gouvernement de l’époque mais aussi les chefs militaires soient poursuivis pour leurs actions.

Ce dernier point embarrasse Yingluck Shinawatra, certes portée au pouvoir par les « chemises rouges », mais qui souhaite ménager ses relations avec l’armée pour s’y tenir dans une sorte de « paix armée ». Son gouvernement a déclaré qu’il ne poursuivrait pas au pénal les militaires pointés du doigt par plusieurs instructions judiciaires pour le massacre d’avril-mai 2010 destiné, après que l’état d’urgence ait été institué, à interrompre le mouvement de protestation des chemises rouges contre le gouvernement d’Abhisit Vejjajiva, dont la réputation reste entachée par les excès de la répression.

Le parti démocratene profite pas de la baisse de popularité du gouvernement. Un sondage ballon d’essai l’indique : l’idée d’une élection anticipée du leader du PD, Abhisit Vejjajiva, n’a pas reçu bon accueil : mené à la mi-mai 2013, il montre qu’à peine plus de 20 % des sondés y seraient favorables, 45 % y sont opposés, un tiers ne se prononcent pas, trouvant que la situation politique trop incertaine. Les jeux ne sont pas faits.

Y aurait-il passage d’un système de candidatures fondées sur la personnalité des candidats à celui basé sur les positions de partis politiques dont le nombre se réduit au fil des élections ? Pour l’instant, le fossé politique entre la capitale et le reste, globalement rural, du pays, demeure aussi béant qu’auparavant.

2- Corruption

La structure politique en Thaïlande est traditionnellement basée sur un réseau de relations de patronage. Cette relation intime entre le monde politique et celui des affaires amène certes une forte croissance économique, mais elle permet l’usage illicite d’argent dans le système politique, en bref, de la corruption. Le but de ce type de relation est de favoriser la victoire des politiciens en échange de faveurs ultérieures pour l’entreprise.

Après un quasi surplace, selon Transparency International, par rapport à 2003, lorsqu’elle occupait le 70e rang, la Thaïlande s’est retrouvée au 78e rang mondial en 2010, régressant au 80e en 2011 puis au 88e en 2012.

Constituant un sérieux frein à la démocratie et nuisant silencieusement au développement économique, la corruption est historiquement enracinée à tous les échelons de la société thaïlandaise, notamment dans la sphère politique (irrégularités et achats de votes généralisé dans les campagnes). Un nombre conséquent de Thaïlandais ne semble en effet pas concevoir que, si ces procédés étaient peut-être adaptés au cadre d’une société plus traditionnelle, ils peuvent se révéler inappropriés dans une société et une économie modernes. Aussi, la corruption ne rencontre pas d’opposition morale ou sociale. Les médias se font parfois l’écho de scandales touchant là un politique, ici, une star du show business, ou bien encore un haut fonctionnaire. Mais même pris la main dans le sac, les sanctions apparaissent minimes au regard des sommes détournées. Un sondage réalisé auprès d’un échantillon de 1.561 personnes à Bangkok, 84% des Thaïlandais acceptent la corruption dans les affaires et 51% en politique, 87% ont reconnu avoir corrompu un fonctionnaire à leur profit. La corruption a des racines culturelle car on fait découler le mérite du pouvoir.

La réussite sociale et matérielle d’un homme serait due au « mérite » qu’il aurait acquis lors d’une vie antérieure. Par conséquent, il est normal, convenable et même souhaitable d’offrir des cadeaux aux personnes disposant d’un statut social plus élevé que le sien pour s’attirer leurs faveurs (particulièrement s’il s’agit de représentants officiels). Ce sont ces traditions qui semblent ainsi expliquer pourquoi les Thaïlandais d’aujourd’hui acceptent en si grand nombre la corruption et continuent à payer, sans exercer d’opposition importante, des dirigeants et des fonctionnaires en vertu du principe de « sin naam jai » (cadeau de bonté de cœur). La corruption a en outre des racines historiques : sous le régime féodal du Sakdina, avant la modernisation administrative imposée par Rama V (1868-1910), les officiels ne recevait pas de revenus fixes. Ils étaient donc censés se “payer sur la bête” en prélevant sur les habitants des ponctions en nature ou en espèces. Dans la Thaïlande contemporaine, les pratiques corruptives servent à compenser la faiblesse des salaires et permet d’atténuer certaines frustrations au bas de l’échelle sociale, constituant une véritable économie parallèle. À l’inverse, dans la sphère de quelques dirigeants et hauts fonctionnaires très influents et se considérant au-dessus des lois (les « Jao Pho » ou « parrains) peu soucieux de l’intérêt public, les milliards de bahts détournés engendrent gaspillage et paralysie. En captant les ressources du pays, leurs pratiques ont un impact non négligeable sur la croissance économique de l’État en contribuant à entretenir le cercle vicieux de la pauvreté, en provoquant l’augmentation artificielle des prix des biens et des services pour une qualité souvent moindre, en suscitant un surcoût pour les entreprises thaïlandaises et une menace pour la productivité économique du pays et en décourageant les investisseurs nationaux ou étrangers à investir dans le royaume en faussant les règles de la concurrence. Les « lourdeurs administratives » la favorisent.

Les sommes d’argent que réclament les fonctionnaires corrompus aux entreprises représentent un poids pour les petits entrepreneurs. Les appels d’offre se négocient par exemple en Thaïlande à coup de pots-de-vin qui peuvent représenter jusqu’à 40% de la valeur du contrat concerné. Ce sont par conséquent les classes les plus pauvres de la société thaïlandaise qui paient le prix de ce phénomène puisqu’elles voient leur pouvoir d’achat stagner voir diminuer et cela sans en être directement responsables. En 2011, la Fédération des industries thaïlandaises, FTI, avait dénoncé la pratique, en pleine expansion, des pots-de-vin à laquelle devaient se plier ses adhérents, un handicap dans la compétitivité des entreprises ou dans les disfonctionnements des services publics (par exemple, les malversations et malfaçons du nouvel aéroport de Suvarnabhumi). L’augmentation artificielle des prix des biens et des services pour une moindre qualité et le découragement des investisseurs face à des règles de la concurrence faussées se traduisent par un ralentissement économique. La FTI appelait à une prise de conscience de tous les échelons de la société pour que des pratiques de bonne gouvernance soient mises en place. Elle demandait notamment aux éducateurs de sensibiliser les jeunes générations au problème

NB. La corruption n’a pas été moindre sous les gouvernements démocrates, qu’il s’agisse de celui de Chuan Leekpai (1992-1995 puis 1997-2001) ou d’Abhisit Vejjajiva (2008-août 2011), dont les carrières personnelles n’ont été cependant entachée d’aucune affaire de corruption, à la différence de celle de Thaksin.

La corruption électorale. L’achat de vote est fréquent, mais probablement pas plus qu’en Amérique latine… ou que dans le reste de l’Asie (Taïwan, Philippines, Cambodge et même Japon). En Thaïlande, 30 % des chefs de famille sondés dans le cadre d’un échantillon national ont indiqué qu’on leur avait offert de l’argent durant l’élection parlementaire de 1996. En Thaïlande, la moyenne offerte par foyer lors des élections parlementaires de 1996 était de 678 baht (27 dollars US), mais les résidents de Bangkok étaient susceptibles de recevoir deux fois plus que les résidents ruraux. En mars 2000, lors du scrutin des premières élections sénatoriales, la nouvelle Commission électorale avait renvoyé les électeurs cinq fois aux urnes après plusieurs constats d’irrégularités et d’achats de votes, une pratique courante en période électorale. Le Nakhon Ratchsima Rajabhat Institute, qui surveille la fraude électorale en Thaïlande, estime que les candidats ont versé un total de 20 milliards de baht (460 millions de dollars US) à des électeurs lors des législatives de 2001. La sensibilisation destinée à réduire l’acceptation de cette pratique ne semble pas efficace : après avoir sondé environ 1700 personnes qui participaient à cinq forums d’information dans la province de Chiang Mai en Thaïlande, les évaluateurs ont constaté « qu’après le forum, il y avait une légère augmentation du nombre de participants qui pensaient que c’était mal de vendre son vote et de ne pas voter pour l’acheteur ».

Un ensemble complet de réformes visant les acheteurs de vote a été inséré dans la Constitution thaïlandaise en 1997. Parmi les dispositions prévues par ces mesures, on retrouve notamment : des contrôles stricts sur le financement des campagnes électorales ; la centralisation du dépouillement du scrutin au niveau des districts ; l’introduction d’un système de liste par parti afin d’encourager les électeurs à choisir leurs députés en se basant sur les programmes politiques des partis plutôt que sur leurs contacts personnalisés ; l’interdiction pour les députés de circonscriptions de devenir ministres (les privant ainsi de l’accès aux fonds réservés aux ministres); des circonscriptions représentées par un seul député plutôt que par plusieurs (mesure qui vise à éliminer le réservoir de votes « surnuméraires » de seconde et troisième place pouvant être achetés) ; l’introduction du vote obligatoire afin d’élargir l’électorat et de faire en sorte que l’achat de votes soit hors de portée en raison du volume, et la création d’un nouvel organisme indépendant chargé d’administrer le processus électoral et d’exclure les candidats qui contreviennent à la loi.

Cette panoplie de mesures n’a connu qu’un succès mitigé lors des élections post-réforme de 2000 et 2001. De l’avis d’un observateur, « l’achat de votes est loin d’avoir disparu et tant les candidats que les partis font preuve d’une impressionnante souplesse dans leur façon d’adapter leurs pratiques d’achat de votes au nouveau cadre électoral ». Pour échapper à l’examen minutieux et à la sanction, certains courtiers électoraux n’approchaient que leur parenté et leurs amis intimes. D’autres ont commencé à recourir de façon plus soutenue à une stratégie déjà en usage au début des années 1990, à savoir l’achat de votes « par personne interposée », en embauchant des personnes qui travaillent comme solliciteurs de votes afin d’obtenir l’allégeance des électeurs. Les courtiers offraient également aux agriculteurs des prix gonflés pour leurs récoltes, distribuaient des dons à des funérailles fictives et donnaient des « salaires » aux électeurs pour les inciter à se joindre à leur parti politique. Deux chercheurs, qui ont examiné l’impact général de ces changements post-réforme, ont conclu que « l’achat de votes règne en maître même si les nouvelles lois obligent à une plus grande discrétion ». De plus, on estime que le montant versé individuellement aux électeurs était peut-être plus élevé lors des élections de 2000 et de 2001 qu’au cours des élections précédentes. Ce paiement plus élevé explique peut-être en partie pourquoi, selon une estimation, le flux monétaire généré lors des élections générales de 2001 avait augmenté de 25 % par rapport à la dernière élection d’avant la réforme en 1996.

(Sce : L’achat de votes en Asie de l’Est, Frédéric Charles Schaffer, Rapport mondial sur la corruption 2004, Transparency International).

Voir également un consistant document sur la corruption en Thaïlande (2004) :

http://aceproject.org/ero-en/regions/asia/TH/Corruption_in_Thailand.pdf.

3- Armée

En Thaïlande, le militarisme, ancré dans la politique depuis le renversement de la monarchie absolue en 1932, revêt une importance quasiment culturelle. L’absence de conflit extérieur permet à l’armée, force quasi autonome, de se consacrer aux problèmes internes. Menée par des hommes charismatiques, elle se pose en arbitre au niveau politique et s’est longtemps considérée comme la gardienne d’une identité proprement thaïe, notamment face à une élite des affaires issue de l’immigration chinoise. Elle s’accorde le droit de faire pression sur le gouvernement, de le remettre en cause (à condition d’avoir l’accord du roi), voire de le renverser : 18 coups d’État ont eu lieu depuis la proclamation de la démocratie en 1933 et depuis 1946, 10 officiers supérieurs ont été Premiers ministres. Si l’image stabilisatrice et protectrice de l’armée a servi de justification à ses interventions dans la vie politique, on peut penser que le système se voulant de plus en plus démocratique, la volonté populaire prévaudra de plus en plus sur celle des militaires. L’armée thaïlandaise, toujours présente dans le processus de démocratisation, n’est ni un outil comme aux Philippines, garantissant les intérêts du gouvernement, ni un acteur participant au mécanisme du politique comme en Indonésie, et encore moins un acteur s’appropriant le pouvoir comme en Birmanie. Si les militaires se retrouvent au pouvoir, c’est toujours de manière temporaire, afin d’assurer la stabilité politique du pays, ils mettent en place une Constitution prévoyant l’élection d’une Assemblée.

Dans la perspectives des élections de 2014, le chef des armées (commandant du 21e régiment d’où sortent invariablement tous les hauts gradés chargés du bon ordre de l’État) et ancien ministre de la défense, Prayuth Chan-ocha a cru bon de rassurer le PM en déclarant que l’armée ne se livrerait pas à un coup d’État : « parce que les problèmes politiques doivent trouver leurs solutions selon d’autres voies ». Prayuth avait déjà tenu ces propos rassurants avant les élections législatives de 2011 qui avaient porté la sœur de Thaksin au pouvoir.

4- Religion

Les bouddhistes. La devise de la Thaïlande : « Patrie, Religion, Roi ». Le bouddhisme théravada est la religion constitutive de l’identité thaïe : 95 % de la population (musulmans : 4 %, chrétiens ou hindous : 1 %). La situation de chaque personne est régie par son karma tandis que le Dharma ou règle léguée par le Bouddha (Ordre politique du monde, Norme, Justice), est garantie par le roi et partagée, pour sa face religieuse avec le Sangha, la communauté des bonzes. Les Constitutions successives ont maintenu le lien de légitimation réciproque entre la royauté et le bouddhisme. L’article 9 de la Constitution fait obligation au monarque d’appartenir à la religion bouddhiste. Ce lien entre la royauté et le Dharma est essentiel. Si le roi est roi, c’est qu’il le mérite, et s’il le mérite, il doit être respecté. À bon roi, bon règne et bon peuple. En retour, nul ne sait, fût-il roi, quand ses mérites ou ses démérites vont s’épuiser. Chacun occupant la position qui sied à ses mérites, acquis au cours de la vie et des vies antérieures, rien ne pousse à renverser les gens en place ni à vouloir limiter les inégalités sociales. À ce cadre général conservateur parce qu’inéluctable, s’ajoutent des vertus restrictives comme l’art de se contenter de ce que l’on possède ou d’éviter l’agressivité, comme celle que pourraient susciter les possédants puisque tous souhaitent être à leur place dans une prochaine existence.

Le terme de « responsabilité » résume le rôle que le bouddhisme a imparti à la politique – plus précisément au roi, lui dont les actes ont un impact public en créant l’ordre des choses – ou leur désordre. Au nom de cette responsabilité, il convoquera des conciles, présidera des débats disciplinaires ou doctrinaux, fera construire des pagodes, ordonnera des expulsions ou conférera les grades honorifiques. Le roi nomme la haute hiérarchie du Sangha et le gouvernement assure le contrôle politique des lois qui gèrent la sphère religieuse. Les bonzes doivent être loyaux envers le roi et le gouvernement qui patronnent et soutiennent le bouddhisme. Le bouddhisme doit construire les termes d’un nouveau lien entre religion et politique dans une société en évolution rapides et participer à la modernisation du pays sous peine de déclin.

Les hommes politiques n’hésitent pas à se montrer en compagnie de bonzes. Les campagnes électorales fournissent à beaucoup de candidats l’occasion d’exprimer une dévotion et une générosité électoralement intéressées ; en patronnant la réfection d’un sanctuaire, en louant des moyens de transport pour les manifestations religieuses, en finançant une publication édifiante, ils gagnent des mérites pour les vies futures et engrangent des voix pour le temps présent…

Les musulmans sunnites, deuxième groupe religieux ( 4,6 %) composé de Thaïlandais de souche et de Malais vivent dans les cinq provinces du sud, le plus souvent dans des communautés séparées des autres religions. Depuis 2001, des séparatistes, dont certains ont suivi une formation religieuse et militaire dans des madrasas pakistanaises, s’opposent violemment au gouvernement central. Ils souhaitent la restauration de l’ancien sultanat de Pattani et la mise en place de la charia. Thaïlandais mais pas bouddhistes, ils se sentent déconsidérés. Cependant, Sonthi Boonyaratglin, commandant en chef de l’armée, premier musulman à obtenir ce poste dans une armée s’est illustré comme chef de la junte organisatrice du coup d’État de 2006, puis est nommé vice-premier ministre.

Dans ses cinq provinces du sud du pays, à la frontière avec la Malaisie (Songkhala, Satun, Yala, Pattani et Narathiwat), le pays compte près de 8 % de musulmans sunnites, majoritairement d’origine malaise, sur ses 62 millions d’habitants. Les mouvements séparatistes musulmans sont apparus en 1902, dès l’annexion par la Thaïlande de plusieurs sultanats malais, dont celui de Pattani. Thaïlandais mais pas bouddhistes, ils se sentent déconsidérés. Aujourd’hui, les plus significatifs mouvements d’inspiration islamiste sont 1) le Barisan Nasional Pember-Basan Pattani, crée en 1959 et basé en Malaisie, 2) le Barasi Revolusi Nasional, 1960, scindé en trois groupuscules, 3) le Pattani United Liberation Organization, 1968, sans doute le plus actif et le plus important des mouvements musulmans terroristes, scindé en deux factions fin 92 et quasiment inexistant du fait des luttes intestines, 4) le Front Uni pour l’Indépendance de Pattani, 1991, lutte pour la reconnaissance de l’identité musulmane en Thaïlande, en appelle à une intervention étrangère pour régler la situation et se livre à des attentats contre les symboles de l’autorité thaïe (écoles, bureaux de poste…).

Chacun de ces mouvements ne regroupe que quelques centaines de personnes, y compris les combattants, et n’est pas, pour le moment, intégré dans le réseau de l’internationale islamiste. Mais, depuis quelques années, apparaît une génération de musulmans thaïlandais ayant suivi des formations religieuse et militaire dans des madrasas pakistanaises, financées par l’Arabie saoudite. Souhaitant la restauration de l’ancien sultanat de Pattani et la mise en place de la charia, leurs idées sont plus orthodoxes et radicales.

Il existe un Conseil National des Musulmans est constitué de cinq personnes qui conseillent les ministres de l’intérieur, de l’éducation et des affaires religieuses au sujet de l’islam.

NB. Le sud musulman, anti-Thaksin, a nettement voté en faveur des candidats du Palais.

PHILIPPINES

1- Contexte : présidence de Benigno Simeon « Noynoy » Aquino III et réformes

 Le Parti libéral, PL, du président Aquino, 53 ans, élu le 10 mai 2010 et ses alliés sont sortis renforcés des élections de mi-mandat du 13 mai 2013, pour la totalité des élus locaux, des gouverneurs, des membres du congrès et, pour moitié, des sénateurs. Le président, qui dispose désormais d’une majorité favorable dans les deux chambres, peut maintenir le rythme des réformes qu’il a engagées. Les sondages montrent qu’il reste, trois ans après son arrivée au pouvoir, un des présidents les plus populaires de l’histoire de l’archipel.

Élu sur l’aura de son nomet un programme de lutte contre la corruption considérée comme l’une des causes de la pauvreté, il a ramené la stabilité politique et signé un historique accord préliminaire de paix avec le plus grand groupe rebelle du pays dans le Sud, le Front moro islamique de libération, l’accord global pourrait l’être en 2016. Un contrôle sans précédent des deux chambres du Congrès après les élections de mi-mandat, permet d’espérer des progrès décisifs pour les réformes (soutien de la croissance, création d’emplois, réduction de la pauvreté chronique – 30 % de la population –, extension des services de santé et autres services sociaux aux moins favorisés).

Sur le plan économique : mettre fin à l’insuffisance des ressources publiques et instituer un partage mieux équilibré des revenus tirés de l’exploitation minière, la libéralisation de l’investissement étranger dans des secteurs comme le commerce de détail, l’agriculture et l’immobilier tout en réformant à la baisse le régime des encouragements fiscaux accordés aux investisseurs pour réduire le déficit du budget de l’État.

Il lui faudra débloquer la réforme agraire qui, instaurée depuis 20 ans, piétine, bien que la redistribution de la terre aux sans-terres en soit exclue. Le Congrès, force conservatrice, chargé de rédiger la loi de la réforme reportait jusqu’ici les textes concernés.

La situation économique du pays est favorable à l’engagement de réformes envisagées. Longtemps à la remorque des autres pays d’Asie, les Philippines enregistrent un des taux de croissance les plus élevés de la région (+ 6,6% en 2012) et bénéficient d’une confiance accrue des investisseurs étrangers. Pour la première fois de l’histoire du pays, deux agences de notation ont élevé la note de la dette souveraine du pays à la catégorie « investissement ». La Chambre de commerce et d’industrie des Philippines estime que la croissance sera relativement forte en 2013, avec une situation fiscale améliorée, un bon bilan pour les banques et une inflation maîtrisable, ce qui devraient attirer les investisseurs : après la Chine et l’Indonésie, les Philippines sont leurtroisième marché préféré. L’administration Aquino s’est engagée à réduire le déficit à 2 % en 2013. Une récente étude de HSBC prévoit que les Philippines pourraient devenir la 16e économie mondiale vers 2050 en raison de ses « fondamentaux solides et une bonne démographie ». L’étude prévoit que le revenu annuel par habitant pourrait passer de 1 215 dollars aujourd’hui à 10 893 dollars vers 2050. Le coût croissant de la main d’œuvre en Chine pourrait hâter les investissements manufacturiers aux Philippines. Il a également réduit son déficit budgétaire et a amélioré sa cotation au cours des deux derniers mois.

Perspectives électorales

Le mandat de 6 ans d’Aquino n’est pas renouvelable, ce qui laisse le jeu ouvert pour les présidentielles du 9 mai 2016. Le renforcement de sa position à la suite des élections du mi-mandat lui permet d’envisager la promotion d’un successeur potentiel en vue de poursuivre les réformes dans le même sens. Avec ses alliés, le président B. Aquino a consolidé sa majorité à la Chambre des représentants et l’a obtenue au Sénat, qui lui avait manqué durant ses trois premières années de présidence : une première depuis le retour de la démocratie en 1986. 74 % de la population s’est déclarée satisfaite de ce résultat. Les bons résultats des élections de mai 2013 permettent à B. Aquino de prendre l’avantage sur son vice-Président Jejomar Binay (United Nationalist Alliance) qui mène l’opposition. Ce dernier passe très légèrement en tête d’un sondage réalisé en juillet 2013, le Président Benigno Aquino III et le vice-Président Jejomar Binay sont gratifiés de 73 % d’opinions favorables pour le premier et 78 % pour le second ainsi qu’un taux de « haute confiance » de 77 et 78 % respectivement (par comparaison, le Président du Sénat, Juan Ponce Enrile, n’obtenait que 54 % d’opinions favorables et un taux de confiance de 53 %). Sa fille, Nancy Binay-Angeles, a été une des grandes gagnantes des dernières élections, en dépit des critiques relatives à son manque d’expérience politique et son refuis de participer à des débats publics, confirmant la bonne réputation de son père. Le scrutin de mai 2013, confirme l’importance du nom et le caractère dynastique de la vie politique aux Philippines. L’électeur philippin, encore attaché à la personne à laquelle il apporte son suffrage, devient peu à peu plus sensible aux valeurs et au programme incarné par elle. Dans la course pour la présidentielle de 2016, déjà engagée avec la candidature déclaré de Jejomar Binay (en dépit de sa popularité, on lui reproche d’être, avec sa famille, à la tête d’une fortune inexpliquée), B. Aquino aurait un dauphin désigné (mais non déclaré candidat) : Manuel Roxas III, l’actuel titulaire du ministère de l’intérieur et des collectivités locales, après avoir été ministre des transports et communications dans le gouvernement de B. Aquino, dont il était le colistier lors de la présidentielle de 2010 et candidat malheureux à la vice-présidence, emportée par Jejomar Binay. M. Roxas est le fils d’un sénateur et petit-fils de Manuel Roxas I, premier Président de la troisième république des Philippines (1946-1948). Il a été ministre du commerce et de l’industrie du gouvernement Estrada.

Le retour politique des familles Marcos, Estrada et Arroyo. Les scrutins locaux et nationaux de mai 2013 ont montré que la famille de l’ex-président Marcos retrouve la faveur des électeurs, remportant largement tous les sièges où elle était candidate. Les Philippins semblent avoir oublié les vingt ans de dictature et dix ans de loi martiale qui les ont fait descendre dans la rue par millions en 1986 pour la révolution du peuple, écœurés par une corruption et un népotisme généralisés ainsi que des dépenses somptuaires. Explication de cette amnésie : la moitié de la population a moins de 20 ans et le pouvoir des familles politiques reste intact depuis la fin du XIXe siècle. Les Marcos, et d’autres, ont constitué des forteresses régionales où on achète des voix. Les élus locaux disposent de millions de pesos pour financer des ponts, des routes, des écoles, etc.

La dynastie Estrada revient sur la scène, avec l’élection à la présidence de Joseph Estrada, ancienne vedette de cinéma adulée,renversé en 2001 après avoir été accusé de corruption, condamné pour cette raison. Battu à la présidentielle de 2010, il est élu maire de Manille en mai 2013. Le contrôle sur le vote de la riche capitale pendant les trois années à venir lui donne une base de pouvoir importante. Aujourd’hui chef de l’opposition et allié au vice-président Jejomar Binay, il devient une force notable qui pourraient faire barrage au successeur désigné de B. Aquino lors des élections présidentielles en 2016.

L’ancienne présidente Gloria Macapagal Arroyo, malgré sa détention dans un hôpital et empêchée de faire campagne, a gagné sa ré-élection au Congrès, en battant largement le candidat soutenu par le gouvernement.

Ces adversaires vont cependant devoir manœuvrer habilement pour exister face au camp Aquino, notablement renforcé par le scrutin de mai 2013

Nom, Clans, oligarchie, familles…

Les Philippines, traditionnellement dirigées par un nombre restreint de familles richissimes ne sont pas une démocratie réelle, c’est, au mieux, une démocratie des élites : la compétition se joue entre elles.Sur les 265 députés élus en 2007, 60 % appartenaient aux quelque 250 dynasties politiques qui dominent la vie politique du pays, soit moins de 1 % de la population, tandis que 178 d’entre elles se partagent le pouvoir dans 73 provinces sur les 80 que comptent les Philippines. La survie d’un tel système repose sur l’argent, les campagnes électorales pour les postes les plus importants au niveau local (maire, gouverneur) et, a fortiori, national (député, président) sont onéreuses, écartant les moins fortunés de la course. Les programmesne sont que des fables formelles. Les électeurs, apparemment indifférents à la classe sociale, la religion ou l’idéologie des candidats sont sensibles au caractère spectaculaire et festif des campagnes. Des fortunes sont ainsi dépensées pour les séduire. Dans des zones où règne l’insécurité, les électeurs s’abstiennent ou choisissent celui le plus à même de garantir leur sécurité. Dans ce contexte, les partis politiques, marqués par l’absence de programme et de discipline, ne sont que des instruments transitoires de la mobilisation électorale. Sans prééminence politique, nul parti n’est assez fort pour gouverner seul, et le premier doit rechercher des alliances pour pouvoir former un gouvernements de coalition. Le contexte est comparable au clientélisme de certains pays latino-américains.

Le résultat prévalant encore est la fragmentation du pouvoir entre féodalités locales qui règnent sur leur fief d’une façon semi-dictatoriale, avec comme corollaire, la faiblesse de l’État central, un degré d’institutionnalisation limité et la difficulté de procéder aux réformes nécessaires pour parvenir à un statut d’État moderne. Le succès de celles entreprises par B. Aquino III est d’autant plus remarquable.

2- Corruption et violence en période électorale

La politique est un business qui se transmet au fil des génération parmi les féodalités installées depuis le XIXe siècle, favorisant le patrimonialisme (quasi absence de distinction entre la propriété publique et la propriété privée des dirigeants), la corruption et l’achat de voix. Elle s’exprime par la violence autant que dans les urnes, sur fond d’injustice sociale. Les Philippines est un des pays les plus corrompus du monde, le pays occupait le 129e rang en 2011 mais remontait au 106e rang en 2012 (Transparency International).

La faiblesse de l’État central et, en général des institutions publiques, une bureaucratie clientéliste, partiale et inefficace, incapable dans la plus part des cas de faire respecter la loi face aux intérêts de l’oligarchie ou de leurs amis, sont autant de facteurs qui permettent de perdurer aux logiques familiales, dominantes au niveau local, et facilitent pratiques électorales frauduleuses. L’oligarchie fait pression pour que les gouvernements appliquent des politiques allant dans le sens ses intérêts. Le système patrimonialiste constitue une des principales raisons de l’instabilité politique. Une fois au pouvoir, les élus jouissent d’un contrôle total de leurs circonscriptions et ont accès aux subventions du gouvernement central.

Outre le pouvoir financier l’élément, l’emploi de milices armées à certaines dynasties politiques d’asseoir leur domination. Leur nombre est évalué aujourd’hui à plus de 150. Autorisée par les gouvernements philippins successifs, la formation des milices armées étaient destinées à assister la police et l’armée dans la lutte contre les groupes séparatistes communistes et musulmans.Interdites par la Constitution de 1987, un décret du gouvernement Arroyo (2006), les autorisait à nouveau, dans le cadre des autorités locales pour assurer le maintien de l’ordre et de la stabilité du pays. Cet objectif s’est trouvé dévoyé car les dirigeants des autorités locales ne sont autres que les représentants des clans, qui utilisent les milicespour leurs propres besoins (protection, basses œuvres électorales). Ainsi, le clan Ampatuan (Mindanao), en échange de son soutien politique, avait été autorisé par Mme Arroyo à se doter d’une milice privée d’entre 2.000 et 5.000 hommes. Des armes lui avaient même été livrées pour contenir la rébellion musulmane séparatiste dans la région. NB. Ce clan s’est tristement illustré encommanditant la tuerie hors norme de Maguindanao en novembre 2009, pour « décourager » un concurrent au poste de gouverneur – 57 morts, dont 30 journalistes. Malgré cette désastreuse image, il est parvenu à faire élire au moins 15 de ses membres aux élections de mai 2010.

Corruption électorale

La structure du système politique philippin peut être décrite comme pyramidale avec à la base les électeurs des candidats aux élections locales qui par le mécanisme de soutiens politiques fournissent leurs voix aux candidats des élections provinciales. L’électorat des gouverneurs va servir aux élections des députés et sénateurs qui eux vont apporter leurs soutiens à tel ou tel candidat à l’élection présidentiel. Par ce jeu de clientélisme politique le président ainsi élu va être en devoir de récompenser ses soutiens directs qui vont aussi renvoyer l’ascenseur à ceux qui les ont fait élire ainsi jusqu’aux candidats aux élections locales. Cette structure a permis de pratiquement d’éradiquer les violences politiques pour les élections nationales : les candidats sont dispensés de lutter pour arracher les voix et les campagnes se limitent à s’assurer du soutien de dirigeants locaux forts de leurs réserves d’électeurs. C’est au niveau provincial ou local que la violence s’est déplacée, allant jusqu’à l’élimination d’un concurrent (la Ora de peligro – l’heure du danger – désigne les deux jours précédant l’élection, de 1992 à 2007 quelque 537 personnes sont mortes de violence électorale, 75 assassinats pour les élections législatives et locales de mai 2007, 90 lors des élections de mai 2010, dont les 57 de Maguindanao, 2001 à 2008, 63 journalistes assassinés). L’institution de la Commission des élections, COMELEC, en 1987 a été une tentative de contenir la violence avec un droit de sanction (droit d’invalider une élection, dissoudre le mandat d’un maire ou d’un gouverneur et de se substituer à ces derniers en attendant l’organisation de nouvelles élections.

Aux Philippines, une forme quelconque de paiement a été offerte à quelque trois millions de personnes dans tout le pays lors des élections « barangay » (niveau communautaire) en 2002, soit à environ 7 % des adultes en âge de voter. Au bas de l’échelle, des électeurs d’un quartier défavorisé de Manille n’ont reçu que 30 pesos (0,60 dollar) durant une campagne électorale « barangay » relativement peu compétitive en 2002.

Dans la région de Luzon, dans le sud des Philippines, un candidat à l’élection au Congrès a avoué avoir versé quatre millions de pesos (160 000 dollars US) aux électeurs à la veille des élections de 1992.

Les résultats d’un sondage mené aux Philippines montrent que chez les pauvres – qui ont tendance à être la cible de l’achat de votes – les offres de biens matériels n’avaient une influence décisive sur le vote que pour 30 % des personnes qui les avaient acceptées durant les élections de 2001.

Aux Philippines, des campagnes de sensibilisation du public ont été entreprises par des groupes de la société civile, comme le National Citizens’ Movement for Free Elections. Un sondage mené auprès de 56 électeurs défavorisés des Philippines a constaté que les quatre exemples d’affiches n’avaient influencé qu’un seul électeur dans sa décision d’accepter ou non de l’argent.

3- Armée

Les forces armées philippines sont les plus mal équipées de ses homologues de la région. Elles ont eu jusqu’à présent un rôle de stabilisation du régime et de maintien de l’ordre, particulièrement en luttant contre la montée du communisme et de son bras armé, la « Nouvelle armée populaire ». Essentiellement orientées vers la lutte contre les contrebandiers, les pirates et les indépendantistes du sud de l’archipel, elles ont retiré du service leurs derniers chasseurs à réaction en 2005. Sonrenforcement a été soutenu par les États-Unis d’abord dans le cadre de la Guerre Froide et de la lutte contre l’émergence du communisme et, depuis le 11 septembre 2001, contre le terrorisme islamique, notamment contre le groupe Abu Sayyaf, proche d’Al Quaïda. Enfin, depuis la découverte, en février 1995, de bunkers chinois sur le récif « Mischief Reef », dans la zone économique philippine de 200 milles, la dispute avec la Chine a amené le gouvernement philippin à renforcer son alliance militaire avec les États-Unis ainsi qu’avec le Japon et à améliorer leur armement. Les Philippines n’avaient pratiquement aucun avion ou hélicoptère pour la surveillance de la zone et leurs forces navales réduites n’ont que des radars de navigation, incapables de repérer les patrouilleurs chinois à plus de quelques kilomètres. Les Philippines se préparent donc à acquérir des avions de combat : avions d’attaque, avions d’entraînement, hélicoptères d’attaque, appareils de transport. Pour être réalisables en deux ans seulement et rester compatibles avec les moyens budgétaires des Philippines, toutes ces acquisitions vont certainement porter sur des appareils d’occasion. Les États-Unis ne seront pas les seuls fournisseurs, le pays s’intéresse aussi à du matériel de Taiwan, du Vietnam, de la Corée du Sud, du Japon, de la Malaisie et d’Indonésie.

4- Religion

 Les catholiques

94 % de la population est chrétienne (dont 86 % sont catholiques, 8 % appartiennent à différents cultes protestants), 4 % représentent une vigoureuse minorité musulmane. L’Église joue un rôle important et sa politique éducative a permis d’éliminer presque complètement l’analphabétisme. Après le cardinal Sin, Mgr Tagle, 55 ans, archevêque de Manille et nommé cardinal en novembre 2012, suscite beaucoup d’intérêt : de famille modeste, jeune, communicatif et enjoué, disponible, intellectuellement brillant, il est à l’image de l’Eglise des Philippines. Considéré comme appartenant à la frange progressiste du Vatican, il considère que sa mission est de donner leur véritable dignité aux plus pauvres.

La « loi sur la parentalité responsable, la santé reproductive, la démographie et le développement » (RH Bill, relative au planning familial et à et l’éducation sexuelle à l’école), en préparation depuis 1998, votée en décembre 2012 (bien que combattue pendant 15 ans par l’Église), a été l’un des sujets débattus lors de la campagne pour les élections de la mi-mandat de mai 2012, affrontant à nouveau sespartisans et ses adversaires. Ces derniers ont été vaincus si l’on considère que bon nombre des candidats anti-RH Bill n’ont pas été élus. Leurs adversaires – et soutiens du président Aquino – y ont vu la preuve de l’absence d’un « vote catholique » dans le pays. Sur les neuf sénateurs déclarés vainqueurs, cinq sont des partisans déclarés de dernier par le Congrès philippin en dépit d’une très ferme opposition de l’Eglise catholique, tandis que 94 % des candidats s’étant déclarés favorables à la loi ont été élus au cours des élections concomitantes pour le renouvellement de quelque 18 000 postes électifs à travers le pays (conseillers municipaux, gouverneurs de province, députés et sénateurs). Il n’y a plus de vote catholique bien que la très grande majorité des électeurs le soient. Le fait que la loi ait été voulue par une Président aussi populaire que B. Aquino a sans doute pesé dans la balance. Des analystes politiques locaux ont estimé en effet que le choix des électeurs ne s’est pas principalement déterminé autour des questions liées à la RH Bill. Avant les élections, la Commission épiscopale des Philippines avait rappelé que l’Église était non-partisane et que sa mission, « spirituelle », consistait « à guider et non à dicter » la conduite de ses fidèles. L’épiscopat n’a émis aucun commentaire officiel à la suite des résultats. Un sondage d’avril 2013 a étudié pour la première fois le sentiment religieux aux Philippines. Surprise générale : un très grand nombre de personnes interrogées a déclaré en avoir assez d’entendre parler de la RH Bill et s’est dit prêt à quitter l’Eglise. Le résultat de ce sondage a provoqué une véritable onde de choc, incitant les diocèses à ne plus évoquer la loi. Pour la première fois de son histoire, l’Eglise catholique philippine n’est plus aussi sûre d’elle-même. Dernière bataille, mais qui ne remettra pas en cause le résultat des élections de mi-mandat, la Cour suprême des Philippines a annoncé qu’elle allait bloquer l’application de la loi, le temps d’étudier toutes les pétitions. Son entrée en vigueur est donc suspendue.

L’islam ne s’est implanté qu’au sud de l’île de Mindanao, chez les Moros, dans l’archipel de Sulu et dans l’île de Palawan. Les musulmans philippins ne représentent que 5 millions d’individus sur les 76 que comptent les Philippines. Il s’agit essentiellement des Moros, appellation donnée par les Espagnols au XVIème siècle. Ces musulmans sunnites shaféites sont issus d’une dizaine de groupes ethno-linguistiques vivantdans un chapelet d’îles au sud des Philippines, sur 300 km, entre Mindanao et le nord de Bornéo (l’archipel des Sulu). Trois mouvements mobilisent à eux seuls près de 5 000 soldats philippins et 12 000 membres de diverses milices.

1. Le Front Moro National de Libération, MNLF, crée en 1969, le plus ancien des trois mouvements, et matrice des deux autres. Sa branche armée : la Bangsa Moro Army (l’Armée de la Nation Moro), 14 000 membres au maximum, dans le milieu des années 90. En 1996, entré en négociation avec le gouvernement, il devient un mouvement politique du sud des Philippines, son chef, Nur Misuari est même, gouverneur de 4 provinces de la Région autonome de Mindanao musulmane (ARMM). Près de 7 500 guérilleros sont intégrés dans l’armées philippine. Mais Manille s’étant opposé à sa réélection Misuari reprend le combat puis s’exile volontaire. Arrêté en2001 par les autorités malaisiennes et remis au gouvernementphilippin et jugé pour rébellion. La lutte armée du MNLF continue.

2. Le Front Moro Islamique de Libération, MILF, né d’une scission d’avec le MNLF sous le nom de Nouveau-MNLF, au moment de sa négociations avec le gouvernement philippin en 1978. C’est le plus important mouvement insurrectionnel de la région de Mindanao. Son chef, Hashim Salamat (membre fondateur du MNLF), étudie en Egypte à Al-Azahr dans les années 60 et se lie aux Frères Musulmans, puis au Pakistan où il subit l’influencé du Jamaat i Islami. Le MILF compte 30 000 membres, dont 15 000 combattants des Forces armées islamiques Bangsamoro (BIAF), dont quelques milliers sont passés par l’Afghanistan et les camps d’entraînement des services pakistanais, lInter-Services Intelligence, ISI. Le MILF reçoit, via des organisations islamiques, des subsides venant de Malaisie, du Pakistan et du Moyen Orient, ainsi que l’aide de consultants militaires saoudiens (il existerait sur le territoire saoudien des camps d’entraînements réservés aux Moros ). Courant 2002, les tentatives de négociations à l’initiative du Gouvernement de Macapagal Aroyo se sont soldées par des échecs. Le MILF veut l’indépendance d’un État islamique moro. Un compromis politique avec Manille n’est cependant pas à exclure. Le chef du MILF, Mohagher Iqbal, a annoncé que son groupe formerait un parti politique en vue des élections prévues en 2016. « Nous n’avons pas encore formé officiellement de parti politique, mais nous conduisons de larges consultations au sein de nos membres ». De son côté, la conseillère présidentielle philippine pour le processus de paix, Teresita Deles, a accueilli favorablement cette nouvelle, déclarant qu’elle était « consistante » avec le processus de paix et montrait l’engagement du groupe rebelle pour la démocratie. Le MILF veut créer un parti politique qui ne tenterait de briguer le pouvoir qu’après la création d’une région autonome musulmane, l’un des points importants dans les négociations de paix entre le MILF et le gouvernement philippin de Benigno Aquino.

3. Le groupe de combat Abu Sayyaf, créé par Abdurajak Janjalani en 1991, à la suite d’une organisation de prédication née en 1972, à l’initiative de missionnaires iraniens envoyé par Khomeyni. C’est le plus intransigeant et radical dans son interprétation de l’islam. Financépar l’Iran, le Pakistan(et la Libye avant 2011), il compte près de 1 000 combattants, dont certains sont passés par l’Afghanistan. Des liens sont avérés avec AlQaïda. Le groupe est bien équipé (moyens de communication et armement : canons ZSU-23-2, mortiers, armes anti-char, fusils d’assaut). Abu Sayyaf a été médiatisés lors des enlèvements (cf. les otages de Jolo en 2000) et des décapitations d’otages. L’objectif est la création d’un État islamique à Mindanao. Après la mort de Abdurajak Janjalani, en décembre 1998, le groupe est dirigé par son frère Khaddafy Janjalani.

L’islam, majoritaire en ces pays, n’est en rien celui de l’islam radical et la menace islamiste n’est pas le seul des maux dont souffrent ces pays,

ANNEXE

Taux : pauvreté, corruption, urbanisation et alphabétisme

Corruption ; comparatif et évolution

(rang mondial (sur 176) selon le classement de Transparency International)

  2010 2011 2012
Philippines 134 129 106
Indonésie 110 100 118
Thaïlande 78 80 88

Indonésie

„Population, estimation juillet 2013 : 251 160 124 h.

„âge médian : 28 ans

„taux de pauvreté 7,5 % (1990-2004)

12,0% en 2012 (13,33% en 2010 et 15,4% en 2008)

L’Indonésie a réussi à réduire son taux de pauvreté à 13,3% en mars 2010, a annoncé lundi le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono.

“Dans un contexte de crise mondiale, nous avons réussi à réduire le taux de pauvreté à 13,3% en mars 2010. Il s’agit d’un progrès par rapport au taux de 14,1% en 2009 et de 16,7% en 2004”, a déclaré le président

on estime que 52 % de la population vivent avec moins de deux dollars par jour.

„taux de corruption : rang mondial (sur 176) selonTransparency Intl :

2012 : 118e ; 2011 : 100e ; 2010 : 110e.

„taux d’urbanisation

+ de 50 % en 2011 ; 53 % en 2014 (croissance annuelle 2010-15 : est.1,7%)

„taux d’alphabétisme

en 2000, population totale : 90 % (hommes : 92,5% ; femmes : 92,7%)

Tranche 15-24 ans, 2007-2011 ; total : 99+ % (hommes : 99,6 % ; femmes : 99,4 %)

Philippines

„Population, estimation juillet 2013 : 105 720 644 h.

„âge médian : 23 ans

„taux de pauvreté (moins de 1,00 $/j)

15,5% (1990-2004)

Autre source : le taux de pauvreté, malgré tous les efforts pour les édulcorer, affiche une augmentation continue : 24,9 % en 2003, 26,4 % en 2006, 26,5 % en 2009.

„taux de corruption : rang mondial (sur 176) selonTransparency Intl :

2012 : 106e ; 2011 : 129e ; 2010 : 134e.

La Banque Mondiale (rapports 2008 et 2009), réputée pour la prudence coutumière de ses analyses, ménageant la susceptibilité des puissants et de leurs réseaux, stigmatise la corruption comme premier obstacle à son développement.

„taux d’urbanisation (2011)

49 % (croissance urbaine stagne juste sous la barre des 50 % depuis 1990) ;

„taux d’alphabétisme

en 2000, population totale: 92,6% (hommes: 92,5% ; femmes: 92,7%)

Tranche 15-24 ans, 2007-2011 ; total : 99+ % (hommes : 97 % ; femmes : 98 %)

Thaïlande

„Population, estimation juillet 2013 : 67 448 120 h.

„âge médian : 35 ans

„taux de pauvreté (moins de 1,25 $/j)

13,2% 2011 (20,9% 2007)

En 2002, les régions du Nord et du Nord-Est, qui regroupe 52 % de la population totale de la Thaïlande, regroupaient, à elles seules, près de 30 % des pauvres du pays, 1,4 % des citoyens de l’agglomération de Bangkok vivent en dessous du seuil de pauvreté. 2002, sur les 68 % des Thaï vivant en milieu rural, 12,6 % d’entre eux étaient considérés comme pauvres, 3 % sur les 32 % de la population vivant en ville. Décroissance depuis 2004

„taux de corruption : rang mondial (sur 176) selonTransparency Intl :

2010 78e ; 2011 80e ; 2012 88e

„taux d’urbanisation

34 % en 2011 ; 36 % en 2014 (croissance annuelle 2010-15 : est.1,8%)

„taux d’alphabétisme

en 2000 : population totale: 98 % (hommes : 98 % ;femmes : 98 %)

Tranche 15-24 ans, 2007-2011 : total : 98 % (hommes : 98% ; femmes : 98 %)

On peut estimer qu’en 2015 ces données devraient être de 99 %. Un des taux les plus élevé de l’Asie du Sud-Est.

Rémi Perelman, Asie21