Le Piège de Thucydide 修昔底德陷阱

Le Piège de Thucydide 修昔底德陷阱

Destined for war, can America and China escape Thucydides’s trap?

Graham Allison, Library of Congress, 2017, 364 pages.

Cette note de lecture est parue dans le n°15 de la revue Conflits (octobre-novembre-décembre 2017) et reproduite ici avec l’aimable autorisation de son rédacteur en chef, Pascal Gauchon (https://www.revueconflits).

美國學者艾利森2017年的着作:"終必一戰⋯⋯中美能否走出修昔底德陷阱?"乃是引申西元前五世紀發生的伯羅奔尼撒戰爭,從而推論,由於美國害怕中國的掘起與壯大,因此在不久的將來,雙方不免會爆發戰爭?

Dans un avenir plus ou moins proche, paraphrasant Thucydide sur l’origine des guerres du Péloponnèse au Ve siècle avant Jésus-Christ, pourra-t-on dire : « Ce fut la montée en puissance de la Chine et la crainte qu’elle inspirait aux États-Unis qui rendit la guerre inévitable » ?

Alors que le changement en cours de l’ordre du monde est marqué par la rivalité sino-américaine, Graham Allison1 rappelle que les leçons de l’histoire méritent toute notre attention. Dans seize exemples d’antagonismes, dominés par les intérêts, la peur et l’honneur, causes de conflits majeurs, initialement voulus de personne et pour autant rarement évités, l’auteur et historien relève les situations allant de la rivalité à la tension, de la dispute commerciale aux tractations diplomatiques pour déboucher sur l’affrontement militaire. Bien des similitudes avec l’actualité sont soulignées et des enseignements à retenir.

La Chine et les États-Unis tomberont-ils à leur tour dans le « piège de Thucydide » ?

Ce n’est pas la première fois dans l’histoire mondiale qu’un pays, aujourd’hui la Chine, accompagne son développement économique rapide d’une ouverture sur le monde maritime et la complète par une montée en puissance spectaculaire de sa flotte militaire. Après avoir analysé les débuts de la rivalité entre Athènes et Sparte et s’appuyant sur le témoignage et les écrits de Thucydide, Graham Allison poursuit en rappelant plusieurs précédents quand une nation (Espagne, Grande-Bretagne, France, États-Unis, Allemagne, Russie… selon les époques) était décidée à imposer un nouvel ordre du monde et inquiétait la puissance dominante.

À certains égards, Graham Allison s’inscrit dans la thèse du Choc des civilisations de Samuel Huntington. Avec des cultures et des modèles très différents, Chine et États-Unis ont en commun un fort sentiment de supériorité et, dès lors, peu d’aptitude au partage, aux compromis, ce qui rend difficile si ce n’est illusoire toute tentative ou espoir de cohabitation. À la liberté des Américains, les dirigeants chinois préfèrent ordre et stabilité et un système autoritaire à un régime démocratique. La civilisation chinoise, modèle qui se veut exemplaire, unique et inimitable, a nul besoin de prosélytisme politique. Plutôt qu’insérés et partageant l’égalité (au moins de principe) parmi les autres nations, les Chinois se voient à la première place d’une hiérarchie décrétée harmonieuse.

De nos jours, les États-Unis et la Chine se situent sur des trajectoires conflictuelles, bien que liés par des intérêts communs, économiques notamment, ou retenus par la crainte du déclenchement d’un cataclysme nucléaire sans précédent. Dans le passé, même s’ils étaient hostiles à une solution militaire et favorables à des compromis, ou encore conscients des conséquences dramatiques d’un conflit armé et de la gravité de leurs décisions, bien des dirigeants furent pourtant entraînés contre leur volonté par des élans nationalistes, des situations fortuites, des incidents provoqués par des tiers ou des alliances. Ce fut le cas des États-Unis lancés dans la guerre du Vietnam. Que peut-il en être, par exemple, avec un régime doté de l’arme nucléaire comme celui de la Corée du Nord ?

Invoquer comme obstacle à toute velléité de conflit l’étroite dépendance économique et financière entre États-Unis et Chine ne peut faire oublier aux Américains que les Chinois peuvent non seulement atteindre un niveau de puissance qui un jour menacera la leur et leur sécurité, mais également effacer leur rôle de gardien de la civilisation occidentale étendu au monde entier tel que Theodore Roosevelt l’avait projeté et ses continuateurs en partie réalisé.

À l’inverse, le « rêve chinois » de Xi Jinping ne repose pas seulement sur sa réinvention du PCC en tant que « successeur du XXIe siècle des mandarins impériaux, ou de gardien d’une civilisation chargée d’un mandat historique ». Sa volonté est de faire de la Chine avant 2021 un pays riche, puissant, fier, mené par un Parti communiste, qui imposera son modèle au monde et évitera le destin du PC soviétique, obsession des dirigeants chinois.

L’histoire a pourtant montré qu’un conflit entre deux puissances, l’une établie et l’autre montante, n’est pas inévitable. Au fil des siècles, certains facteurs ont permis d’éviter une guerre : l’intervention d’une haute autorité, une implication commune dans des institutions économiques, politiques ou de sécurité, le poids des réalités, une opportunité d’accord, des affinités culturelles, la crainte de l’engrenage d’une guerre conventionnelle à une guerre nucléaire (la gestion de la « Crise des missiles » de Cuba par John Kennedy et Nikita Khrouchtchev étant citée en exemple), une interdépendance économique, des alliances qui se nouent et s’opposent à un conflit.

Le président Nixon, se rappelant à la fin de sa vie l’une de ses principales décisions d’homme politique – le rapprochement avec la Chine – se demandait s’il n’avait pas « créé un [monstre de] Frankenstein ». Graham Allison estime que la stratégie américaine de l’après-guerre froide, dans la mesure où il y en a une, repose fondamentalement sur des contradictions. Le « Pivot vers l’Asie » de Barak Obama serait une simple remise à neuf de la stratégie de ses prédécesseurs démocrates et républicains, d’engagement et de défense (“engage but edge“) quand tout est permis et rien n’est interdit, allusion aux mesures, actions ou attitudes manifestement contradictoires si ce n’est incohérentes adoptées par le Trésor, le Secrétariat d’État et le Pentagone. Le tout avec pour résultats d’une part d’immenses profits pour les entreprises américaines qui ont bénéficié de produits à bon marché et pour les consommateurs qui en ont tiré parti et de l’autre des budgets annuels de 600 milliards de dollars qui ont permis au Pentagone de doter les forces américaines de systèmes d’armes toujours plus performants. Pour autant, les États-Unis auraient perdu ou risqueraient de perdre leur rôle dissuasif et la confiance de leurs alliés de la région, incapables de s’imposer sur la question des mers de Chine, ou sur la situation dans la péninsule coréenne, face à une stratégie chinoise subtile utilisant les failles de rivaux occidentaux sans stratégie.

Graham Allison se garde bien de trancher entre l’impossible, l’invraisemblable, et l’inévitable. Mais il recommande fortement de tenir compte des leçons de l’histoire, une gestion attentive de leurs relations par les plus hauts dirigeants des deux puissances rivales, jusqu’à penser l’impensable et à imaginer l’inimaginable.

Michel Jan, Asie21

(1) Directeur du Belfer Center pour les Affaires scientifiques et internationales de la Harvard Kennedy School.

修昔底德陷阱

美國學者艾利森2017年的着作:"終必一戰⋯⋯中美能否走出修昔底德陷阱?"乃是引申西元前五世紀發生的伯羅奔尼撒戰爭,從而推論,由於美國害怕中國的掘起與壯大,因此在不久的將來,雙方不免會爆發戰爭?
基於全球秩序正在改變,愈發突顯中國與美國的對立,艾利森從歷史的教訓來著眼,提醒世人,必須關注這個問題。過去旳例子,不勝枚舉,利益丶恐懼丶重大衝突丶以及個人意志等等,均會使對立走向緊張。而商業爭端走向外交磋商,就是爲了疏解軍事上的正面對抗。
那麼現在是否輪到中美兩國掉入"修昔底德陷阱"?在世界過往的歷史中,這已經不是第一次了,這也就是説,一個國家,辟如今天的中國,隨著經濟的快速發展,以及全球海運的開放,從而使得這個國家的海軍力量,有了驚人的提升!艾利森分析,雅典與斯巴達早年的對立,就是最好的證明,而許多前例指出,當一個國家(各個不同時代中的西班牙丶英國丶法國丶美國丶德國丶俄國)對世界注入一股新的秩序時,當時的守成大國必感不安!

在某些方面,艾利森吸收了杭亭頓着名的"文化衝突"的某些理論。中國與美國,在文化與社會模式上,極為不同,但卻都擁有一種強烈的文化優越感,並雅不願與他國分享,更談不上妥協,在此情況下,要此二國共存共榮,恐難如願。美國崇尚自由,中國領導階層則偏好秩序與穩定;美國是民主政體,中國則是權威制度。中國文化或文明,中國人自認是全世界獨有的,無法模仿,完全不須要西方傳敎式的政治文化!雖然中國(至少在原則上)願與其他國家,平等相待,但在全球和諧共治的理念上,中國可是自認世界第一,其他國家無法攀比。
今天,雖然美國與中國有着共同的利益,尤其是經濟上的,但是兩國目前已處於衝突的軌跡上,祇不過由於害怕爆發史無前例的核子大戰,雙方才有所克制。然而,根據過往的經驗,雖然衝突的兩方,不願兵戎相見,而傾向妥協。再加上,由於深深瞭解,他們所做的任何決定,均會導致何等嚴重的後果。然而,雙方領導人在極端民族主義的壓力下,難以預料的新情勢,或是在第三國或盟國的挑撥下,仍會違背本意,走向正面衝撞。美國陷入越南,就是一例。面對擁有核子武器的北韓,難道就不可能是另一個例子?
儘管美國與中國在經濟與金融上,有著密切的聯繫,因此對於導致雙方衝突的任何源頭,均能發揮阻擋的作用。但是不要忘了,對於美國人而言,中國人不僅會在未來某一天,強大到威脅他們的安全,而且會抹去他們做為全世界西方文明捍衛者的角色。從另一個角度而言,中國領導人習近平,他的"中國夢",不僅要重振中國共產黨,而且要在二十一世紀,"承擔起中華文化偉大復興的歷史責任"。習近平下定決心,要在2021年之前,在中國共産黨的領導下,使中國變得富強,並成為全球楷模!
歷史証明,守成國與掘起國,這兩強之間的衝突,並非不可避免。這就須要雙方最髙領導人,慎思明斷,發揮想像力,把不可能變為可能!