Inde – Chine : Une méfiance à long terme

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L’Inde, qui souhaitait accéder au Groupe des fournisseurs nucléaires au cours de sa session plénière annuelle (20 au 24 juin 2016 à Séoul) s’est vue opposer le veto de la Chine ainsi que de plusieurs autres pays (Nouvelle Zélande, Irlande, Turquie, Afrique du Sud et Autriche), veto motivé par le fait que l’Inde n’était pas signataire du TNP – préalable nécessaire pour pouvoir figurer à l’ordre du jour des sessions du GFN. L’exigence chinoise se révèle dérisoire au regard des violations du TNP commises par Pékin (transmission de secrets nucléaires au Pakistan et à la Corée du Nord et aide en matériels spécifiques). Les relations sino-indiennes sont décidément destinées à rester compliquées. Malgré sa répugnance à choisir un camp, Delhi pourrait se préparer à devenir un challenger crédible de la Chine dans la région, notamment en mer de Chine du Sud.

Description

FAITS

La session plénière annuelle du Groupe des fournisseurs nucléaires, GFN (Nuclear Suppliers Group, NSG), rassemblant 300 participants de 48 pays membres, s’est tenue du 20 au 24 juin 2016 à Séoul, pour débattre de l’amélioration du contrôle des exportations de matériels pouvant être utilisés pour développer des armes nucléaires. L’admission de l’Inde au sein du GFN – les décisions y sont prises par consensus, donc à l’unanimité – a été un des points qui ont fait débat. Malgré la dérogation – obtenue en 2008 avec l’appui de la Chine – qui lui confère depuis une appartenance de fait à cette instance, Delhi fait du lobbying pour s’y inscrire officiellement. Ayant obtenu l’appui de la plupart des pays membres, notamment celui des États-Unis avec lesquels elle entretient une coopération nucléaire, l’Inde espérait en effet pouvoir faire son entrée cette année. Quelques pays (Nouvelle Zélande, Irlande, Turquie, Afrique du Sud, Autriche) ont formulé des objections sans remettre en cause l’adhésion de l’Inde au GFN.

Pékin, consulté par le ministère indien des affaires étrangères, aurait d’abord indiqué que l’adhésion pouvait suivre une « procédure fondée sur des critères ». Mais en réalité, lors d’une réunion préparatoire, la candidature indienne s’est vue opposer le veto chinois au motif que l’adhésion au TNP, dont l’Inde n’est pas signataire (elle ne veut pas se lier les mains quant à un éventuel usage militaire), était un préalable absolu pour pouvoir figurer à l’ordre du jour des sessions du GFN. Malgré un entretien entre Modi et Xi le 23 juin, en marge du sommet concomitant de l’Organisation de coopération de Shanghai, la position chinoise est restée inflexible. Cette inflexibilité est une exigence dérisoire si l’on se souvient qu’au mépris de sa signature du TNP, la Chine a transmis des secrets nucléaires au Pakistan en 1983 puis, en mars 2013, discrètement accédé à la demande du Pakistan de lui construire un troisième réacteur. […]

Rémi Perelman, Asie21

Cf. Asie21 n°83 mars 2015, « Inde-Chine, Arunachal Pradesh : l’Inde blinde son orient »

http://www.asie21.com/asie/index.php/inde/844-inde-renforcement-de-sa-frontiere-orientale-avec-la-chine-en-arunachal-pradesh-remi-perelman-mars-2015

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°97 juillet-août 2016