Indonésie : Foyer de la menace terroriste en Asie du Sud-Est ?

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Les attentats du 14 janvier 2016 à Jakarta ont relancé les débats autour de la menace terroriste en Asie du Sud-Est, région particulièrement exposée à ce risque. En 2015, on comptait plusieurs centaines de Sud-Est Asiatiques au Moyen-Orient après des campagnes de recrutement très actives. Tous les gouvernements craignent évidemment leur capacité de nuisance une fois de retour dans la région : depuis plusieurs mois, les services de renseignement et les polices locales sont en état d’alerte maximale. Face à cette menace, l’ASEAN s’organise : c’est sur ce terrain que la coopération est la plus avancée, même si elle est discrète.

Description

FAITS

  • Le 14 janvier 2016, six attaques simultanées se produisent dans des lieux généralement fréquentés par des étrangers ; huit personnes (trois civils, cinq assaillants) sont tuées et vingt-quatre autres blessées.
  • Daech revendique l’attaque menée sur le même mode opératoire que les attentats kamikazes de novembre à Paris (plusieurs engins ont explosé de manière concomitante). Le groupe État islamique avait lancé un avertissement bizarre quelques jours auparavant. Deux assaillants au moins appartenaient aussi à la Jemaah Islamiyah dont le chef, Abu Baakar Bashir, actuellement en prison, a rallié l’EI.
  • Le président Joko Widodo a rapidement qualifié ces événements d’actes terroristes. « Notre nation et notre peuple ne devraient pas avoir peur, nous ne serons pas vaincus par ces actes terroristes » a-t-il déclaré. Des organisations musulmanes comme les très populaires Nahdlatul Ulama et Muhammadiyah ou le Conseil National des Oulémas récusent également de tels actes. Le Hashtag « kami tidak takut »  (même pas peur) était devenu un symbole de défi international sur twitter.
  • Les assaillants étaient des ressortissants indonésiens qui entretenaient des liens « actifs » avec l’EI selon les documents et preuves trouvés dans la maison d’un des assaillants. La police oriente ses recherches sur les réseaux organisés autour de l’extrémiste Bahrun Naim, qu’elle suspecte d’avoir préparé les attaques. Naim, actuellement à Raqqa en Syrie, serait membre fondateur de Katibah Nusantara, groupuscule de « combattants d’Asie du Sud-Est » partis faire le djihad au Moyen-Orient. Des ressortissants malaisiens, singapouriens et philippins participent aussi au KN.
  • Les autorités et la police ont annoncé avoir déjoué un acte de même nature en décembre et pendant les fêtes du nouvel an. Une vague d’arrestations, le 20 décembre 2015, avait précisément permis de déjouer des attaques à Java et Sumatra. […]

Sophie Boisseau du Rocher, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°92 février 2016