Sun Yat-sen, Marie-Claire Bergère, Fayard, 1994 – 孫中山

Sun Yat-sen, Marie-Claire Bergère, Fayard, 1994 – 孫中山

La conception politicienne de l’histoire en Chine à faire surgir du passé une légitimité nouvelle, propre à consacrer le pouvoir en place et ses projets en associant la mémoire et l’interprétation du passé à l’idéologie dominante et à la pratique gouvernementale, a permis, explique Marie-Claire Bergère, de remplacer le 10 octobre 1979 le portrait de Mao place Tian’anmen par celui de Sun Yat-sen (aux côtés de Marx, Engels et Lénine) annonçant le début des réformes (4 modernisations).

中國歷史中,有些政治家的理念,往往被後代的當權者加以推行,賦予新意,而北京政府就於1979年10月10日,在宣佈推行四個現代化的同時,將天安門廣場的毛澤東像,換成孫中山像,而與馬克斯丶恩格思及列寧並列。如此一來,共産黨和國民黨一樣,都把孫中山視為實現革命運動的化身…

Communistes comme nationalistes ont tous deux traité Sun Yat-sen comme un symbole en en faisant l’incarnation d’un mouvement révolutionnaire. L’appel du gouvernement de Pékin à une relance, en 1979, des études sur Sun Yat-sen a pour objectif de réajuster son dogme et de servir sa nouvelle politique réformatrice. Et la plupart des historiens occidentaux n’ont cessé de remettre en question la personnalité et le rôle de Sun Yatsen, pointant sa faiblesse, ses échecs et ses incohérences. L’historiographie de Sun apparaît comme un « terrain d’affrontement entre deux modes de production de l’histoire et comme une source inépuisable  d’incompréhension réciproque entre spécialistes chinois et occidentaux. » Aussi, à travers cet ouvrage, Marie-Claire Bergère tente une analyse dépassionnée de la vie et l’œuvre de Sun Yat-sen.

Sun Yat-sen est un pur produit de la Chine maritime, celle des provinces côtières et des communautés d’outre-mer, ouverte aux influences étrangères. Après la révolution de 1911, Sun devient un président éphémère dans une république qui sombre très vite dans la dictature puis le chaos. En 1924, l’hostilité des Occidentaux le pousse à s’allier à la « Russie soviétique et à s’inspirer de son exemple pour réorganiser son parti le Guomindang et pour renouveler la formulation de sa doctrine, le triple démisme. L’auteur a reconstitué le déroulement de sa carrière, celle d’un homme aventurier des mers du Sud, devenu le père fondateur du régime républicain puis chef d’un grand mouvement nationaliste révolutionnaire, pour identifier le véritable rôle historique. Sun est présenté dans l’historiographie comme brouillon et opportuniste, le pouvoir de décision lui échappant. Il n’est pas un théoricien. Sa doctrine, le triple démisme, n’a ni l’originalité ni la rigueur intellectuelle du marxisme ou des textes politiques des Chinois Kang You-wei ou Liang  Qichao. Son destin ne s’égale pas à son contemporain Lénine. Mais en fait, le vrai Sun Yat-sen, nous explique l’auteur, est un héros du monde contemporain : un homme de communication, une sorte de génie médiatique, né pour les jets, le fax et la télévision, même s’il dut se contenter des paquebots, du télégraphe et de la presse. Sun Yat-sen a été façonné par le contexte historique dans lequel il a vécu et a incarné celui d’une Chine abordant la modernité. Il mise sur le nationalisme anti-impérialiste. Il pressent le danger de la technocratie pour la démocratie, souligne le rôle des infrastructures dont le pays a besoin et conçoit un nouveau style de relations internationales fondées sur la coopération. Son acuité de perception est favorisée de par son parcours : né à Canton aux antipodes de la capitale, il a grandi à Hawaï, a étudié à Hong Kong, a résidé au Japon et en Asie du Sud-Est et a voyagé en Europe et aux États-Unis. Il tisse un réseau d’implantations chinoises avec les communautés de marchands chinois émigrés, des étudiants, des intellectuels exilés. Ces implantations sont liées entre elles et avec la mère patrie par de multiples solidarités (claniques, religieuses, dialectales, économiques). Ces communautés chinoises, en dehors de toute base territoriale ou nationale, sont fidèles à une certaine culture confucéenne tout en poursuivant leur conversion à la modernité. Les mailles de ce vaste réseau permettent à Sun de découvrir le monde sans rompre avec la civilisation chinoise, de devenir un observateur cosmopolite, jugeant la Chine de l’extérieur tout en l’aimant. Il se donne pour mission de sauver son pays. Son extrême mobilité géographique lui permet de franchir aussi facilement les frontières culturelles que géographiques. Il sait que pour convaincre, il faut savoir parler la langue de l’interlocuteur. Toujours à la recherche de partenaires et d’alliés, il tente sa chance auprès des condiottieri chinois et des banquiers américains, des militaires français et des bureaucrates japonais.  Il recrute ses amis parmi des aventuriers, des affairistes, des marginaux, des idéalistes et des extrémistes rejetés par leur propre société. Sun est un passeur culturel. « Suivre l’itinéraire de Sun Yat-sen, c’est aborder le processus de la modernisation en se détournant de la voie royale  de l’histoire intellectuelle et politique pour emprunter la porte de derrière. »

Le livre est passionnant de par le sujet et l’époque d’une part et pour comprendre aujourd’hui de l’autre. Profitons-en pour rendre hommage à notre professeur aux Langues’O, Marie-Claire Bergère.

Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21

書名—-孫中山
作者—-白吉爾夫人
出版社—-法雅出版社
發行年份—-1994

中國歷史中,有些政治家的理念,往往被後代的當權者加以推行,賦予新意,而北京政府就於1979年10月10日,在宣佈推行四個現代化的同時,將天安門廣場的毛澤東像,換成孫中山像,而與馬克斯丶恩格思及列寧並列。如此一來,共産黨和國民黨一樣,都把孫中山視為實現革命運動的化身。1979年北京當局呼籲,重新研究孫中山,以便調整共黨教條,更好的為新的政治改革服務。對大部分的西方歷史學家而言,他們不斷的對孫中山的人格提出質疑,指出他的缺點,諸多敗筆及矛盾。有関孫中山的歷史文獻,使得"歷史事件的不同解釋,造成兩派的爭端,並且在中方與西方專家之間,形成無止境的彼此互責。"也因此,白吉爾夫人想透過這本書,對孫中山的一生及作為,做出客觀分析。

孫中山純屬中國沿海城市的產物,換言之,身處沿海地區及華僑社會,他當然深受外國人影響。1911年辛亥革命後,他做過短暫的臨時大總統,隨後民國陷入專制與軍閥混亂。由於對西方國家的仇視,迫使他師法俄國革命,改造國民黨,並重新整理三民主義"。

作者認為,真正的孫中山,乃是當今世界的英雄人物:他善於溝通,擅長演講。在歷史的大背景下,他生活並嵌入在中國走向現代化的大潮流之中。他主張打倒帝國主義的民族主義,他亟言官僚政治對民主的危害,他強調基本建設對一個國家的重要性,他指出平等互惠乃是國際関係的新形式。他接觸的環境,藴育他敏銳的認知:他誕生在中國北京的南端另一頭 —-廣東省,他在夏威夷長大,香港唸書,住過日本及東南亞,旅行歐美 ,周遊列國。他擁有的華人網,包括移民的華商、學生、及流亡的知識份子。這個人脈又彼此交識,並基於族群丶宗教、方言及經濟,在相互幫助下,又與祖國交溶在一起。這個華人圈,雖存在於不同的地域及國家,但卻忠於某種儒家文化,並追求現代化。這種龐大的人際網,使得孫中山在發現新世界時,不至於與中國文化絕裂,並使他成為全球的觀察家時,下定決心要拯救他的國家。孫中山旅行頻繁,使得他很容易的跨過文化及地域障礙。他深知要說服對方,就應說對方的語言。

孫中山不斷的尋找同志及盟友,他四處與中國伙計丶美國銀行家、法國軍方及日本官員拉関係。他結交的朋友包括冒險家、商人、邊緣人、理想家、以及被各自社會所排斥的極端份子。孫中山是文化的傳遞者。"循著孫中山作為的軌跡,即可探悉揭開民智、邁向現代化的整個過程"!

透過這本生動的着作,不僅瞭解那個時代,而且也可洞察當今的世界。謹以本文,向法國國立東方語言與文化學院教授白吉爾夫人,致上最高的敬意!

Résumé

Première partie

L’aventurier des mers du Sud (1866-1905)

Avant l’âge de 40 ans, Sun Yat-sen est un homme sans importance. Fils de paysan, il est d’emblée exclu de la société chinoise, celle des élites et des terriennes. Son éducation religieuse fait naître en lui la vocation de sauver son pays. Il est bien placé pour mesurer la gravité de la crise que la Chine traverse, en proie aux convoitises étrangères. Mais il est privé de tout crédit dans une société livrée au pouvoir des lettrés. Sa démarche antidynastique (contre les barbares mandchous) s’accompagne d’un discours occidentalisant, prônant le nationalisme et la démocratie. Le jeune révolutionnaire complote contre les magistrats et tente de soulever les paysans. De marginal, il devient rebelle, criminel. Il était émigré, le voici banni.

Son enlèvement et sa séquestration à Londres par la légation chinoise en fait un héros et lui permet de se construire une réputation de patriote et de progressiste libéral persécuté. En 1900, il n’est toujours qu’un hors-la-loi ou méprisé pour son pays. C’est alors que son destin bascule avec la crise des Boxeurs Toutes les structures de l’empire sont ébranlées et la modernisation s’impose comme la seule voie de salut. La Chine des ports et des communautés d’outre-mer devient un modèle et ses valeurs (nationalisme, occidentalisme, modernité) commencent à s’imposer à une nouvelle génération d’intellectuels.

Sun fédère autour de lui les fils de lettrés et de mandarins qui l’ont rejeté. Il fonde, en 1905 à Tokyo, la Ligue jurée et devient à 39 ans le dirigeant révolutionnaire qu’il a simplement prétendu être avant. Son succès consacre la montée en puissance de la Chine maritime et cosmopolite face au vieux continent rural et bureaucratique.   

 

Chapitre premier

Les années de formation (1866-1894)

Né  dans une famille paysanne très modeste, élève à Hawaï par un frère aîné dont la boutique prospérait, Former dans les collèges de Hawaï et de Hong Kong, Sun Yat-sen n’est pas un intellectuel. Il parle l’anglais, il écrit le chinois, il s’est initié à la médecine occidentale. Il doit sa véritable formation à l’observation des réalités de son temps. La Chine traverse alors une grave crise, conséquence de l’ouverture forcée aux étrangers et du déclin dynastique. Mais de ce fait, une nouvelle société et une nouvelle culture sont en train d’émerger, marquées par :

  • L’essor du commerce extérieur,
  • La présence dominante des étrangers,
  • Le souci commun d’enrichissement accéléré,
  • Le triomphe du pragmatisme.

Cette civilisation de la côte ce prolonge dans les communautés chinoises de la périphérie (Hong Kong et Macao) et de l’outre-mer et s’oppose à la tradition rurale, bureaucratique, confucéenne des provinces intérieures. Sun Yat-sen en apparaît comme le pur produit. L’histoire de sa jeunesse est celle de ses rencontres, de ses amitiés, des liens établis alors que, de par sa naissance et son éducation, le monde des lettrés, des mandarins, de la gentry lui est fermé. En 1894, une fin de non-recevoir – une exclusion –  de la part de Li Hongzhang (1823-1901), gouverneur général du futur Hebei, un des plus puissants mandarins de la Chine impériale, à laquelle il se heurte, va le confirmer dans la voie d’une opposition marginale : en puissance, originale et radicale.