La ruée vers l’Europe ou la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, Stephen Smith, Grasset, 2018

La ruée vers l’Europe ou la jeune Afrique en route pour le Vieux Continent, Stephen Smith, Grasset, 2018

Résumé synthèse

L’auteur est un professeur d’études africaines à l’université Duke. De nationalité américaine, il a été journaliste spécialisé sur l’Afrique pour différents organes de presse français de 1986 à 2005.

La démographie des population sert de base aux analyses prospectives des relations entre l’Afrique et l’Europe d’ici 2.050. Des comparaisons sont faites entre divers pays en Amérique (USA et Mexique) et en Asie (Chine Japon), des analyses détaillées des évolutions de la démographie en Afrique même afin d’expliquer les raisons de la situation actuelle et « prévoir » ce qui pourrait se passer dans un proche avenir. Analyse sociologique sommaire, quelques données techniques complètent cette étude prospective très fouillée et aux conclusions alarmantes.

  1. D’ici 2050, la population africaine augmentera de 1,3 milliard actuellement, à 2,5 milliards, et la population de l’Europe (hors Russie) diminuera de 510 millions actuellement à 450 millions. D’ici un siècle, 3 personnes sur 4 qui viendront au monde, naîtront au sud du Sahara ».
  2. Les migrations Sud Nord vont s’amplifier, le nombre d’Africains migrant en Europe passera de 9 millions actuellement à 50 ou 80 millions selon les scenarii évoqués. La population de l’Europe pourrait comprendre de1/4 à 1/2 d’Africains ou de descendants d’Africains.
  3. L’évolution sur les 40 dernières années des démographies entre les USA et le Mexique sert de modèle pour les prévisions de ce livre. Le Mexique était trop pauvre dans les années 70 pour nourrir un flux de migration important, son développement économique interne a été accompagné d’un flux grandissant de migrations vers les USA. Dans les 30 dernières années, 10 millions ont émigré pour donner naissance à une communauté de 30 millions de Mexicains-Américains, soit 10% de la population des USA. Les USA sont nés et sont nourris par les migrations, mais ils sont encore 2,5 fois plus peuplés que le Mexique…., quand l’Europe sera 5 fois moins peuplée que l’Afrique en 2050..
  4. Les raisons de ces mouvements de population sont multiples et simples
    • La faiblesse de la croissance démographique africaine était due à :
      • des raisons historiques – la traite durant des siècles, l’exploitation coloniale européenne dans le dernier siècle qui outre le travail forcé, avait introduit des maladies contagieuses-
      • des raisons écologiques, l’Afrique n’est pas une terre de l’Eden!
      • des raisons sociologiques avec la structure du savoir gérée par les vieux,
    • pour résultat, la population africaine a stagné durant des siècles (croissance de 20% sur 5 siècles ), quand elle était multipliée par 5 en Europe ou en Chine. Aujourd’hui, 1,3 milliard et 2,5 milliards en 2050!
    • De grands changements sont intervenus dans le dernier siècle :
      • Médecine et baisse de la mortalité à la naissance,
      • Éducation des populations,
      • Flux économiques avec les cultures de traites, introduisant la mobilité des populations avec les flux financiers.
    • Le résultat a été :
      • une reprise de la croissance de la population, qui devrait être multipliée par 16 entre 1930 et 2050 (vs 1,7 en France).
      • Une croissance urbaine explosive avec des villes comme Lagos qui pourrait atteindre 42 millions d’habitants d’ici 30 ans, comme toutes les autres capitales qui ont des croissances démesurées hors contrôle – populations multipliées par 30 ou 50-.
      • Les zones rurales conjointement qui se vident. On estime que 500 millions d’Africains quitteront la campagne d’ici 2030.
  5. Comment expliquer ces mouvements: fuir est la solution, la campagne pour la ville, puis l’Afrique pour l’au delà
    • La poussée des jeunes a détruit la structure sociologique des populations autrefois rurales où les vieux avaient le pouvoir et transmettaient le savoir. Les nouveaux états indépendants n’ont ni les compétences, ni la volonté, ni les capacités pour créer des structures sociales ou éducatives. Pression des jeunes, destruction de l’ancien ont créé la croissance anarchique actuelle. Cohabitation entre les tambours parleurs et la 4G dans la brousse a conduit à ce que les jeunes préfèrent le rêve des images à la réalité qu’ils subissent. Ils choisissent l’inconnu et ses risques et non le connu et ses certitudes et « l’enfant est devenu le père de l’homme »
    • La pression démographique a accru les dommages écologiques, de moins en moins d’eau et de terres fertiles pour de populations de plus en plus grandes. Les marchés des villes – concentrés – sont nourris par les importations de produits alimentaires moins chers. Le container d’Anvers à Abidjan revient moins cher que la collecte en brousse…
    • Les finances publiques de l’Etat sont réduites, il n’y a aucune méthode rationnelle pour les utiliser équitablement au profit des populations, « la corruption est la devise » du pouvoir.
    • L’aide au développement a créé suffisamment de richesse, pour que des groupes organisés « investissent » dans la migration – 1.500/2000 € par migrant, opération facilitée par l’existence d’une diaspora ethnique regroupée et déjà installée… Les risques sont faibles et très inférieurs à ceux normalement encourus par un Africain dans son pays.
    • Les Africains sont les premiers à ne pas croire en leur pays, à commencer par les diplômés.
    • Et l’avenir économique est encore plus sombre, avec une natalité toujours hors contrôle 6 à 8 enfants par femme), des changements climatiques comme l’assèchement du lac Tchad d’ici 2035, la désertification du Sahel.. et des Etats toujours aussi inexistants et plus prédateurs que jamais qui ont réussi à transformer en sources de profit les carences des services publics, …avec la privatisation de l’éducation et de la santé..
  1. Et l’Europe dans tout ça?
    • L’Europe gère « compassion »irresponsable, « affairisme » cynique, «populisme » qui plait, mais surtout « lâcheté » coupable devant des événements prévisibles qu’il faudrait traiter avec réalisme, courage et vision du lendemain (qui ne chantera pas). 
    • « La non-assistance à personne en danger est un crime – ultra posse nemo obligatur – de pouvoir porter secours sans se mettre en danger soi-même. Le droit de la cité appartient aux Citoyens ».
    • Que choisir? La jeunesse africaine pour substituer une jeunesse européenne manquante? C’est une question de vision de société de demain que de privilégier la main d’oeuvre disponible immédiatement venue d’Afrique – en oubliant les coûts sociaux qui lui sont liés aujourd’hui et surtout demain -par rapport à une politique favorisant la natalité en Europe.
    • 4 scenarii sont évoqués:
      • eurafrique. Au nom de l’angélisme et de la « politique de la pitié » dont l’Afrique ne veut pas, on accueille. Mais l’Etat Providence sans frontière est une contradiction dans ses termes, à l’instar d ‘une « famille universelle », on détruit tous les systèmes de relations sociales existant actuellement (SS, santé etc), et l’identité nationale…
      • forteresse: on rejette actuellement entre 70 et 100% des demandes d’asile.., ça ne change rien, sinon des poussées du populisme. Quand le peuple ne se sent pas protégé, il a des réactions imprévisibles…
      • dérive mafieuse: comme on négocie actuellement avec des Etats (Turquie..) ou on combat les groupes mafieux de passeurs… sans succès durable…
      • retour au protectorat: avec les pays africains, on négocie des aides ou des avantages commerciaux avec en retour des obligations de contrôle des migrations.
      • bric et broc: ou « chacun pour soi et Dieu pour tous ». Puisqu’il n’y a ni vision commune européenne ni pour aujourd’hui, ni pour demain, chacun fait ce qu’il veut en fonction de ses intérêts immédiats, de ses hommes d’affaires, de ses élections… avec en face des Africains qui développent une politique de la débrouille dans le cadre d’une solidarité « tribale » terriblement efficace.
  1. Conclusion: la grenade est dégoupillée…. Elle explosera quand… et pourtant IL Y A DES SOLUTIONS, mais on ne peut faire boire un âne qui dit ne pas avoir soif…

Maurice Rossin, 27/02/2018

Résumé du livre 

En 1885 (conférence de Berlin), l’Europe se partagea l’Afrique, l’Europe (hors Russie) avait 275 millions habitants quand  l’Afrique, 6 fois plus étendue avait 100 millions habitants.

En 1960, un peu plus de la moitié de la population vivait en misère absolue, Aujourd’hui, un peu moins de la moitié de la population vit toujours en misère absolue, avec 150 millions de consommateurs qui ont un revenu quotidien entre 5 et 20 dollars, et sont poussés dans le dos par 200 millions d’autres qui n’ont que 2-5 dollars par jour!

Personne ne peut prévoir le futur, mais si on compare avec la situation mexicaine: dans les années 70, les Mexicains n’ont pas assez de moyens pour émigrer aux USA, 1 million seulement avait traversé le Rio Grande; avec le début de prospérité depuis la fin des années 70, 10 millions ont émigré entre 1975 et 2010, donnant naissance à une communauté de 30 millions de Mexicains-Américains, soit 10% de la population américaine.

Avec un scénario analogue, d’ici 2050, ce sont 150-200 millions d’afro-européens (ils sont 9 millions aujourd’hui), autrement dit ,1/4 à 1/5 de la population européenne serait d’origine africaine.

 

MAIS,  le Mexique avait 60 millions habitants en 75 soit 1/3 de la population des USA, en 30 ans (1975-2015), la population mexicaine qui a été multipliée par 3, ne représente toujours pas plus de 4/10 de la population américaine (USA).

ET, la population africaine (1,3 milliards) est actuellement un peu plus du double de la population européenne (510 millions), elle sera 5,2 fois plus importante que la population européenne dans 30 ans (2,5 milliards contre 450 millions)! Et de plus, 2/3 de la population africaine aura moins de 30 ans (actuellement 50% a moins de 15 ans), quand la moyenne d’age en Europe sera de 51 ans!

Enquête Gallup 2016: 42% des Africains de 15 à 24 ans veulent émigrer, 32% des cadres supérieurs veulent faire de même

Les Africains en Europe étaient 900.000 en 1960 (année des indépendances), 3 millions en 97(dont 2/3 du Maghreb) , 9 millions en 2016, 2 millions sont arrivés dans les 10 dernières années, les sub-sahariens devenant dominants.

Selon les Nations Unies (étude 2.000), l’Europe pour stabiliser sa population devrait importer 50 millions de migrants d’ici 2050, 80 millions si elle voulait stabiliser sa population active.

L’Europe n’a jamais voulu regarder en face son déclin de population ni traiter des migrations ni faire des choix politiques, d’où la tragédie actuelle découlant de sa politique de l’autruche, car le migrant résout un problème d’urgence sans tenir compte des externalités du sujet, sans tenir compte des pertes de son Etat qui gaspille ses forces vives, (quelquefois formées ). On doit aussi comptabiliser les coûts d’intégration dans le pays receveur (éducation, formation etc….).

Cinq chapitres dans ce livre

  1. La loi des grands nombres
  • Entre 1500 et 1900: populations africaine augmente de 20% (80 à 95 millions hb), la population en Europe (comme la Chine) est multipliée par 5
  • Entre 1930 et 2050 : Multiplication par 16 du nombre d’Africains vs 1,7 pour la France
  • Nombreuses raisons pour expliquer ces écarts: la déportation de 28 millions d’Africains entre le VII et le XIX siècle (12 millions en Amérique dont 5% seulement aux USA), les épidémies, les déplacements de populations par les puissances coloniales – on parle de 50% de la perte de population au Congo belge..), ou l’ équivalent à la peste noire en Europe à la fin du XIV siècle.

Il n’y a pas de finances publiques « Détourner pour les siens (ministre ou investisseur..).. s’assimile à un choix rationnel » dans un pays où tout manque suite à l’afflux de ces populations. « la corruption est la devise ».

Nigéria: 40 millions hb en 1960 (dont 350.000 à Lagos), 180 aujourd’hui (dont 21millions à Lagos) et  dans 30 ans…entre 300 et 400 millions…(dont 42 millions à Lagos) Les campagnes se vident, « l’influence des aînés n’existe plus dans leur vie précaire que sous la forme spectrale du vieux, autrefois un sage, devenu « un roi des mendiants ».. et Ce vieux sage est un astre menacé d’extinction dans une galaxie de jeunes »; tous vont à la ville, Lagos reçoit 600.000 jeunes migrants des campagnes par an…les moins de 30 ans représentent près de 90% de la population de Lagos!

« D’ici un siècle, 3 personnes sur 4 qui viendront au monde, naîtront au sud du Sahara »

Depuis 1960 à aujourd’hui, la population de Lagos a été multipliée par 60, d’Abidjan par 40, de N’jamena par 55, Kinshasa par 30 etc…

L’organisation sociale de l’Afrique ne permet pas de vivre décemment (éduquer, soigner, loger…),  donc les gens partent. Aucune politique démographique n’a été appliquée en Afrique. Les pays ont laissé leur population (i) se multiplier (ii) mal se nourrir en absence de révolution verte (iii) se concentrer sur les villes pour vivre de la « débrouille ».

  1. L’ile continent de peter pan

Le livre de Kaplan ‘the coming Anarchy » de 1994 a semé l’effroi… mais n’a rien changé. L’auteur considère que l’Afrique recèle 60% des terres arables au monde non encore mises en valeur (il y aurait de l’espoir., je doute de ces chiffres) … Echec total des politiques agricoles puisque d’ici 2030, 500 millions d’africains auront quitté la campagne. D’ici 2050, la production agricole devrait être multipliée par 5 pour nourrir les populations, sinon, il faudra importer la nourriture, alors que le Nigéria dépense déjà 1/5 de ses revenus pétroliers pour ses importations alimentaires.

Le problème de la jeunesse, autrefois formée par les vieux dans la structure traditionnelle, devrait être formée par l’Etat dans le cadre de la nation, mais faute d’argent, elle n’est plus formée, elle n’a plus de règle autre que celle de partir et de se  débrouiller. « entre le connu et l’inconnu, elle se précipite sur l’inconnu ». Il y a rupture avec le passé sans accrochage à l’avenir et multiplication  des religions,  en particulier baptistes ou musulmanes extrémistes.

Fragilité des démocraties africaines incapables de répondre aux besoins fondamentaux d’une multitude de jeunes aspirant à bâtir leur vie.

  1. L’Afrique émergente

L’Afrique coloniale est morte, la population blanche a toujours été très minoritaire même dans un pays comme le Kénya (1,6% de la population au maximum de sa présence).

Les nouveaux états sont incapable d’assumer la moindre mission de l’Etat, ils transforment en source de profit, leur carence de service public.. par exemple l’éducation est sous traitée , au Congo (RDC), 71% des écoles sont des établissements privés, id en Ouganda, au Nigéria.. Les étudiants africains sont les bienvenus à l’occident car, ou ils sont brillants (et resteront ) ou leurs parents sont riches, et ils paieront.

La  part du continent africain dans le commerce mondiale depuis 1950 varie entre 2 et 3%, et 1,5 à 2% du PIB mondial. Elle n’a pas changé notablement.

L’énergie électrique produite par le continent tout entier,  égale la production de l’Espagne ou l’Argentine ou des 20 millions de New-Yorkais.

« La jeunesse africaine tourne le dos à la tribu des vieux » Césaire 1933 ou plutôt « l’enfant est le père de l’homme »… les jeunes – délaissés et très nombreux- n’ont qu’un désir: en sortir. Une ruée collective vers la porte n’est pas forcément la solution….

  1. Un départ en cascade

Combien de temps pourra t on encore répéter à la multitude généralisée qu’il ne faut pas bouger mais attendre de pied ferme le développement ou sinon l’aide au développement  (quand 10% des plus riches détiennent 50% du patrimoine et que 50% des plus pauvres n’en ont que 10%)

Deux conditions pour fuir vers l’Europe (i) le pactole de départ 1.500 à 2.500 Euros, impossible de l’avoir seul, donc rassemblé par un groupe (famille plus ou moins étendue avec des droits et devoirs), (ii) existence d’une communauté diasporique, tête de pont sur l’autre rive de la Méditerranée. A la différence de l’émigré portugais, l’émigré malien, même naturalisé français, sera toujours partie d’une diaspora à géométrie variable (malienne, africaine, noire).

Paradoxe: les pays du nord subventionnent les pays du sud afin que les démunis puissent vivre mieux … et rester chez eux, les pays riches se tirent une balle dans le pied. En effet, du moins dans un premier temps, ils versent une prime à la migration en aidant les pays pauvres à atteindre le seuil de prospérité à partir duquel leurs habitants disposent de suffisamment de moyens pour partir et s’installer ailleurs » et il n’y a pas de solution. …

Le stress écologique est une raison très importante des  migrations. Le Sahel sur 7 millions de km2 (1/4 du contient africain) est occupé par 135 millions habitants en 2015, en 2050, il aura 330 millions habitants… alors que la production agricole du Burkina Faso ou du Niger aura chuté de 13-50% pour des raisons climatiques pures…

Et quelques chiffres sur le Niger, qui n’a dépensé que 50% de son aide au développement en 2014, avec 60% de sa population de moins de 18 ans, 80% des enseignants non formés, et 1.500 chômeurs inscrits à l’ANPE et 243.000 nouveaux arrivants sur le marché du travail (qui n’offrait que 4.000 places) et 572.000 qui vont arriver en 2035 (chiffre précis car déjà nés…)

Et pour compléter ce tableau, le lac Tchad qui s’étendait sur 23.000 km2 devrait entièrement disparaître en 2035…

Comment s’étonner de la croissance des mouvements religieux comme Boko Haram dans ce contexte chaque jour plus explosif?

Une culture nationale relève de l’illusion identitaire….et même dans les migrations internes, ce sont les identités tribales qui l’emportent avec les quartiers de mégapoles qui regroupent les migrants de la même ethnie (Bété, Dioula, Mossis….) Aujourd’hui, le retour à la campagne est aussi illusoire que le « co-développement euro-africain. Le pays qui avait le mieux intégré les immigrés était la Côte d’Ivoire (mêmes droits que les nationaux) .. avec les résultats que l’on connaît.. le pays a attiré 1,3 millions de migrants entre 76-80 pour un pays qui avait 7 millions habitants.. et une guerre civile(qui dure toujours)  en a résulté

La venue en Europe impose une nouvelle éducation pour le migrant: la culture de la clandestinité et de la débrouille. Les jeunes Africains rapportent à l’Europe que l’Europe a semé à tout vent « le mal de l’infini », et le « mal de l’infini » capte bien la part sombre de la mondialisation: il n’y a plus de limites mais toujours des frontières…

 

La pire réponse que l’on puisse apporter aux migrants africains est « la politique de la pitié » (A. Arendt)

Les risques pris par les migrants avec la traversée de la Méditerranée sont médiatisés à outrance, mais n’empêchent pas les migrations, car les migrants sont plus intelligents que nos médias; ils savent très bien que les risques sont minimes et proches de zéro. Le risque de se noyer en traversant la Méditerranée est de 0,37% en 2015 et 1,3% en 2016, alors qu’il est de 1,7% pour mère soudanaise qui va accoucher, (Banque mondiale), et que la mortalité post opératoire après une opération cardiaque est de 2% en Europe…

  1. l’Europe entre destination et destin

Une seule certitude: il y aura une rencontre migratoire en l’Afrique et l’Europe dans les 30 prochaines années, 150 millions de migrants si on suit la course du Mexique… 250 – 300 millions si on croit d’autres instituts de prévisions…

Les questions posées sont (i) les Africains pourraient-ils servir de chair à retraite à l’Europe? (ii) comment adapter (et est ce possible) les systèmes sociaux en place – éducation, santé, retraite – si 1/4 de la population européenne (plus de la moitié de moins de 30 ans) sont africains?

La non-assistance à personne en danger est un crime – ultra posse nemo obligatur – de pouvoir porter secours sans se mettre en danger soi-même. Le droit de la cité appartient aux Citoyens, on peut souhaiter, voire prédire, la désuétude de l ‘Etat et de ses frontières, l’obsolescence des nationalités, mais pour le moment le passeport sert de carte d’adhésion à un club dont les membres ont des droits et devoirs… et on n’adhère pas à un club par une dérogation à ses règles. La diaspora africaine en Europe n’est que le retour d’un lancer de  boomerang colonial qui a raté sa cible . La politique d’assimilation a formé une politique de connivences entre les élites (en France) et la France – Afrique avec son avatar criminel « Françafrique » sont devenus des miroirs déformants, ils ne reflètent plus les réalités, rassurent les élites et hommes d’affaires, fut ce au prix de « magouilles ».

On compare la politique de 2 pays (i) les USA, politique de migration avec 20% des migrants du monde pour 5% de la population mondiale et sans sécurité sociale, (ii) le japon – zeromigration-.

Si l’Europe voulait maintenir au même niveau les rapports « actifs » et « dépendants », elle devrait accueillir chaque année 13 millions de migrants et avoir en 2050, les 3/4 de sa population qui sera africaine ou d’origine africaine. Cette hypothèse est naturellement à écarter, d’autant plus que les coûts liés à la venue des migrants – formation à la langue, éducation, etc..- devraient exploser vu la structure familiale des nouveaux arrivants. Une politique d’aide aux familles actuellement en place reviendrait moins cher.

On vide l’Afrique de ses capacités: plus de 1/3 des médecins africains servent dans un pays de l’OCDE, près de la moitié des africains avec un diplôme universitaire ont quitté leur pays, « les mieux instruits ne croient pas à leur pays, ils se sauvent ». Le retour d’argent n’est pas une cause suffisante, former un médecin coûte 180.000 $, jamais le médecin africain établi en Europe ne retournera cette somme au village qui l’a envoyé. 

1/3 des migrants européens partis aux USA sont revenus au pays d’origine, ce n’est pas le cas pour les Africains, partis, c’est pour toujours.

  1. Conclusion : les scenarii proposés

la migration massive d’africains vers l’Europe n’est dans l’intérêt ni de la jeune Afrique ni de la vieille Europe. L’Afrique a davantage à perdre qu’à gagner en « exportant » ses jeunes, comme s’ils étaient un problème et non la solution. ; le défi de l’Afrique n’est pas son trop plein de jeunes mais sa pénurie d’adultes.

  • scénario « eurafrique »: les migrants africains vont rajeunir l’Europe, plus dynamique etc… , ce sera « l’américanisation » de l’Europe, devenue une terre de migration africaine. On va les chercher près des côtes libyennes et on s’en remet à Dieu pour la suite (théorie humaniste chrétienne de Max Weber)… et après qui paye? L’Eurafrique « signifiera la fin de la Sécurité Sociale en Europe, puisque fondée sur un contrat de solidarité inter-générationnelle. L’Etat Providence sans frontière est une contradiction dans ses termes, à l’instar d ‘une « famille universelle ». Sans identité nationale, on en reviendra, comme aux USA, aux marqueurs physiques (faciès, couleur de peau tatouage,..) et on en viendra, comme aux USA aux « identity politics ». Mort de l’Europe.
  • Scénario forteresse : bataille perdue d’avance, nos systèmes « démocratie- pitié » ne le permettent pas. Cependant qui sait si ce système ne sera pas établi. En 2016, 80% des demandeurs d’asile avaient moins de 35 ans et 70% étaient des hommes. 80% des demies ont été rejetées… (35% en Bulgarie, 48% au RU, 85% en France et 91% en Allemagne et 100% Portugal, Croatie et Pays Baltes)..
  • Dérive mafieuse. Forteresse plus gangstérisme, on paie 6 milliards aux Turcs, 5 milliards à la Libye pour empêcher le passage. Proxénétisme et mafia ont établi des passeurs pour leur fourniture de migrants pour des fins spéciales. Est ce extensible et durable?
  • Retour au protectorat. Faut il pactiser avec les régimes en place, et qui pourraient aider moyennant des contreparties? Aide au développement sans droit de regard, politiques de visa, hommes d’affaires…
  • « Politique de bric et de broc » comme actuellement. Le cas de l’Espagne est intéressant, en 2015, elle n’a enregistré que 13.000 demandes d’asiles vs 1,3 millions en Europe… (plan de coopération avancé et amélioré avec le Maroc, le Sénégal et la Mauritanie)

Ma conclusion

  1. L’accélération des échanges enrichit le citoyen européen, qui en perd même sa qualité d’homme qui pense, pour devenir individu qui consomme. Dans ce sens, la suppression des frontières facilite et accélère les échanges, et facilite ce passage à la jouissance matérielle!
  2. Les migrations africaines apportent d’abord du muscle « bon marché », et elles rajeunissent l’Europe vieillissante. Imaginer comment sera l’Europe sans frontière dans ce contexte matérialiste primaire est impossible. Deux choses sont certaines (i) les riches seront plus riches car ils auront utilisé cette main d’oeuvre bon marché servile car précaire, (ii) la rente de situation de l’Européen de base sera réduite (voire ramenée à zéro), en conséquence de l’affaiblissement de l’Etat national ou européen, l’Européen moyen sera remplacé progressivement par le migrant jeune et volontaire – économiquement plus viable-. L’américanisation de notre société qui en résultera, sera t elle la voie du futur? Sans Etat, avec la privatisation des services publics utilisables par ceux qui en auront les moyens, c’est possible. Il y a quelques formules fortes dans ce document avec une seule que j’ai inventée:  « La diaspora africaine en Europe n’est que le retour d’un lancer de  boomerang colonial qui a raté sa cible », aujourd’hui diaspora, peut être demain ossature de l’Europe.
  3. l’Afrique en 2050 ou 2,5 milliards d’habitants qui n’ont pas les conditions sociales, politiques, techniques, économiques pour se nourrir… en face d’une Europe qui a oublié ses racines historiques, et qui pense que « culpabilité et compassion » vont résoudre un problème planétaire qui se pose à sa porte… un drame. Ce n’est pas en accueillant 1 famille de migrants au Vatican qu’on esquisse la moindre progrès vers une solution, car ce n’est pas les larmes qui irrigueront les besoins en eau des champs des paysans africains, mais (1) des protections aux frontières de l’Afrique subsaharienne – et non de chaque pays – (2) reconnaître que l’appartenance tribale est plus importante que l’appartenance nationale (exception pour le football) et en tirer les conséquences. L’Afrique est jeune, on lui a imposé le concept de nation, un « non-sense » au nom d’une histoire qui n’est pas la leur, il n’est pas compliqué de le remplacer par un grand espace économique en danger de mort par explosion (qui nous tuera aussi, nous tous Européens), avec des réalisations économiques dont la priorité est la fourniture de nourriture pour un ensemble de 2,5 milliards d’habitants, avec tous les instruments mobilisés pour cette fin, depuis la protection aux frontières, la formation, les investissements agricoles etc….
  4. La pire réponse que l’on puisse apporter aux migrants africains est « la politique de la pitié » (A. Arendt), c’est la politique de l’espoir qu’il faut faire naître en Afrique et l’espoir n’est pas en Europe, mais en Afrique. Il faut rêver d’Afrique et dégager des moyens ILLIMITES, ce sera le prix de notre survie.

 

Et pour compléter

Élevage & Pêche

26 FÉVRIER 2018 – 16:45 | PAR COMMODAFRICA

©(DR)

Le poulet européen vendu à vil prix sur les marchés africains

Depuis la fin de l’année dernière, le poulet brule entre l’Union européenne et l’Afrique. L’Afrique du Sud et le Ghana se sont, en effet, ralliés pour contrer ce qui apparaît comme une offensive commerciale majeure de l’Europe pour vendre à vils prix de la viande de poulets dont parfois l’origine fait doute, souligne le consultant Paul Goodison de GDC-Partners. D’où leur appel conjoint à relever les protections douanières sur la volaille du Brésil, de l’UE et des Etats-Unis.

Les statistiques témoignent de la capacité des exportateurs européens de passer facilement d’un marché africain à un autre, au gré des restrictions à l’importation édictées par les pays africains. Ainsi, suite à l’interdiction faite par Pretoria en décembre 2016 d’importer de la volaille de certains pays européens, ces exportations européennes vers l’Afrique du Sud ont effectivement chuté de 72% de janvier à novembre 2017 par rapport à la même période en 2016 (de 205 220 t à 62 984 t). Parallèlement, relève GDC-Partners, elles ont progressé de 73% vers le Ghana (de 57 353 t à 99 020 t), de 89% vers le Gabon (de 20 405 t à 38 566 t) et de 59% vers la RD Congo (de 27 275 t à 43 278 t). Au total, de la viande de volailles de l’UE serait vendue dans pas moins de 38 pays d’Afrique sub-saharienne.

Exportations de viande de volailles de l’UE vers les 5 premiers marchés d’Afrique sub-saharienne

(en tonnes) 2012 2013 2014 2015 2016
Afrique du Sud 131,832 158548 203412 213413 270,176
Ghana 69156 75252 56900 68,283 77,159
Benin 139817 139,247 163844 138,414 116,882
RD Congo 34,231 28,625 33,697 35,269 44,465
Gabon 25,785 25,070 29,409 37,330 31,925
Total 400,821 426,742 487,262 492,709 540,607

Source: EC, ‘EU Market Situation for Poultry’, Committee for the Common Organisation of the Agricultural Markets, 17 Novembre 2016

Toutefois, cette viande ne serait pas toujours en provenance de l’UE, une partie venant notamment d’Ukraine. En effet, des entreprises ukrainiennes auraient investi dans des sociétés aux Pays-Bas et exporteraient des volailles pour y être découpées et emballées, les commercialisant comme si originaires de l’UE. Ce qui soulève la question des règles d’origine, souligne Paul Goodison.

Ceci a des conséquences majeures sur les filières africaines. Ainsi, les unités de transformation de volailles au Ghana auraient vu leur capacité de production réduite à 25% tandis que les industries d’embouche n’opèrent qu’à 42%. Actuellement, selon l’étude de GDC-Partners, 95% du marché ghanéen en viande de volailles serait approvisionné par des importations. « Si les importations étaient réduites, l’industrie de la volaille au Ghana pourrait lancer une vaste opération d’embauches, créant plus de 200 000 emplois« , a souligné Victor Oppong Adjei, président de la Ghana National Poultry Association.

La progression est significative : en 2003, 26,5% des exportations européennes de viande de volaille étaient à destination des marchés africains, une part de marché qui serait passée à 46,8% en 2016, les volumes, quant à eux, faisant un bond de 147%, de 273 420 t à 674 877 t.