La Chine, stabilisateur hégémonique de l’ASEAN

La Chine a un rôle hégémonique en Asie qui lui permet d’assurer une paix régionale. Les pays de l’ASEAN sont, de fait, ouverts à cette présence stabilisatrice de la Chine. Celle-ci en tire évidemment profit. 

FAITS

Le concept de « stabilisateur hégémonique » a pour auteur l’Américain Charles Kindleberger. Un système géopolitique instable et hétérogène fonctionne s’il est soumis à la régulation d’une puissante force extérieure. C’est le cas des pays hétérogènes aux intérêts souvent divergents de l’ASEAN à proximité de la Chine hégémonique qui exploite habilement ces divergences

Les pays de l’ASEAN sont dans une situation propice à l’hégémonie chinoise. 

  • La Birmanie est un acteur indispensable au projet chinois de Route de la soie qui justifie sa coopération renforcée avec la Chine, comme le bon fonctionnement de l’oléoduc Kyaukpyu – Kunming achevé en 2014.
  • Le Cambodge, depuis que Hun Sen a dissous le parti d’opposition CNRP fin 2017, est qualifié de dictature par les pays occidentaux qui le menacent de sanctions. Pour les parer, le Cambodge compte sur la Chine qui lui a accordé en 2017 le tiers de l’aide au développement et y accroît ses investissements publics et privés.
  • Laos est dirigé par le PPRL communiste, ouvert à l’influence et à l’aide du grand parti frère chinois.
  • La Malaisie développe sa coopération avec la Chine depuis 2009. Elle a négocié avec la Chine un partenariat stratégique en 2013, un accord de R&D en 2014 et de défense en décembre 2014.
  • Aux Philippines, le fantasque président Duterte qui s’illustre par la répression sanglante des drogués et narcotrafiquants s’est rapproché de la Chine avec l’assurance d’investissements chinois accrus.
  • Singapour est stable et prospère mais ne peut s’opposer frontalement à la Chine car sa prospérité dépend pour partie de ses relations financières et commerciales avec celle-ci.
  • En Thaïlande, la junte militaire depuis mai 2014, recentre sa diplomatie vers la Chine, plus bienveillante.
  • Le Vietnam a subi des empiètements de la Chine en mer de Chine mais ses rapports étroits avec le PCC, parti frère chinois, l’empêchent d’aller bien loin dans sa réprobation.

Le Premier ministre chinois, Li Keqiang, et la ministre indonésienne des Affaires étrangères, Retno Marsudi, ont […]

                                                                                                                                      Philippe Delalande, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°115 mars 2018

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