Bref rappel de l’accumulation des tensions en mer de Chine du Sud et ses environs

Les désirs d’indépendance des Catalans en Espagne, des Kurdes en Irak et des Anglophones au Cameroun (et l’on pourrait ajouter des Écossais au Royaume-Uni) partent de situations complètement différentes et renvoient à des expériences et histoires tout à fait dissimilaires : à la fois dissimilaires entre elles et surtout par rapport à Taïwan. Les manifestations d’indépendance en Irak et en Espagne ont en commun d’avoir obtenu un fort soutien populaire et local et d’avoir enregistré des scores d’adhésion supérieurs à 90 % – même si c’est dans des conditions de vote souvent non suffisamment contrôlées pour avoir une véritable valeur politique. De façon plus générale, les points communs entre ces mouvements d’indépendance sont d’avoir rencontré des fortes oppositions aussi bien internes (au niveau des États au sein desquels ils sont survenus) qu’externes (au niveau international). Cependant, les réactions parfois violentes auxquelles ils ont été confrontés de la part d’États souverains ont également aussi été unanimement condamnées comme déplacées et contreproductives. De sorte que la réaction internationale a été la fois de dénoncer l’illégalité de ces référendums sur l’indépendance d’une partie de la population à l’identité culturelle particulière mais aussi d’inciter au dialogue et d’appeler les gouvernements en charge à faire preuve de responsabilité et modération dans la gestion de crise.

Quels enseignements possibles pour Taiwan ?

Tout d’abord la grande différence et la spécificité du cas taïwanais est ce que Chen Mao-hsiung, dans le Taipei Time, appelait l’indépendance géographique de Taiwan : le fait qu’il n’y a pas de continuité territoriale entre la Chine et Taïwan rend la situation taïwanaise différente. Mais la principale différence est que Taïwan a déjà un gouvernement autonome. Le problème de Taïwan n’est pas de former un État indépendant pour satisfaire les besoins de reconnaissance d’une population prise dans un ensemble politique où elle ne se sent pas représentée mais le fait que l’existence d’un État indépendant ne suffise pas pour obtenir la reconnaissance internationale en tant que pays distinct.

Ce qui est commun cependant, c’est le caractère hautement sensible et à risque d’un référendum manifestant politiquement la subjectivité autonome d’un peuple. À Taïwan également la question de l’indépendance est liée à celle de la condition de la possibilité de la tenue d’un référendum : les indépendantistes demandant une révision du Referendum Act de 2004 qui réduise l’âge de vote et le nombre minimum de votants – pariant, non sans risques, pour une politique du fait accompli face à Pékin.

Jean-Yves Heurtebise, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°110 octobre 2017

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