Bhoutan – Chine – Inde : des frontières contestées, des risques d’affrontements

Issues de l’époque coloniale britannique, les frontières entre la Chine et l’Inde, entre la Chine et le Bhoutan restent contestées. Leurs longueurs exactes ne sont donc pas connues avec précision. Environ 3 500 kilomètres séparent la Chine de l’Inde et 470 kilomètres la Chine du Bhoutan. La Chine tente de grignoter du terrain dans les zones les plus stratégiques, comme actuellement au détriment du Bhoutan à proximité de la vallée de Chumbi, près de la trijonction du Tibet, du Sikkim et du Bhoutan.

FAITS

Des accords conclus en 1993 et 1996, établissant des mesures de confiance, ont permis jusqu’à présent à l’Inde et à la Chine d’éviter des affrontements sur leurs frontières contrstées. Il en a été de même entre le Bhoutan et la Chine qui ont adopté des mesures de confiance en 1988 et 1998.

Parfois des patrouilles chinoises pénètrent dans ce que les Indiens considèrent comme leur territoire. Il arrive aussi que des détachements indiens franchissent une ligne considérée par les Chinois comme la frontière. Les Bhoutanais subissent de même des incursions chinoises. C’est ce qui s’est produit début juin 2017 et qui perdure depuis dans un endroit stratégique, près de la trijonction Chine (Tibet)-Inde (Sikkim)-Bhoutan, sur le plateau du Donglang (nommé ainsi par les Chinois mais appelé Doklam par les Bhoutanais et Dok La par les Indiens), jouxtant la vallée tibétaine de Chumbi et d’une superficie de 269 km2. Sur le plateau contesté par les Chinois et les Bhoutanais ou, plus vraissemblablement, à proximité se trouvent des militaires indiens. La presse aussi bien indienne que bhoutanaise n’avait jamais mentionné que les Indiens possédaient des troupes dans l’ouest du Bhoutan, notamment dans la vallée de Ha, proche du plateau objet du différend. Contrainte et forcée, elle ne l’admet désormais qu’implicitement et de manière fort confuse. Des matériels militaires sont entreposés dans la vallée de Ha, prêts à être utilisés en cas de guerre avec la Chine. C’est l’Inde qui assure la défense du Bhoutan même si l’accord indo-bhoutanais conclu en 2007 ne l’indique pas expressément

Les Chinois se sont avancés vers des positions tenues par des Indiens et leur ont demandé de détruire des bunkers en affirmant que ceux-ci avaient été édifiés en territoire chinois. Devant le refus indien, les militaires chinois auraient démoli les bunkers ce que Pékin dément. Ils construisent une route dans la zone contestée, ce que les Indiens veulent entraver. Depuis plusieurs semaines, militaires chinois et indiens se font face.

Une protestation bhoutanaise a été transmise par l’intermédiaire de l’ambassade de Chine à New Delhi car Thimphu et Pékin n’entretiennent pas de relations diplomatiques. L’Inde a de même protesté mais les Chinois rétorquent que le différend doit être réglé avec les seuls Bhoutanais. Ils font semblant d’ignorer l’existence de l’accord indo-bhoutanais de 2007. […]

Alain Lamballe, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°108 juillet-août 2017

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