Pakistan – Afghanistan – Tadjikistan : Le corridor islamiste

Le Pakistan et l’Afghanistan (AfPak), sont des pays associés depuis trois décennies par la violence islamiste. Le Tadjikistan, où l’islam modéré (sunnite, de rite hanafite) est religion d’État, est menacé par l’organisation État islamique (EI). La vulnérabilité d’une population pauvre aux offres financièrement généreuses que propose l’EI à ses recrues pourrait bien lui ouvrir les portes du pays. Ce serait alors un véritable corridor islamiste qui lierait les trois pays, entre l’océan Indien et la Chine occidentale, accompagnant de près ou de loin le corridor économique Chine-Pakistan. Dans cette région, l’activité de l’islam violent procède principalement de deux groupes antagonistes : les talibans et les militants de l’EI. Une guérilla dans leur voisinage immédiat que la Chine et la Russie pourraient trouver insupportable.

FAITS

  • L’AfPak (Pakistan & Afghanistan) et le Tadjikistan forment un brûlot entre les trois « Asies », centrale, du Sud et de l’Est. Ses acteurs appartiennent aux structures étatiques autant qu’au monde du radicalisme islamique. Les deux principaux groupes sont inspirés par des considérations antagonistes, claniques et territoriales chez les talibans afghans, mondiales pour l’EI.
  • Deux points les opposent fondamentalement :

Politiquement : les talibans sont foncièrement nationalistes et savent coopérer avec l’Iran ; l’EI, aux ambitions panislamiques, rejette le nationalisme et hait l’Iran. Leurs chefs revendiquent chacun le titre de calife. Les talibans n’ont pas l’intention de céder à l’EI le monopole de la lutte contre l’Occident.

Théologiquement, ils suivent deux rites opposés du sunnisme.

Les talibans sont du rite hanafite – le plus sécularisé – et inspirés par le déobandisme, historiquement marqué par l’opposition au colonialisme britannique. Ils respectent le soufisme et fréquentent les chiites.

L’EI s’enracine dans le salafisme, un dérivé du wahhabisme issu du rite hanbalite qui prône un islam des origines opposé à la modernité. Soufisme et traditions tribales sont des superstitions, déobandis et chiites, des apostats.

  • Le 29 novembre 2016, les talibans d’Afghanistan (The Islamic Emirate) se déclarent prêts à protéger tout projet d’intérêt pour l’islam et le pays.
  • Le gouvernement tadjik du président Emomali Rahmon n’a eu de cesse d’en pourchasser l’extrémisme malgré les racines islamiques du pays. Préoccupé par l’attrait de certains jeunes pour l’islam radical, il redoute que son pays ne puisse faire barrage à l’arrivée de l’EI installé à sa frontière avec l’Afghanistan. Le passage à l’EI du colonel Goulmourod Khalimov, chef des forces spéciales du ministère de l’Intérieur, en avril 2015, a été un coup de tonnerre. En septembre suivant, le Parti de la renaissance islamique du Tadjikistan (Islamic Renaissance Party of Tajikistan’s, IRPT), longtemps la seule opposition démocratique, était banni comme organisation terroriste. Le risque est qu’il ne se transforme en terrain propice pour l’EI.

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°102 janvier 2017

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NB. Cf.

Asie21 n° 78, « Chine : derrière l’économie, la sécurité du Xinjiang », novembre 2014.

Asie21 n° 81, « L’Etat islamique s’installe en Asie du Sud », janvier 2015.

Asie21 n° 100 « Après Mossoul, l’islam radical en Asie », novembre 2016.