La dynastie rouge, Corée du Nord 1945-2014

La dynastie rouge, Corée du Nord 1945-2014

Pascal Dayez-Burgeon, Perrin, octobre 2014

La République populaire démocratique de Corée est une dictature patrimoniale qui se réclame toujours du socialisme et se comporte en satrapie archaïque.  La Corée du Nord est un conte de fée en négatif. Longtemps, le Sud libéral eut également des dictateurs comme Kim Il-sung ou Kim Jong-il. Et la présidente actuelle  Park Geun-hye (depuis déc 2012) est la fille du dictateur Park (1961-1979). Pourquoi la Corée du Nord reste-t-elle fidèle au modèle stalinien alors qu’il s’est effondré partout ailleurs ? L’auteur se propose de dépasser les analyses partielles qui se focalisent sur l’absurdité du totalitarisme, la singularité de l’identité coréenne ou le poids de l’idéologie, en adoptant une approche plus globale.

Il est fondamental de prendre en compte le patrimoine historique que le Nord a reçu en héritage pour comprendre que le régime interagit en permanence avec ses puissants voisins, et qu’il joue d’ailleurs de cette interdépendance. Ainsi, Pascal Dayez-Burgeon nous emmène aux sources de la Corée du Nord et nous explique la dimension de cette civilisation et l’état d’esprit de ce peuple. Ce sont des clefs indispensables pour pouvoir analyser la situation d’aujourd’hui.

La Corée du Nord n’a jamais cessé de s’adapter au monde qui l’entoure : elle s’est affichée communiste lorsque c’était vital pour sa sécurité, s’est prétendue non alignée quand cela lui rapportait, et elle met désormais en scène  son nationalisme pour riposter à la mondialisation. Sa transformation en monarchie ne résulte pas du caprice anachronique de potentats névrosés, mais répond à un besoin de plasticité. Un proverbe national dit que « la Corée du Nord est une pauvre crevette ballottée entre de belliqueuses baleines (Chine, Russie, Japon, États-Unis) ». Pour survivre, Pyongyang n’a pas trouvé de meilleure réponse que la monarchie nous explique l’auteur. Alors que le marxisme a fait son temps, que la démocratie libérale hoquette et que les concurrences impériales s’aiguisent,  seul le clan Kim au pouvoir à Pyongyang depuis trois quarts de siècle, incarne la continuité, l’ordre et la stabilité. Il n’est pas question pour l’auteur de légitimer une dictature, mais d’en démonter les rouages : « La dynastie rouge n’est ni une aberration politique, ni une chimère coréenne, ni une métastase stalinienne, mais la mue cohérente d’un régime opportuniste ».

L’évolution de ce pays est retracé ici en cinq parties avec : 1- Le prince qu’on attendait, la Corée avant les Kim, 2- Le prétendant, la marche au pouvoir 1912-1960, 3- Kim Il-sung ou la monarchie spectacle, 4- Kim Jong-il ou la monarchie nucléaire 1994 – 2011, 5- Kim Jong-un ou la monarchie 2.0 depuis 2011

Cet ouvrage, passionnant et se lisant comme un roman, est un fondamental pour comprendre l’histoire de la Corée du Nord et suivre son actualité.

Catherine Bouchet-Orphelin, Asie21