Mer de Chine du Sud – Russie : première conférence internationale sur la mer de Chine du Sud à Moscou

FAITS

Le 18 octobre 2013, l’Institut d’études orientales de l’Académie russe des sciences a organisé une conférence internationale sur le thème de « la sécurité et la coopération en mer de Chine du Sud ». Pour ce faire, il a réuni des spécialistes russes et internationaux de la question, à l’exception de représentants des pays directement impliqués dans le contentieux entre riverains, soient Chine et Asie du Sud-Est. Les spécialistes internationaux étaient américain, belge (spécialiste du droit international de la mer), britannique (en poste à Singapour), français (représentant d’Asie21), indiens au nombre de quatre, japonais.

L’intention répondait à trois objectifs :

  • recueillir un maximum d’informations et de propositions, dégagées si possible de tout esprit partisan ;
  • travailler en symbiose avec les organismes gouvernementaux russes de façon à élargir le champ de la réflexion sur le sujet et contribuer utilement, au-delà de la seule réflexion académique, à l’apport d’idées qui n’auraient peut-être pas été explorées par les organismes d’État. Pour preuve, ont été présentes, lors de la première partie de la journée, les personnalités suivantes : Nicolaï Levichev, vice-président de l’assemblée nationale, la douma. Alexander Tolokonien, directeur du département analyse du ministère des Affaires étrangères. Accessoirement, cette présence pouvait aussi avoir pour objectif de présenter un signe concret de la réforme  votée le 18 septembre 2013 par la douma, validée le 27 par Poutine, par laquelle l’Académie des sciences perdait son ancestrale autonomie au profit d’une agence gouvernementale présidée par Mikhaïl Kotoukov, ancien vice-ministre des Finances, parfait inconnu de la communauté scientifique russe ;
  • le tout visait à pouvoir présenter au président Poutine avant son voyage en Corée du Sud et au Vietnam, qui doit avoir lieu à la mi-novembre 2013, des éléments solides de conversation avec ses interlocuteurs.

ENJEUX

La Russie, comme toutes les puissances non parties au contentieux, est soucieuse de ce que :

1- ses compagnies pétrolières puissent continuer à agir paisiblement en partenariat avec le Vietnam :

  • de son côté Zarubezhneft est en effet associée depuis novembre 1981 à Petrovietnam dans le cadre de la co-entreprise Vietsovpétro, co-entreprise qui travaille en zone économique exclusive (ZEE) vietnamienne, en particulier sur le bloc 04-3. Or, ce bloc chevauche le tracé en neuf traits, aujourd’hui dix, qui entend désormais délimiter le territoire maritime national chinois depuis le début de janvier 2013 ; en 2007, au mois de juin, puis de la fin juillet au début d’août, la Chine avait déjà bien tenté d’exercer des pressions sur le Vietnam pour contraindre Vietsovpetro à cesser ses activités sur le dit bloc, mais elle n’y était pas parvenue. Et elle n’avait pas davantage insisté en raison des relations qui, par ailleurs, la lient à la Russie, notamment dans le cadre de l’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) ;
  • en revanche, Gazprom ne semble pas faire l’objet de harcèlements chinois même si, en avril 2012 et en collaboration avec Petrovietnam, la compagnie russe a repris les activités que l’alliance BP-Conoco Philipps-Petrovietnam avait été contrainte d’abandonner, cinq ans auparavant, sur le bloc 05.2, au large de la côte sud-est du Vietnam, sous la pression de Pékin ;

2- la liberté de la navigation commerciale sur cette voie maritime fondamentale soit sans ambiguïté assurée, même si la Russie n’y a pas autant d’intérêt que les autres pays extérieurs à ce secteur de tensions : pays d’Asie du Nord-Est (Japon, Corée du Sud), États-Unis et Europe dont les plus grandes lignes commerciales franchissent régulièrement cette mer ;

3- pour la sécurité de tous, les tensions entre riverains ne dégénèrent pas en crise armée. Dans cette optique, en dehors de l’intérêt commercial que peuvent représenter les ventes d’armes, la contribution russe aux équipements militaires tant de la Chine que de plusieurs pays d’Asie du Sud-Est (Vietnam, Indonésie), vise à démontrer l’impartialité de la Russie dans le contentieux proprement dit. En même temps, sachant que ces fournitures viennent en complément de celles dont les États-Unis pourvoient leurs alliés d’Asie du Sud-Est, Moscou a bien conscience que ce qu’il apporte contribue en quelque sorte à l’établissement d’un semblant de parité militaire entre belligérants potentiels.

COMMENTAIRES

1- L’on notera que parallèlement, pour la cinquième année consécutive, le Vietnam organise son colloque international sur le thème de « la mer de Chine du Sud : coopération pour la sécurité régionale et le développement », à Hanoï cette année, du 10 au 12 novembre.

2- L’activité de Vietsovpetro ne se résume pas au bloc 04-3. Mais les autres blocs sur lesquels par ailleurs elle travaille ne se situent pas en zone contestée par les Chinois.

Daniel Schaeffer, Asie21

Extrait de la Lettre confidentielle Asie21-Futuribles n°67 novembre 2013