A history of the Pakistani army. Wars and insurrections

A history of the Pakistani army. Wars and insurrections

Colonel britannique Brian CLOUGHLEY, « Oxford University Press », Karachi, 1998 

Le Général (2e S) Alain LAMBALLE a occupé divers postes dans le monde, notamment en Asie du sud (Inde et Pakistan). Saint-Cyrien, docteur en sociologie politique, licencié ès-lettres, diplômé de l’Université de Delhi et de l’Institut National des langues et civilisations orientales, Langues’O (Hindi et Urdu), il est l’auteur d’études et d’articles de politologie sur plusieurs pays de l’océan Pacifique et  de l’Océan Indien (revues françaises et étrangères). Il vient de faire paraître  » Le problème tamoul à Sri Lanka  » aux éditions de l’Haramattan. Sources d’Asie remercie le général Lamballe de l’avoir autorisé  à diffuser  la critique de l’ouvrage  A history of the Pakistan army, écrit par le colonel britannique Brian Cloughley et récemment publié. 

*** 

Critique de l’ouvrage par le général Alain Lamballe (06/1998)

 Cette histoire de l’armée pakistanaise complète fort utilement nos connaissances politico-militaires sur l’Asie du Sud, désormais officiellement nucléaire. Elle a été écrite par un colonel en retraite de l’armée britannique, qui fut adjoint au chef de la délégation de l’ONU sur la ligne de contrôle au Cachemire pendant deux ans (1988-1990 – à ce titre, il a voyagé dans les deux parties, indienne et pakistanaise, de ce territoire contesté) et attaché de défense de l’Australie au Pakistan (1989-1994). C’est au cours de sa deuxième affectation que je l’ai connu et apprécié pour sa compétence.

 Pour écrire son ouvrage, de près de 400 pages qui se lisent bien, l’auteur, un expert reconnu de l’Asie du Sud qui signe régulièrement des articles dans des revues spécialisées britanniques et étrangères, a eu accès à des sources de valeur, jamais exploitées jusqu’à présent, humaines d’abord (il a noué des relations suivies avec de nombreux officiers pakistanais dont certains ont occupé des postes élevés, voire les plus élevés, dans la hiérarchie de l’armée de terre et interarmées et aussi dans certains cas dans la vie politique), documentaires ensuite (rapports confidentiels anglo-saxons, notamment et surtout sur la seconde guerre indo-pakistanaise de 1965 et aussi, bien que dans une moindre mesure, sur la troisième et dernière guerre indo-pakistanaise de 1971).

 Bien que préfacé par un ancien chef d’état-major de l’armée de terre pakistanaise et publié au Pakistan, l’ouvrage demeure objectif (d’ailleurs le préfacier prend soin d’indiquer qu’il ne souscrit pas à tous les points de vue exprimés). Même la très sérieuse revue indienne « India today », publiée à New Delhi, reconnaît cette impartialité.

L’auteur a, tout naturellement, traité en premier lieu de l’armée de terre pakistanaise mais, par la force des choses, il est amené à parler aussi de l’armée de terre indienne puisque toutes les deux se sont affrontées à trois reprises (1947-1948, 1965 et 1971). Il aborde aussi, bien que de façon concise et seulement pour les périodes de conflits, l’armée de l’air et la marine pakistanaises et par voie de conséquence les armées homologues indiennes. A vrai dire, au Pakistan, comme d’ailleurs en Inde, c’est essentiellement l’armée de terre qui compte sur le plan militaire.

L’auteur a parfaitement analysé l’évolution de l’armée de terre pakistanaise et ses participations dans les combats avec l’Inde, depuis la naissance du pays en 1947 jusqu’à nos jours. Il a su aussi commenté avec bonheur les rapports entre les militaires et les politiques, en montrant que l’histoire de l’armée de terre pakistanaise se confond bien souvent avec celle du Pakistan. En effet, les officiers de l’armée de terre ont joué un rôle politique essentiel, soit en occupant le pouvoir, soit en le contrôlant. Les jugements que le colonel CLOUGHLEY porte sur les protagonistes des deux bords, pakistanais et indiens sont sans complaisance. Il juge, par exemple sévèrement et avec raison, les agissements des Pakistanais de l’Ouest à l’égard des Pakistanais de l’Est (page 153) et mentionne les aspirations des Pakistanais de l’Est à l’indépendance. La logique des événements devait conduire à la guerre de 1971 et à la naissance du Bangladesh.

 Le colonel CLOUGHLEY a privilégié la chronologie sur le thématique mais les deux se rejoignent parfois, notamment pour la narration des conflits. Les analyses des trois conflits apportent des éléments nouveaux.

 La description de la première guerre (1947-1948) fait bien apparaître la responsabilité du déclenchement par les Pakistanais (déferlement de bandes de Pathans au Cachemire).

 La guerre de 1965 est décrite avec précision (pages 63 à 130 si l’on inclut les conclusions et enseignements à tirer). L’existence d’un unique corps d’armée pakistanais à six divisions d’infanterie, une division blindée et de nombreuses brigades non endivionnées explique à elle seule la difficulté de la conduite des opérations. De plus, la médiocrité du haut commandement (état-major général, corps d’armée et division blindée notamment) a été patente. L’excellence des chefs des petites unités et le courage des troupes ne pouvaient compenser l’incompétence d’en haut. Le manque d’entraînement, l’inexistence d’exercices de grande ampleur, impliquant des grandes unités, se sont faits sentir, de même que les insuffisances des services de renseignement. Les défauts de l’instruction et l’incurie du haut commandement mais aussi la grande valeur des petits chefs et la bravoure de la troupe ont été largement partagés, affirme l’auteur avec raison, par l’armée de terre indienne. Les batailles de chars sont particulièrement bien décrites ; elles montrent l’incapacité de percer les lignes ennemies des unités blindées pakistanaises (immobilisées par des inondations provoquées par les Indiens qui ont ouvert des berges sur les rivières, dans la région de Khem Karan, sur le territoire du Punjab indien) mais aussi des unités indiennes dans la région de Sialkot, au Punjab pakistanais. L’efficacité des frappes de l’armée de l’air pakistanaise et la coopération avec l’armée de terre (voir page 125) expliquent, en grande partie, que les unités terrestres indiennes aient été tenues en échec.

 La guerre de 1971 (pages 191 à 235) démontre la supériorité indienne, notamment dans le commandement. A juste titre, des louanges sont attribués aux généraux indiens, notamment au général MANEKSHAW, un parsi (l’auteur ne mentionne pas sa religion), qui exerçait alors les fonctions de chefs d’état-major des armées et de chef d’état-major de l’armée de terre (pages 138, 179, 180) et au général AURORA, commandant des troupes terrestres au Bengale (page 185) et des blâmes distribués aux chefs de guerre pakistanais (pages 147, 150, 180, 191, 223). L’état-major pakistanais commandait directement les trois corps d’armée que comprenait alors l’armée de terre et trois divisions d’infanterie indépendantes. C’était une amélioration par rapport à 1965 mais le système de commandement fonctionna cependant mal. Malgré les bonnes performances de l’armée de l’air, à l’Est la débâcle fut totale, à l’Ouest, le corps blindé mécanisé pakistanais fut anéanti. L’auteur mentionne aussi les quelques combats navals entre l’Inde et le Pakistan, les premiers depuis la naissance des deux pays, sans incidence aucune sur l’issue du conflit (envoi par le fond d’un sous-marin pakistanais par un navire indien et d’une frégate indienne par un sous-marin pakistanais – page 225).

 L’auteur note ensuite, incidemment, les graves insuffisances de l’armée indienne apparues lors de l’intervention au Sri Lanka (1987-1990).

 Indépendamment des analyses, toujours précises, des trois guerres et des descriptions, pertinentes, de personnalités de la défense, diverses informations sont données sur beaucoup d’autres thèmes : composition ethnique de l’armée de terre, recrutement, valeur des officiers, enseignement (l’auteur doute, à juste titre, de la qualité des cours dispensés à l’école d’état-major de Quetta) organisation de l’état-major général (absence de véritable état-major interarmées) et de l’armée de terre (existence actuelle de 9 corps d’armée), budgets, services de renseignement, emploi de l’armée à des tâches civiles, confrontation avec l’Inde sur le glacier du Siachen, industrie de la défense, aides militaires étrangères, notamment américaine et chinoise (y compris dans le domaine des missiles), coopération militaire avec l’Arabie Séoudite, participation à des opérations de maintien de la paix sous l’égide des Nations Unies, … Les développements nucléaires de 1998 font également l’objet de commentaires intéressants.

 Le colonel CLOUGHLEY a fait un travail de qualité qui restera un livre de référence. Cet ouvrage d’histoire, d’histoire récente et même très récente, sera fort utile aux experts qui trouveront matière à réflexion. Il plaira aussi à tous ceux qui, de manière générale, veulent comprendre les réalités politico-militaires de l’Asie du Sud contemporaine, contiguë à la Chine et plus peuplée qu’elle. Il donne des clés indispensables à la compréhension de cette région du monde très instable et potentiellement dangereuse.

Alain Lamballe, Asie21